Artiste résidente du studio IOTA à Puteau pour une durée de trois mois, Manuela Jardim partage l’espace avec 72 autres artistes. Elle est la lauréate de la Résidence Gulbenkian & Thanks for Nothing – Création et Engagement organisée par la société Thanks for nothing. L’artiste a alors obtenu un accompagnement financier et l’opportunité de préparer une exposition présentée à l’issue de sa résidence chez IOTA.
L’artiste présentera effectivement à La Roche, l’ancien hôpital de La Rochefoucault, une exposition temporaire dont le vernissage aura lieu le jeudi 11 juin et qui perdurera jusqu’au 29 juin. Cette exposition réunira à la fois des œuvres issues d’ateliers de co-création et une sélection de travaux de Manuela Jardim, réalisés à Lisbonne ou produits durant sa résidence.
Manuela Jardim a co-créé différentes œuvres au sein de La Roche dans le 14ᵉ arrondissement de Paris via un dispositif solidaire en partenariat avec l’association Aurore et avec des organisations scolaires du quartier. Avec ces ateliers de création participatifs, l’art devient un moyen de favoriser le lien social avec un public éloigné, qui n’a pas spécialement accès au monde de la culture.
Déjà en contact avec la jeunesse lors d’ateliers artistiques réalisés au Portugal, Manuela a remarqué que malgré l’importante de l’immigration dans le pays, beaucoup d’enfants ne sont pas conscients de leurs origines et de leur héritage. « Les écoles sont pleines d’enfants qui ne connaissent rien à leur culture et qui ont aussi un problème d’intégration dans les études. », explique-t-elle. Avec pédagogie, elle met notamment en valeur la culture importée par les esclaves dans les colonies portugaises.
De son côté, elle s’est elle-même inspirée de sa multiculture et de son enfance en Guinée Bissau notamment à travers l’utilisation de textile africain. L’identité et l’inclusion prennent donc une grande place dans son œuvre et lui donnent une certaine portée politique en construisant des idées qu’elle transmet aux plus jeunes « pour qu’ils s’intègrent et qu’ils valorisent leur propre culture ».

L’artiste n’est jamais en manque de ressources pour créer et sa pratique se rapproche de l’artisanat, important dans la culture avec laquelle elle a grandi. Dès ses premières œuvres, elle s’est mise à utiliser des matériaux naturels ou recyclables. Elle crée par exemple sur de la toile de jute en utilisant des cordes et utilise des tampons pour créer des impressions sur le tissu, avec un masque et un poussoir.
Pour elle, tout a une signification et tout est choisi avec minutie. Avec l’aide de ces techniques traditionnelles et artisanales, elle utilise le losange, porteur d’une grande symbolique en Afrique ou encore la croix, au cœur de la culture berbère depuis le 16eme siècle. Les racines se mélangent alors avec les symboles.

Sa peinture est, quant à elle, fabriqué de ses propres mains à base de plantes ou d’insectes. L’artiste sait parfaitement quelle plante utiliser pour obtenir les couleurs nécessaires à ses œuvres. Déterminée, elle n’hésite pas à aller les trouver aux quatre coins du monde : sur l’île portugaise de Madère, en France, en Inde ou encore au Brésil. Parmi ce qu’elle prise le plus : les cochenilles ou encore le safran.
Son apprentissage personnel lui importe également et elle se demande constamment comment faire de nouvelles couleurs. « J’ai fait du travail pour étudier les lignes, les formes, les couleurs et aussi les textures pour les utiliser dans mes ateliers. », précise l’artiste. Ses toiles sont alors toujours en mouvement, même finies, elles n’ont pas toutes un titre. Au sujet d’une de ses dernières créations, elle explique : « Je crois que je vais l’appeler « Transmutation 3 ». C’est encore en construction. ».
Malgré son intérêt pour la tradition, l’artiste de 77 ans ne cesse d’innover et s’intéresse même à l’expérimentation de micro types sur ordinateur. La pollution, le recyclage et les autres enjeux du monde contemporain l’attirent tout autant. Aujourd’hui à la retraite, elle a « le temps pour l’art » et pour l’expérimentation.
Manuela Jardim représente alors une scène artistique portugaise en plein mouvement qui se réinvente à l’international. Un art contemporain qui s’ancre dans un héritage éternel dans une optique pédagogique essentielle.
L’exposition de Manuela Jardim aura lieu à La Roche du 11 au 29 juin.
Visuels : © Adrien Thibault