Richie, Luis Alberto, Gustavo … et les Beatles. C’est l’histoire d’une guitare, pas n’importe laquelle : une guitare électrique. Celle conçue en 1954 par Leo Fender, après la Telecaster de 1950. Son nom : la Stratocaster. Devenue une véritable icône pour les guitaristes de rock, elle va transformer la musique à jamais. Saisie vers 1955 par Richard Steven Valenzuela Reyes, plus connu sous le nom de Richie Valens, elle va ensuite, virtuellement, passer de main en main. Elle va raconter une identité culturelle, un destin que ses créateurs n’auraient jamais imaginé. De la Californie à Bogotá, en passant par Buenos Aires, elle deviendra l’une des voix les plus singulières de l’Amérique latine.
Cult.news ne va pas vous proposer une galerie de portraits des très nombreux artistes qui ont joué un rôle dans l’avènement du rock latino. Nous allons plutôt tirer un fil rouge, accroché au manche de cette Stratocaster, pour raconter le long chemin qui mène du rock américain à une musique devenue pleinement latino. Et pour commencer ce voyage, il faut remonter à la fin des années 1950, lorsque Richie Valens va faire entrer une vieille chanson mexicaine dans l’histoire du rock.
Et comme il faut bien un début, tout commence avec un jeune Californien de la région de Los Angeles qui entend Elvis pour la première fois à l’âge de treize ans. Il saisit alors une guitare qu’il ne lâchera plus jusqu’à sa mort. Ce jeune prodige du rock se fait rapidement remarquer comme compositeur et guitariste sous le nom de Richie Valens.
Une chance pour nous : il est follement amoureux de Donna Ludwig, rencontrée au lycée, et lui écrit en 1958, à seize ans, « Donna », qui devient très vite un énorme succès. Sur la face B du 45 tours, il enregistre « La Bamba », un air traditionnel de mariage mexicain qu’il actualise avec sa guitare. Ce n’est qu’après sa mort, le 3 février 1959, dans un accident d’avion avec Big Bopper et Buddy Holly, le fameux « Day the Music Died », que ce morceau deviendra la véritable signature de Richie. Il est considéré comme le tout premier tube de rock latino et marque l’appropriation d’un langage musical naissant par un jeune Américain d’origine mexicaine.
« La Bamba » va alors être écoutée par des millions de chicos de l’autre côté de la frontière des États Unis, pour qui son impact est aussi fort que celui de « Heartbreak Hotel » d’Elvis sur les jeunes Américains.
Faisons maintenant un crochet par Paris, en 1964. Bruno Coquatrix a l’idée de réunir autour de Sylvie Vartan, nouvelle star du yé yé français, un groupe anglais de rock qui monte, les Beatles, et un jeune crooner américain d’origine mexicaine, Trini Lopez.

Celui ci enthousiasme les foules avec son tube « If I had a hammer », repris en français par Claude François. Il interprète aussi avec succès la version de Richie Valens de « La Bamba » et fait ce que Richie n’a pas eu le temps de faire : la diffuser dans le monde entier. Mais il s’agit d’une version édulcorée, admise par les pouvoirs en place en Amérique du Sud, plutôt réfractaires au rock. L’industrie musicale est pourtant dynamique, mais elle est tournée vers d’autres genres : boléro, ranchera, tango, samba, bossa nova. Pas encore vers le rock.
À ce concert de l’Olympia, devenu historique, la première partie est assurée par les Beatles. À partir de cette période, la Beatlemania va s’abattre sur le monde de la musique et le changer à jamais, y compris pour les jeunes rockers latino-américains. Aux États-Unis, la réaction vient notamment de Californie avec les Beach Boys puis les Byrds, qui vont à leur tour imprimer leur marque à l’histoire du rock sans cacher leurs influences. Mais en Amérique du Sud, quelque chose d’autre est en train de se préparer.
En Amérique du Sud, c’est à Buenos Aires, en 1967, que la guitare de Valens réapparaît, entre les mains de Los Gatos. Alfredo Toth à la basse, Ciro Fogliatta aux claviers, Kay Galifi à la guitare, Litto Nebbia au chant et à l’harmonica et Oscar Moro à la batterie forment un groupe décidé à interpréter ses propres compositions en espagnol.
« La Balsa », lancée en juin 1967, remporte un succès immédiat et atteint près de 250 000 exemplaires vendus en très peu de temps. Cette composition est pensée en espagnol dès le départ, contrairement aux nombreuses traductions de tubes anglo-saxons qui foisonnent alors. Même si l’influence britannique, surtout celle des Kinks, est bien présente, la guitare commence à trouver une voix argentine qui n’est plus un simple écho venu du Nord. « La Balsa » devient le détonateur d’un mouvement profondément hispanique.
Le lien fort de l’Argentine avec l’Europe explique sans doute la marque musicale de la Grande-Bretagne sur les lignes mélodiques. Mais les paroles en espagnol font déjà référence à une réalité politique locale. La guitare vient de traverser l’Atlantique culturel : elle est désormais entre les mains d’une génération qui va commencer à parler en son propre nom.
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