La Ville de Bordeaux vient de refuser un legs de 53 objets culturels originaires d’Afrique. Une décision historique, née de la volonté de rendre ces biens à leurs pays d’origine qui en ont fait la demande.
Ce lundi 1er juin, la Ville de Bordeaux a refusé un legs privé de 53 biens culturels venus de sept pays africains : Gabon, du Nigeria, du Niger, de Côte d’Ivoire, de République démocratique du Congo, du Burkina Faso et du Togo. Cette décision va permettre leur retour dans leur pays de provenance.
C’est une ancienne sage-femme, Marie-Thérèse Petit, décédée en 2022 et ayant exercé durant plus de trois décennies en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale qui avait légué à la municipalité bordelaise sa collection. Composée d’objets d’art et d’un lot de bijoux et accessoires touaregs, elle est estimée à plus de 30 000 euros et était jusqu’ici conservée au musée d’Aquitaine.
L’ancienne municipalité écologiste était aussi en discussion avec le Musée National des Arts, Rites et Traditions de Libreville, qui avait affirmé sa volonté de récupérer le lot gabonais en 2023 dans une lettre adressée à la ville. Ces biens proviennent pour certains de la région du tsogo, peu représentée dans les collections publiques ce qui a éveillé l’intérêt du musée.
Une délégation gabonaise est venue assister au conseil municipal du lundi 1er juin, demandant le retour des 33 pièces gabonaises. Bernice Abegue Owono, déléguée permanente du Gabon à l’Unesco, a déclaré que cette décision « matérialise non seulement le travail accompli par l’ensemble des partenaires, mais pose les jalons d’une nouvelle ère dans l’histoire de la coopération patrimoniale entre le Gabon et la France ».
Pour le maire Renaissance de la ville, Thomas Cazenave, élu lors des dernières municipales de mars : « La Ville de Bordeaux souhaite promouvoir une politique muséale responsable, éthique et concertée, dans le respect des droits culturels et des principes de coopération internationale ». Il a aussi tenu à préciser que « cette décision a été prise en parfaite coopération avec la famille de Marie-Thérèse Petit ».
« Ce que la Ville de Bordeaux accomplit aujourd’hui dépasse la simple application d’un principe juridique : c’est un acte juste. […] Ces 53 pièces ne sont pas de simples objets d’art. Elles sont porteuses de mémoire, de liens avec nos ancêtres et de notre identité collective » – Bernice Abegue Owono
Cet événement relève d’un caractère historique : c’est la première fois qu’une collection sera rapatriée au Gabon par la France. Les six autres États concernés ont également été consultés, ce qui a mené à deux autres réponses favorables : le Nigeria a demandé le retour de treize objets et la Côte d’Ivoire en souhaite sept. Ces biens resteront conservés au musée d’Aquitaine pendant dix-huit mois afin de permettre aux autorités des trois pays de préparer les démarches juridiques nécessaires ainsi que le transfert des œuvres qui reste à leur charge.
À ce jour, la République démocratique du Congo, le Burkina Faso, le Togo et le Niger n’ont pas encore donné de réponse et ont jusqu’à deux ans pour se décider. Le cas échéant, la ville pourra potentiellement intégrer ces pièces définitivement aux collections du musée d’Aquitaine.
Malgré la promesse faite par le président Emmanuel Macron à Ouagadougou en 2017, les restitutions sont restées rares en France. En 2020, 26 trésors d’Abomey avaient été rendus au Bénin et le sabre d’El Hadj Omar au Sénégal, puis en février, un tambour parleur l’a été à la Côte d’Ivoire. Une loi adoptée le 7 mai dernier par le Parlement finalise enfin le projet du chef d’Etat français. Elle devrait permettre de faciliter le retour d’œuvres pillées durant la colonisation française en Afrique.
Bien que la décision de la ville de Bordeaux ne rentre pas dans ce contexte, elle entraîne également une réflexion nécessaire sur la circulation du patrimoine africain et sur leur conservation ainsi que sur l’importance de la mémoire et à l’héritage culturel des pays concernés.
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