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James Bond, le pouvoir doit-il toujours rester masculin ?

par Louna Bonnin
08.09.2026
Ancienne affiche du film James Bond

Alors que le casting du prochain James Bond est toujours en cours, le débat autour de l’identité du futur 007 dépasse déjà le cinéma. Homme, blanc, séducteur, puissant. Bond incarne depuis des décennies une certaine idée de la masculinité. Si changer son visage provoque autant de réactions, c’est peut-être car il ne s’agit pas seulement d’un personnage, mais plutôt de tout ce qu’il représente.

Un fantasme très masculin

 

Bien que le prochain James Bond soit toujours inconnu, le casting est lancé. Amazon MGM a confié le film à Denis Villeneuve, réalisateur de Dune, et Steven Knight, créateur de Peaky Blinders. Plusieurs noms circulent déjà, parmi lesquels Jacob Elordi, Jack Lowden, Callum Turner ou encore Tom Francis. Amazon confirme pour l’instant que la recherche du prochain 007 est toujours en cours.

 

De Sean Connery à Daniel Craig, Bond a toujours été un homme. Et même si chaque acteur l’a interprété à sa manière, certains attributs restent. Séduction, virilité, violence, élégance, domination, richesse, et surtout, contrôle de soi. Bond boit, conduit vite, couche avec qui il veut, se bat et sauve le monde. Il est celui qui maîtrise son environnement et les personnes qui l’entourent.

 

L’audition pour ce rôle s’appuie d’ailleurs sur une scène tirée de Bons Baisers de Russie. Scène sans combats ni violence. Tout repose sur la prestance, les mouvements et le charisme du personnage. C’est un bon résumé de ce que l’on attend d’un James Bond : entrer dans une pièce et en prendre immédiatement le contrôle.

 

Bond n’est pas seulement une représentation de l’homme. Il représente une masculinité dans laquelle le pouvoir est intrinsèquement masculin. Fort, indépendant, séducteur, puissant et rarement vulnérable. La masculinité qui ne laisse que peu de place à la faiblesse ou à la sensibilité.

 

C’est une image qui n’est pas née par hasard. Créé par Ian Fleming dans les années 1950, 007 est le produit d’une époque et de ses rapports au genre, au pouvoir et à la sexualité. Fleming a construit un fantasme masculin que les hommes devaient admirer, aspirer et que les femmes étaient censées désirer. Une vision aujourd’hui considérée comme misogyne et sexiste, mais qui a profondément marqué l’identité du personnage.

 

Le problème ne se situe pas dans le fait qu’un homme soit séduisant, riche ou sûr de lui. C’est lorsque cette seule manière d’être un homme devient un modèle. Bond participe ainsi à un imaginaire où le pouvoir, la violence et la domination sont associés à la masculinité. C’est justement ce modèle qui semble encore difficile à remettre en cause.

 

Et si Bond était une femme ou une personne noire ?

 

Si James Bond est autant associé à cette idée de la masculinité, alors changer celui qui l’incarne ne revient plus uniquement à changer un acteur. C’est tout l’imaginaire autour du personnage qui est remis en question.

 

Et cela, particulièrement quand il s’agit d’imaginer Bond comme une femme ou comme une personne noire. Pendant des décennies, le pouvoir de Bond a été représenté par un homme blanc. Lui retirer cette identité peut alors être perçu comme lui retirer une partie de son pouvoir.

 

Les réactions récentes autour du casting en témoignent. En juin, Idris Elba, dont le nom a circulé pendant des années pour le rôle, estimait que certains publics n’étaient pas prêts à voir un homme noir dans le rôle de James Bond. L’acteur défendait également l’idée que le personnage devait rester fidèle à ce qu’avait écrit Ian Fleming.

 

Et le problème ne concerne pas uniquement la couleur de peau. Une femme peut déjà être 007. No Time to Die, dernier film, introduisait Nomi, interprétée par Lashana Lynch, une femme noire qui récupère temporairement le matricule 007. Mais elle n’était pas James Bond pour autant.

 

La différence peut sembler minime, mais elle ne l’est pas. 007 est un matricule. James Bond est une identité. Le numéro peut être transmis, le personnage, lui, doit rester un homme.

 

C’est particulièrement là que se trouve toute la contradiction. Si Bond représente une masculinité fondée sur le pouvoir et la domination, pourquoi ce pouvoir paraît moins évident et naturel dès qu’il est incarné par une femme ou une personne noire ?

 

Le personnage a pourtant déjà énormément changé. Daniel Craig a transformé Bond. Plus vulnérable, amoureux, vieillissant et marqué psychologiquement. Dans No Time to Die, il meurt même à la fin de son histoire. L’identité du personnage n’a donc jamais véritablement été figée. Mais certaines limites semblent encore poser problème.

 

Réinventer Bond

 

La question est désormais entre les mains d’Amazon. En 2025, après le retrait progressif de Barbara Broccoli et Michael G. Wilson, qui contrôlaient la franchise, Amazon MGM a obtenu le contrôle créatif de James Bond. Les deux producteurs restent copropriétaires des droits, mais Amazon dirige maintenant les futures productions.

 

Le changement est considérable. Amazon ne récupère pas seulement une franchise à succès, il récupère un personnage construit au milieu du XXe siècle, avec toute son histoire.

 

Amazon pourrait profiter de cette liberté pour faire évoluer Bond, interroger sa masculinité et le confronter davantage aux nouveaux rapports au sexe, au pouvoir et à la domination. Mais cette reprise pose aussi une autre question. Est-ce réellement une garantie de modernité ?

 

Amazon reste avant tout une entreprise qui possède l’une des franchises les plus rentables du cinéma. Avec Bond, le risque est également de voir naître un personnage encore plus formaté, plus spectaculaire, plus commercial et pensé pour plaire au plus grand nombre. Un changement en surface qui pourrait finalement conserver les mêmes schémas classiques. Un homme blanc, puissant, riche et séducteur, simplement placé dans un décor plus actuel.

 

Denis Villeneuve, grand fan de Bond, a déjà décrit le personnage comme un « territoire sacré » et évoqué son envie d’ouvrir la voie à de nouvelles missions.

 

Au fond, le véritable enjeu du prochain James Bond ne sera peut-être pas de savoir qui portera le costume, mais de savoir quel personnage se trouvera à l’intérieur et s’il aura une nouvelle définition de l’homme.

Visuel : © Affiche du film James Bond 007 contre Dr. No (1962), premier film de la saga James Bond, avec Sean Connery dans le rôle de 007