« Sur un cerisier
un oiseau
fait le tour du monde.
Sur le même cerisier,
un poète
fait le tour du temps. » extrait du Voyageur absent.
Jean Orizet s’est éteint le 16 septembre 2026, à l’âge de 89 ans. Poète, prosateur, écrivain, éditeur, grand médiateur de poèmes, il laisse derrière lui plus d’une trentaine d’oeuvres, traduite dans plus de vingt langues. Son épouse Isabelle Orizet rapporte à sa disparition que, pour lui, la poésie était une manière de « vivre mieux et plus haut ».
Né en 1937 à Marseille, Jean Orizet grandi entre la Provence et la Bourgogne dont il conserve un lien profond. Et à 12 ans, deux découvertes marquent son existence : celle du poète Gérard de Nerval à l’école, et celle des cités antiques d’Afrique, Cherchell, Tipaza, Lambèse… Le poète reviendra sur cette année fondatrice qui place la poésie et le voyage au coeur de son existence, un véritable programme de vie de poète-voyageur qu’il suivra toute sa vie : « à partir de ma douzième année, j’ai commencé à me poser des questions dont je cherche encore les réponses. J’étais, sans le savoir, devenu poète ».
Chez Jean Orizet, écriture et voyage ne cesseront de se nourrir. Il poursuit sa formation et son éducation à travers le monde : en Amérique du Nord, en Espagne, en Écosse et en Suisse, puis, plus tard, à la découverte de l’Allemagne, du Danemark, de la Yougoslavie, de la Grèce et l’Italie… En 1962 paraît son premier recueil, Errance, qui rassemble des poésies écrites entre ses quatorze et vingt-deux ans. Ses poèmes deviennent alors le carnet de route d’un « itinérant comblé », selon la Société des Lettres. Jean Orizet est un poète attentif aux êtres et au monde, qui voit les misères du monde humain et végétal, et les écrits.
Pour Jean Orizet, la poésie était également une passion à transmettre, à faire découvrir. Il contribue à la populariser en co-fondant la revue Poésie 1, vendue à l’origine au prix d’un franc. Son engagement passe donc par l’édition, puisqu’il co-fonde avec Philippe Héraclès les éditions du Cherche Midi, maison d’édition parisienne qu’il dirigera pendant trente ans, jusqu’à sa cession à Éditis en 2005. Il y publie des anthologies destinées à faire découvrir le patrimoine poétique français, parmi lesquelles Les Cent plus beaux poèmes de la langue française. Et son oeuvre poétique est considérable, parmi ses recueils figurent Le Voyageur absent (Grasset, 1982), La Peau du monde (Belfond, 1987), La Poussière d’Adam (1997) et les Aventures du temps (Jean-Pierre Huguet, 1999). Avec Histoire de l’entretemps (La Table ronde, 1985), il développe le concept d’entretemps, une manière d’habiter pleinement l’instant et de suspendre l’éternité.
Le travail de Jean Orizet est largement reconnu. Il était président de l’Académie Mallarmé, puis, en 1993, du PEN Club français. En. 1991, il reçoit le Grand Prix de poésie de l’Académie française pour l’ensemble de son oeuvre. Le poète a été nommé Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres en 1994, puis Commandeur de la Légion d’honneur en 2013. Un poète-voyageur, bien installé dans le paysage poétique, reconnu par ses pairs, et qui continuera à transporter ses lecteurs. Dans Jardins secrets des signes, il écrivait :
« Je guide la barque des morts vers des planètes aquatiques où l’âme flotte entre déluges et dynastie de faucons ».
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