Carolina Bianchi, qui a renouvelé le genre de la performance en le malaxant avec l’histoire du théâtre et la littérature, vient clore sa trilogie Cadela Força à Avignon dans le sang, les larmes et la vacuité du sexe. Dans Uma Luz Cordial, elle clôt le cycle et affirme : la poésie sauve le monde.
Sa trilogie est un travail de reconstruction après le viol qu’elle a subi en 2012. Elle a commencé avec le chapitre 1, A Noiva e o Boa Noite Cinderella, à raconter son histoire, celle de ce crime commis pendant une fête dans laquelle elle avait été droguée et endormie. Depuis, elle se définit comme morte parmi les vivant·e·s et travaille à comprendre sans jamais pardonner. Brotherhood est le réveil après le sommeil, le temps de regarder en face nos idoles et nos criminels pour pouvoir faire avec, sans pathos, sans catharsis et toujours sans pardon. Et voici Uma Luz Cordial, qui opère comme un autre palier de sa réparation sans pardon.
Pendant l’entrée du public, le chant XXV de Dante nous accueille. Puis c’est à l’enfer qu’elle nous invite dans l’une des images les plus hérétiques. Quatre corps, dont un seul homme, s’avancent nus devant nous, se mettent à genoux, comme pour attendre la sentence, puis se bandent les yeux. Ensuite, les mots peuvent advenir.
L’un des motifs principaux de la pièce, pour ne pas dire son thème, est la table de l’écrivain.e. On la retrouve dans les six parties ultra pensées de Uma Luz Cordial. Une immense, comme dans La Cène, ou une minuscule, comme dans une chambre d’enfant. Écrire, écrire pour ne pas sombrer, pour ne pas finir au milieu des damnés qu’elle fait gesticuler, poulets à la tête coupée dans une course sans but à l’allure très castelluccienne.
Elle nous demande de lever les yeux, de regarder au-delà de la vengeance, et nous lisons, sur un écran, des paroles qui réparent, une déclaration d’amour à la poésie, car elle est seule à pouvoir nous sauver de l’horreur des âmes humaines.

Bianchi assume, dans la douleur, jusqu’à se taillader elle-même, son statut d’autrice et de poète. Le sang coule concrètement dans ce spectacle, comme chez Liddell dans, elle aussi, sa clôture de trilogie, Seppuku. Air du temps, peut-être, Carolina Bianchi tente de faire entendre et comprendre.
Pour ce faire, elle convoque plusieurs figures controversées de la littérature, dont Hilda Hilst qui, déçue que ses livres ne se vendent pas assez, s’est mise à écrire de la pornographie et de la pédopornographie, ce qui donnera lieu à une séquence de marionnettes qui file la gerbe.
Bianchi fait ça à merveille : filer la gerbe. Ce n’est pas vain, c’est tout le contraire. Elle dit et répète comment les filles, puis les femmes, ont été et sont des objets de violences romantisées. Elle dénonce encore, encore, sans littéralité, les justifications atroces qui mènent au viol.
Pour advenir, pour être au monde fière et solide, elle entraîne dans sa danse. Car Carolina danse sur des chansons kitsch, le plus souvent ; elle n’est pas seule. Elle fait chanter un chœur dans une séquence de toute beauté sur Because the Night (« belongs to lovers », évidemment !) et, surtout, elle ramène les fantômes de la littérature à ses tables.
A comme Artaud, toujours, car le verbe est sang.
« Des jours bien pires nous attendent », nous dit-elle. Et pourtant, bien accompagnée jusqu’aux mots posthumes de Leonard Cohen, jusqu’au cœur, elle est désormais libre d’écrire par-dessus ses traumatismes. Elle peut rendre la douleur universelle et faire de l’acte d’écrire une arme contre les bêtises des souffrances contemporaines mal placées.
Bianchi se place, quelque part entre Sylvia Plath et Emily Dickinson. Elle refait entrer la poésie dans la modernité en alliant des images d’une force inouïe à des mots d’une immense beauté.
Notre dossier Festival d’Avignon
브라질 연출가 카롤리나 비앙키는 《Uma Luz Cordial》을 통해 Cadela Força 3부작을 완성하며, 폭력을 고발하는 데서 나아가 몸과 시의 가능성을 탐구한다. 이 글은 비앙키가 성폭력과 가부장제의 상처를 무대 위에서 새로운 시적 언어로 전환하는 과정을 분석한다. 피와 눈물, 그리고 욕망의 공허함을 지나 그녀의 몸은 더 이상 피해를 증언하는 도구가 아니라, 아름다움과 사랑, 그리고 예술의 힘을 새롭게 써 내려가는 **’시인의 몸’**이 된다. 이 작품은 폭력 이후에도 시가 세계를 변화시킬 수 있다는 희망을 제시하며, 비앙키를 동시대 공연예술을 대표하는 가장 중요한 창작자 가운데 한 명으로 자리매김하게 한다.
Jusqu’au 7 juillet, à l’Opera d’Avignon
UMA LUZ CORDIAL – CAPÍTULO III DA TRILOGIA CADELA FORÇA, Carolina Bianchi
& Cara de Cavalo © Luisa Callegari