À l’occasion de l’inauguration du pavillon français à la Biennale, Christopher Miles, directeur général de la création artistique au Ministère de la Culture, a dévoilé les contours de la Quinquennale d’art contemporain, ce nouvel événement-cadre récurrent de la scène française, dont la première édition se tiendra en octobre 2027, sur trois mois, dans une vingtaine de lieux du Grand Paris avec des prolongements sur tout le territoire. Sa direction artistique confiée au Palais de Tokyo, avec un comité curatorial piloté par Guillaume Désanges et coordonné par Hugo Vitrani.
Le lieu n’a rien d’innocent. En choisissant le jour de l’inauguration du pavillon français aux Giardini pour annoncer la Quinquennale d’art contemporain, la France a souhaité répondre à une scène internationale qui ne l’attendait plus tout à fait là.
Le projet, issu de la mission confiée au commissaire d’exposition Martin Bethenod, se déploiera en octobre 2027 sur trois mois et convoquera une centaine d’artistes, émergents et confirmés, français et venus d’ailleurs dans une vingtaine de lieux du Grand Paris, avec des prolongements sur tout le territoire grâce aux centres d’art et aux FRAC, mobilisés par un appel à projets du CNAP.
L’amplitude du projet est singulière et réunira simultanément des espaces publics, des lieux de patrimoine, et des institutions historiques dans un format exceptionnel, quelque part entre la grande exposition d’État et la biennale décentralisée.
La direction artistique du projet a été confiée au Palais de Tokyo. Guillaume Désanges, actuel président du Palais de Tokyo, pilotera le comité curatorial, coordonné par Hugo Vitrani, le tandem déjà aux commandes de l’institution parisienne, dont la saison Normes Corps est en cours jusqu’en septembre. Autour d’eux, une équipe resserrée : Eva Barois de Caevel, Coline Davenne, Alexia Fabre, Yoann Gourmel, Zoe Whitley, avec Manuel Segade en conseiller artistique. Les commissaires maison, Daria de Beauvais, Horya Makhlouf, Amandine Nana, François Piron, sont eux aussi de la partie : un véritable collectif curatorial censé faire respirer la diversité de la scène française plutôt qu’imposer un récit unique.
L’attelage institutionnel est également hors norme. Le Centre Pompidou et le CNAP rejoignent le Palais de Tokyo, chacun mobilisant ses moyens d’acquisition, de production et de commande. Le CNAP, en particulier, ouvrira un appel à projets dédié à la production et la coproduction d’œuvres avec les centres d’art et les FRAC, afin d’inscrire la Quinquennale dans le maillage existant, plutôt que de la plaquer dessus.
Reste la question qui revient toujours quand un État inaugure un tel rendez-vous récurrent : pourquoi cinq ans ? La cadence n’est pas anodine, et s’extrait du rythme bisannuel qui essouffle les biennales en bout de course, sans pour autant s’inscrire dans la rareté de l’événement unique. Cinq ans, serait-ce le temps nécessaire pour qu’une scène se transforme et que des productions ambitieuses puissent vraiment mûrir ? C’est en tout cas, en filigrane, le pari que la création française a besoin d’un cadre et pas uniquement d’une vitrine.
Reste évidemment à transformer l’essai. Mais en annonçant ce grand projet à Venise, la France a cessé d’attendre qu’on l’inscrive au calendrier international pour commencer à écrire le sien.
Visuel : DH