La nouvelle, désormais officielle, était attendue depuis longtemps. Le 22 juillet, la Tate a annoncé la nomination de Jessica Morgan à la tête de l’institution, où elle succédera à Maria Balshaw. Actuellement directrice de la Dia Art Foundation à New York depuis 2015, Jessica Morgan prendra ses fonctions à la Tate le 1er janvier 2027. Cette institution muséale britannique rassemble Tate Modern, Tate Britain, Tate Liverpool et Tate St Ives.
Pour la Tate, ce choix n’est pas celui d’un commencement, mais d’une continuité. Âgée de 57 ans, Jessica Morgan a déjà passé une bonne partie de sa carrière dans les murs de la Tate. Elle y a passé 12 ans, d’abord comme curatrice de 2002 à 2010, puis chargée de l’art international en tant que Daskalopoulos Curator jusqu’en 2014. C’est à ce poste qu’elle avait notamment supervisé plusieurs commandes pour la Turbine Hall et pesé sur la manière dont la collection internationale du musée s’est constituée. Sa trajectoire l’avait menée auparavant aux États-Unis, où elle avait occupé les fonctions de chief curator à l’Institute of Contemporary Art de Boston, après un passage comme curatrice au Museum of Contemporary Art de Chicago.
Depuis 2015, Jessica Morgan dirigeait la Dia Art Foundation, institution new-yorkaise et temple du Land Art, aux États-Unis et en Allemagne. Elle a été saluée lors de sa décennie à la tête de la Dia pour avoir su concilier exigence artistique, accessibilité du public et développement institutionnel, avec un accès gratuit renforcé et une programmation plus diverse.
Le président de la Tate, Roland Rudd, a salué en elle une dirigeante exceptionnelle et une figure très respectée du secteur. Sa nomination a été approuvée par l’ancien Premier ministre britannique Sir Keir Starmer, sur recommandation du conseil d’administration de la Tate.
Ces dernières années, Jessica Morgan a continué à curater des expositions marquantes en dehors de la Dia Art Foundation. C’est notamment le cas pour la rétrospective de Lee Ufan à la SMAC (San Marco Art Center) de Venise en 2026, l’exposition collective Minimal à la Bourse de Commerce de Paris (2025-2026), ou encore une exposition consacrée à Dan Flavin au Malba de Buenos Aires. En 2014, elle avait aussi assuré la direction artistique de la 10e Biennale de Gwangju, en Corée du Sud.
Elle devient ainsi la dixième personnalité à diriger la Tate depuis sa création en 1897.
Son arrivée tombe à un moment charnière pour l’institution. La réouverture de Tate Liverpool est prévue en 2027, l’internationalisation des collections reste un objectif affiché, et la Tate doit aussi composer avec le développement des commandes artistiques contemporaines, l’élargissement de ses publics et son adaptation aux enjeux environnementaux et numériques qui traversent aujourd’hui l’ensemble du secteur muséal.
Cette nomination dépasse le cadre d’un simple changement de direction. Diriger une institution de cette envergure, implique de posséder un pouvoir sur les acquisitions, les grandes expositions, les commandes passées aux artistes, les partenariats noués avec d’autres musées ou collections privées, et plus largement sur les orientations de recherche du secteur. Le profil de Jessica Morgan laisse entrevoir une Tate tournée plus que jamais vers l’international, avec une ouverture affirmée à la pluralité des scènes artistiques et des récits contemporains. Sa nomination sera donc suivie de près bien au-delà des frontières britanniques, tant elle pourrait redessiner la manière dont l’art contemporain circule et se raconte à l’échelle mondiale.
Visuel : Gabriela Herman