« Tu comprends rien »
Ici commence la mer est le nouveau spectacle de la Compagnie Les Entiché.e.s. Il nous installe dans un décor ingénieux, et assez massif, qu’il est miraculeux de trouver dans les conditions d’accueil du OFF. Cette magie est rendue possible grâce à l’inventivité du Train Bleu, qui permet aux compagnies de stocker leurs affaires dans un garage attenant au théâtre. C’est assez rare pour être salué. Cela permet à Sixtine Leroy de devenir Gabrielle et de s’installer dans sa chambre face à une carte un peu particulière, sur laquelle elle manipule des formes et des courants. Elle est très précise : en fonction des vents, il se pourrait que son projet tombe concrètement à l’eau. Son projet est de partir à la recherche de son doudou qu’elle a perdu sur la plage l’autre jour. On comprend que Gabrielle habite dans une ville au bord de la mer avec son papa, qui a l’air sympathique, bienveillant et bon cuisinier. Il a beau tout vouloir faire bien, il ne comprend pas que Joséphine n’est pas un ours comme un autre, qu’elle n’est pas remplaçable.
« Il faut absolument se préparer aux poulpes »
Gabrielle, plus décidée que jamais, est prête à rater les endives au jambon du dîner ; intrépide et courageuse, elle part en quête de sa Joséphine, ce qui permet au récit de devenir une épopée fantastique. En compagnie de Julien Meynier, un monde merveilleux se met en place. Lui, le plus souvent hors champ, manipule les lumières qui transforment le drap de fond de scène en océan ou en nuit de pleine lune. Elle, elle déplie un grand pan de papier que nous n’avions même pas repéré, et la voici voguant sur un grand bateau. Les idées pleuvent sur son navire, où les rencontres les plus improbables se passent. Nous voici fasciné.e.s par la mignonnerie de Maurice le Crabe, à la recherche de ses dizaines de milliers d’enfants, et nous rigolons aussi, comme notre voisine déguisée en fée, quand Gabrielle se fait disputer par un poisson mécontent d’avoir failli être pêché ; non mais ! un peu de respect !
« Comment autant de poubelles ont pu se retrouver jusque-là ? »
Ce voyage amène Gabrielle à croiser les habitant.e.s de la mer et du ciel. Elle comprend l’impact des humain.e.s sur la nature et les conséquences dramatiques sur l’écosystème. Elle rencontre par exemple un albatros à l’aile pleine de pétrole, qu’elle va décrasser. Le récit est bien écrit, joli et captivant. Les enfants n’en laissent pas une miette et craignent même qu’il arrive une mésaventure à notre héroïne. La pièce permet de les sensibiliser au tri et à la conscience d’être sur une planète aussi mortelle que nous. Nous vous laisserons la surprise intacte, mais sachez que ce décor (et les costumes) offrent encore plus que ce qu’ils laissent présager. Un très bon jeune public qui séduira les parents en quête de spectacle quand la ville dort encore.
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