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Silvia Gribaudi : « L’humour fait partie de ma dynamique de mouvement »

par Amélie Blaustein-Niddam
17.05.2026

Silvia Gribaudi, artiste italienne de renom, est à l’affiche du festival Chantiers d’Europe au Théâtre de la Ville avec deux spectacles : la reprise de son solo Suspended Chorus et un quintet, Amazzoni

Votre spectacle R.OSA a été un véritable succès, abordant avec humour et sensibilité la question de la grossophobie. Quel impact a-t-il eu, selon vous, sur le public, notamment auprès des adolescent.e.s ?

Silvia Gribaudi : C’est toujours difficile de mesurer précisément l’impact. Ce que je ressens, c’est une énergie, un regard qui change chez les spectateur.rice.s pendant le spectacle. J’espère, un jour, que ce type de spectacle ne sera plus nécessaire, que l’acceptation de soi et des autres sera une évidence. Parfois, je suis un peu triste que l’on parle encore autant du corps, plutôt que de la chorégraphie ou de la dramaturgie. Mais cela montre qu’il reste un long chemin à parcourir dans notre société.

Vous revenez sur scène avec Suspended Chorus, un solo que vous avez chorégraphié vous-même. Qu’est-ce qui vous a motivée à remonter seule au plateau ?

C’était une envie de faire un point, de parler du corps qui change, du corps à 50 ans. En tant que femme, on arrive à un âge où l’on devient parfois invisible, ou du moins, notre visibilité est questionnée. Je voulais explorer la puissance, la force que le corps peut nous donner à cet âge, et aussi questionner la relation avec le public, notamment à travers l’improvisation.

L’humour est une composante essentielle de votre travail. Comment l’utilisez-vous dans ce spectacle ?

L’humour fait partie de ma nature, de ma dynamique de mouvement. Ce n’est pas une stratégie pour séduire le public, mais plutôt une manière de déconstruire, de détourner les choses. Souvent, je suis très sérieuse, mais le public rit, et c’est tant mieux. J’aime créer des situations où l’on ne se comprend pas forcément, où l’on cherche ensemble une direction.

Vous présentez également Amazzoni, un spectacle avec cinq danseuses. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Silvia Gribaudi : Amazzoni est né d’une nécessité de revenir au corps, de parler de désarmement, dans un monde où la guerre est omniprésente. J’ai choisi de travailler avec cinq femmes, en mettant l’accent sur l’énergie, plutôt que sur la forme du corps. L’idée est de créer un espace de rencontre, de regard sans tension.

Ces deux spectacles sont montrés au festival Chantiers d’Europe du Théâtre de la Ville. Que signifie pour vous être une artiste européenne ?

 C’est une question que je me pose souvent. Parfois, je me sens très italienne, très attachée à ma culture. Mais l’Europe, c’est aussi une opportunité de découvrir d’autres esprits, d’autres manières de vivre la culture et la danse. Cela implique aussi une responsabilité, une conscience de notre histoire, de notre héritage, avec ses aspects positifs et négatifs. En tant qu’artiste européenne, je me sens libre de parler de sujets qui me tiennent à cœur, comme le genre ou le corps.

En Italie, le contexte politique actuel sous le gouvernement Meloni pèse sur la culture. On évoque aussi un retour en force de la danse classique institutionnelle. Comment vivez-vous cette situation avec votre compagnie ?

Paradoxalement, les difficultés renforcent l’unité des artistes. Face à la crise, le milieu de l’art répond par la solidarité. Il est vrai que l’on observe un retour de la danse classique traditionnelle, valorisée comme la forme la plus importante, axée sur des corps perçus comme parfaits au détriment de la recherche contemporaine. Moi-même, je viens de la danse classique. J’estime que c’est une tradition essentielle, mais je pense qu’on en a perdu le sens profond. C’est pourquoi, avec notre compagnie, nous mettons un point d’honneur à maintenir un dialogue très fort avec les institutions et le ministère de la Culture. L’objectif est de construire et de déconstruire ensemble : redéfinir ce que signifient la recherche et le répertoire dans la danse classique aujourd’hui. Pour l’instant, nous n’avons pas subi de coupes budgétaires importantes, mais nous sommes vigilants, notamment en ce qui concerne les festivals de danse, qui sont plus vulnérables.

Quels sont les défis et les priorités pour vous, en tant qu’artiste, dans le contexte actuel ?

Je me demande souvent quelle est ma responsabilité. Est-ce que ma priorité est de faire de beaux spectacles, ou est-ce que je dois m’engager davantage sur le terrain, dans les écoles, dans la rue ? Il y a tellement de problèmes urgents, comme la guerre, la faim, le manque d’argent pour les besoins essentiels. Je suis inquiète et je me questionne sur la manière dont je peux être utile, en tant qu’artiste européenne.

Suspended Chorus : du 18 au 23 mai au Théâtre de la Ville, Paris (salle Abbesses)

Amazzoni :   du 20 au 23 mai au Théâtre de la Ville, Paris (salle Abbesses)

Informations et réservations

Visuel : ©Théâtre de la Ville

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