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« Si je suis juste poétiquement, je le suis politiquement », rencontre avec Patachtouille pour Bienvenue au Cabaret

par Melodie Braka
31.05.2026
Patachtouille ©Marina Viguier

Patachtouille a quelque chose d’une Castafiore de barricade, d’une enfant terrible en robe trouée, d’une créature lyrique qui aurait gardé dans un coin de l’œil la malice de celles qui savent exactement où elles vont. Sa voix peut remplir une salle, son regard suffit souvent à déplacer le plateau, et ses numéros avancent avec cette urgence rare : faire rire, chanter, déranger, consoler, parfois tout dans le même mouvement. Du Goujon Folichon à Madame Arthur, de Madame ose Bashung au Cabaret Patach’, en passant par La Barbichette, elle défend un cabaret qui s’emmène partout, dès qu’il reste une buvette, un artiste et un public. Dans cet entretien pour Bienvenue au Cabaret, elle raconte ses cabarets, ses vies, qui souvent ne font qu’une.

Mélodie Braka : C’est quoi, votre nom de scène ?

 

Patachtouille : Patachtouille !

 

Mélodie Braka : Il est né comment ?

 

Patachtouille : Il est né il y a, je ne sais pas combien de temps, dix ans, onze ans, un truc comme ça. Et c’est la collusion entre Patachou, qui était une femme patronne, j’adore ça, les femmes patronnes, qui tenait un cabaret, une femme patronne émancipatrice, qui a fait débuter Brassens et Brel, par exemple, et de la chtouille, ma séropositivité.

 
Patachtouille ©Marina Viguier (4)

Mélodie Braka : Il y a eu combien de vies avant le cabaret ?

 

Patachtouille : Ah, oh là, il faut que je compte. Mes études d’arts plastiques, ma vie de régisseur plateau, ma vie d’étudiant chanteur, ma vie de chanteur lyrique, et ensuite le cabaret. Cinq, avec des cumuls, des cumuls de mandats, des tuilages.

 

Patachtouille ©Marina Viguier (5)

Mélodie Braka : Justement, bel enchaînement. Est-ce que le cabaret, c’est antisocial ?

 

Patachtouille : Ah, de moins en moins. De moins en moins. Ah ouais non, parce qu’il fait une percée dans l’institution. Même plus que ça, l’institution s’en empare, et ça devient compliqué de garder la part d’antisociabilité du cabaret. Mais on s’arrange toujours, elle est toujours là, on déplace le curseur. Oui, ça reste antisocial, mais on déplace le curseur.

 

Mélodie Braka : Il est né comment, ce numéro ?

 

Patachtouille : Antisocial ? Ah là, il est né d’une fascination, d’un couple mixte composé d’une femme plus âgée que son amoureux. En fait, je me suis inspiré de l’histoire d’amour. Aujourd’hui, j’en parle moins volontiers. Ce couple m’inspire beaucoup moins qu’avant, donc j’ai du mal à les nommer, mais je le ferai quand même parce que c’est une interview et que je dois à mon public.

Eh bien, d’une fascination que j’ai pour la différence d’âge entre Brigitte Macron et Emmanuel Macron, et pour le fait qu’il soit tombé amoureux, jeune lycéen, de sa professeure de théâtre. Ça, c’est une chose qui m’a toujours fasciné. Et du coup, je chante en effet Antisocial en Brigitte Macron, avec une perruque LVMH, parce que c’est un couple LVMH.

J’ai eu l’idée de ce numéro à un moment où la différence d’âge de ce couple était une chose qui m’inspirait, mais aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal à le faire.

 
Patachtouille ©Marina Viguier (2)

Mélodie Braka : Il faut trouver d’autres inspirations.

 

Patachtouille : Ouais, donc je chante un peu Antisocial, mais je passe très rapidement sur Brigitte.

 

Mélodie Braka : Sur scène, justement, vous revendiquez ou vous divertissez ?

 

Patachtouille : Ah ! Alors… Moi, je pense que mon existence revendique déjà le fait d’être encore vivant. Étant un vieux pédé séropo, je me dis que c’est déjà politique.

Après, sur scène, le discours politique ne fait pas partie des choses que j’ai apprises. J’ai même plutôt appris à me taire. En fait, étant passé par la case conservatoire et chanteur lyrique, j’ai plutôt appris à fermer ma gueule et à me mouler dans des rôles vieux de plusieurs siècles. Même des rôles de violeurs, Don Giovanni, Barbe Bleue, des rôles de tueurs, des rôles qu’on identifie aujourd’hui comme virils toxiques.

Donc voilà, j’ai appris à me taire, j’ai avalé des couleuvres pour apprendre à chanter. Du coup, ce que j’ai à dire se libère, je dirais, par une intelligence qui est de l’ordre de la survie au plateau, un état second. Moi, avec le discours, j’ai du mal. Et je me dis, pour me réconforter, que si je suis juste poétiquement, je le suis politiquement. Voilà.

