Sept ans après J’irai où tu iras et près de vingt-cinq ans après Tout ce qui brille, Géraldine Nakache est en sélection officielle à Cannes avec, cette fois-ci, un drame concentré sur un couple. Si tu penses bien est un film d’emprise puissant.
Alors qu’elle vient de perdre sa cousine, Gil (Mona Chokri) rencontre Jacques (Niels Schneider) à Dubaï. Elle fait un malaise à l’aquarium, il la soutient, elle tombe enceinte, il prend le premier vol pour Paris pour les convaincre de fonder un foyer. Ils sont tous deux de confession juive, lui plus pratiquant qu’elle, et leur vie est rythmée par le mikvé, le bain de purification rituelle qui permet chaque mois, après les règles, à Gil de pouvoir retrouver charnellement son mari. Lorsque leur fille a 6 ans, Gil a envie de se remettre à travailler…
« Si tu penses bien, il ne t’arrivera que du bien » : c’est ce que Jacques dit sans cesse à Gil. Commençant par une scène de bain rituel, qui viendra ponctuer le film, et organiser en éclatant les temps de la rencontre, de l’accouchement et de ce qui mène à la rupture, Si tu penses bien est un film focalisé sur le couple qui enferme Gil. Malgré l’amour de sa famille (avec une Clémentine Célarié parfaite en mère et grand-mère juive), malgré et avec l’aisance financière du couple, Jacques isole totalement sa femme, l’épie avec des caméras, et la pousse doucement vers le craquage nerveux. Étrangement soutenue par sa foi à elle et le drôle de rabbin de Dubaï qui les a mariés (Daniel Cohen), Gil tente de sortir des filets de Jacques avec une énergie de vie puissante.
Monia Chokri est sublimée dans ce film aussi intimiste et angoissant que le Kaddosh d’Amos Gitaï, et qui documente avec une douceur lancinante et une fragmentation troublante l’emprise du mari sur la femme, emprise qui s’appuie sur la religion sans entièrement parvenir à phagocyter ce qui est sacré pour elle. L’éclatement du temps fonctionne parfaitement pour faire comprendre l’enracinement de l’emprise, et les sous-titres venus de commentaires de la Torah finissent d’implanter cette histoire de couple dans la religion juive qu’ils ont en partage. Une entreprise très réussie de raconter l’emprise d’un mari sur sa femme, où l’on aurait peut-être juste aimé avoir un peu plus d’espace pour leur fille que quelques chorégraphies sur « Pandi Panda » de Chantal Goya.
Si tu penses bien, un film de Géraldine Nakache, avec Monia Chokri, Niels Schneider, Clémentine Célarié. France, 94 minutes. Cannes Premières. Sortie le 17 septembre 2026.
visuel : Pan Films