Tony Gatlif, réalisateur de Gadjo Dilo, Vengo ou encore Exils, est mort à 77 ans à Arles, où il vivait depuis plusieurs années. Né en Algérie, marqué très tôt par l’exil et l’errance, il a consacré près de cinquante ans de cinéma à celles et ceux que l’on regarde peu, faisant de la musique, de la culture gitane et du voyage les grandes lignes de son œuvre.
Né en 1948 à Alger, Tony Gatlif, de son vrai nom Michel Dahmani, connaît la violence et l’errance après son départ d’Algérie. Lors d’un contrôle de police, à l’âge de 12 ans, il change de nom pour éviter d’être renvoyé dans son pays d’origine. Il prend alors celui de Gatlif, un parc d’Alger.
Après son passage en maison de correction, il est envoyé en Camargue sur décision de justice. Un endroit qui deviendra déterminant dans sa vie. La Camargue « fait partie des choses qui m’ont sauvé », a-t-il dit. C’est là qu’il découvre le théâtre et les cours d’art dramatique, avant de rencontrer l’acteur Michel Simon en 1966. Quelques années plus tard, en 1975, La Tête en ruine voit le jour. Tony Gatlif réalise son premier film.
Son enfance faite de déplacements, de ruptures et de rencontres, fera la matière de son cinéma. Pour lui, l’errance n’est pas seulement un souvenir, elle devient une manière de raconter le monde et de filmer ceux qui vivent, eux aussi, en marge.
Installé à Arles depuis quelques années, Gatlif y avait tourné l’un de ses derniers longs-métrages autobiographiques, Tom Medina. Son implication dans la vie culturelle de la cité, notamment au festival Arles se livre, aux Suds et avec la Fondation Luma témoignait de son amour pour sa région. C’est là-bas que Tony Gatlif est mort le 3 septembre, d’un problème de santé, alors qu’il préparait encore un film historique, a indiqué sa famille. « Arles l’a accueilli comme un fils et le pleure aujourd’hui » confie Patrick de Carolis, maire d’Arles.
C’est donc dans cette ville qu’il avait tant aimée, et qui l’avait accueilli, que le cinéaste a fermé la boucle.
Tony Gatlif laisse derrière lui une filmographie d’environ 25 longs-métrages, réalisés depuis 1975. Les Princes, Latcho Drom, Vengo, Gadjo Dilo, Exils… Des films dans lesquels il s’intéresse aux populations gitanes et roms, aux frontières et à ceux qui restent souvent en marge du regard du cinéma traditionnel.
Mais son cinéma ne se résume pas au simple fait de filmer les marges. Le cinéaste construit un cinéma qui lui ressemble. Un cinéma libre, instinctif, traversé par le voyage et la musique et dans lequel les personnages semblent toujours chercher leur place quelque part. Son propre parcours a façonné sa manière de filmer. L’exil n’est jamais seulement un thème, c’est une expérience intime.
En 2004, Tony Gatlif dévoile Exils, qui raconte son retour métaphorique sur la terre de son enfance, 43 ans après l’avoir quittée. Le film devient une quête intérieure et poétique autour de la mémoire, de l’errance, de la transmission et du sentiment d’appartenance. Exils lui vaut notamment le prix de la mise en scène à Cannes en 2004.
La musique prend aussi une place centrale dans ses œuvres. Electro, musique gitane, flamenco, musique orientale. La bande-son accompagne les personnages autant qu’elle raconte leur histoire. Chez Gatlif, elle n’est jamais uniquement là pour entourer les images. Elle fait partie du récit, du voyage et de l’identité des personnages.
Avec Gadjo Dilo, notamment, il contribue à faire découvrir la culture gitane au grand public, sans chercher à la réduire à un simple folklore. Son cinéma révèle une culture vivante, faite de musique, de transmission, de liberté mais aussi de blessures et d’exil.
La disparition de Tony Gatlif laisse donc derrière elle bien plus qu’une filmographie. Elle transmet une manière de regarder le monde. En passant par les chemins de traverse, en s’intéressant aux vies que l’on ne regarde jamais et en faisant de la musique un instrument pour raconter l’exil.
Jusqu’à son dernier film, Ange, sorti en 2025, Gatlif n’aura cessé de faire voyager son cinéma entre les frontières, les cultures et les générations.
« Latcho Drom » signifie « bonne route ». C’est aussi le titre de l’un de ses films et la formule choisie par sa famille pour lui rendre hommage. Une manière, peut-être, de dire au revoir à un cinéaste dont les personnages ont passé leur vie sur les routes.
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