 
Patachtouille ©Marina Viguier (8)

Mélodie Braka : Le cabaret, est-ce qu’on peut l’emmener partout ?

 

Patachtouille : Oui. J’oserais y croire encore. J’ose y croire encore. Et oui, il suffit d’une buvette. Il suffit d’une buvette ! Et d’un artiste. Et d’un public.

 

Mélodie Braka : Vous avez justement été beaucoup sur les routes. Est-ce qu’il y a des dates qui vous ont particulièrement touché ou qui vous laissent un souvenir impérissable ?

 

Patachtouille : Oui, les dates où justement on est dans un endroit qui n’est pas identifié cabaret. Par exemple, des dates en plein air avec Les Nouveau Nez, une compagnie de clowns ardéchois, ou sur la place du village, un village en pente avec toutes les terrasses et le village entier. C’était comme Bercy, mais sur la place du village. Ça, c’était fou !

Et en tant qu’artiste queer, travelo, tout à coup, parler, enfin s’adresser à un public aussi mixte et aussi étendu, pour moi, c’était vraiment un choc positif.

Après, il y a eu aussi des grandes salles, genre la première partie de M au Zénith avec Bili Bellegarde, justement. Et puis des soirs de grâce dans différentes maisons de cabaret où, tout à coup, on se dit : « Ah mais là, on est connecté avec quelque chose d’atemporel. » La beauté surgit à un moment où on n’imaginait pas qu’elle pouvait encore pointer le bout de son nez dans le chaos. Et encore d’autres devant, heureusement.

 
Patachtouille ©Marina Viguier (8)

Mélodie Braka : Plutôt seul ou collectif ? Elle est comment, votre pratique du cabaret ?

 

Patachtouille : Ah ! J’ai un laboratoire très solitaire. Un rapport à l’inspiration très solitaire, voire même névrotique. Et un peu d’onanisme. Non, vraiment une pratique solitaire de concevoir, de chercher l’inspiration, etc.

Mais après, au plateau, il y a une chose en laquelle je crois, c’est la solidarité du plateau et l’horizontalité. Et au plateau, ce sera toujours la camaraderie, l’objet commun, qui va prévaloir.

 

Mélodie Braka : Patachtouille a-t-elle toujours la même garde-robe ?

 

Patachtouille : Ah, c’est marrant que vous posiez cette question ! Oui, parce qu’elle n’a pas eu l’aide à la créature ( elle rit ) ! Alors elle continue de porter ses vieilles nippes, c’est son côté durable ! J’avoue que j’ai toujours la même garde-robe. Je peine à m’acheter des choses et j’adore les trous qui se font dans certaines robes, dans certaines coiffes. J’adore le vieillissement de certaines parures, de certains accessoires, parce que moi aussi je vieillis et je trouve que c’est une chance de vieillir au plateau.

Et plus ça va, plus certains costumes, certains éléments de ma garde-robe deviennent des fétiches. Telle tenue me rappelle telle soirée dans tel endroit avec tel partenaire. Donc je peine à m’en séparer et là, je me dirige plutôt vers des réparations ou assumer les trous.

Là, j’ai une paire de gants que j’adore avec ses petits trous. Je ne vais pas m’en racheter une à chaque fois, puisque c’est des tailles de femmes et que mes poignets sont plus grands. Enfin, vous voyez. Donc on a la garde-robe qu’on mérite. Et puis elle vieillit avec moi. J’ai toujours mis des t-shirts trop petits.

 
Patachtouille ©Marina Viguier (6)

Mélodie Braka : L’inspiration, vous la trouvez où ?

 

Patachtouille : Je cherche, je cherche, et en fait, c’est elle qui me trouve. Je la laisse venir, c’est une espèce de parcours. Et puis en plus, quand j’ai trouvé, je me dis que c’est déjà trop tard. Je déteste quand ça s’inscrit dans une dynamique productiviste.

Moi, je ne considère pas que j’ai une collection de numéros et, en fonction des échéances, telle chanson, je lui offre telle variation. Parce que ce soir, par exemple, avec le cabaret La Bouche, la chanson Le Sac, je la fais différemment par rapport à la dernière fois. Enfin voilà, j’ajuste toujours aussi avec les équipes qui m’invitent.

Et non, je n’ai pas de numéro clé en main. Certains ont des axes, une direction, mais je laisse venir aussi parce que j’aime bien ne rien faire, et je trouve que l’inspiration, elle vient aussi quand on est au repos.

Infos pratiques :

 

Retrouvez Patachtouille sur scène

La Pride d’Aubenas
Le 6 juin

 

Madame ose Bashung
Le 4 juillet
Aux Eurockéennes de Belfort

 

Suivre Patachtouille

 

Série imaginée et propos recueillis : Mélodie Braka

Photographies : Marina Viguier