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Festival d’Avignon : Maldoror, Julien Gosselin plonge dans la littérature du mal

par Amélie Blaustein-Niddam
05.07.2026

Le 80ᵉ Festival d’Avignon a ouvert sous la forme d’un grand banquet qui, de 11 h le 4 juillet jusqu’au petit matin du 5, a posé le la de ses grandes questions. Du côté du plat de résistance, dix ans après son adaptation de 2666, Julien Gosselin retrouve Roberto Bolaño pour un investissement grandiose de la Cour d’honneur autour de la place du mal dans l’écriture.

«Un Waffen-SS perdu dans la jungle»

Tout commence, exactement comme chez Carolina Bianchi, par un texte à lire qui prend la forme d’un disclaimer. Ce livre-là est dangereux, au sens nocif du terme. Mais alors, que contient-il ?

Pour le moment, les décors sont sagement rangés à cour et à jardin. On devine des maisons et tous les écrans ne sont pas à vue. Puis le directeur de l’Odéon sort le grand jeu et commence à malaxer, comme il le fait si bien, le cinéma et le théâtre.

Pour rappel, nous avions laissé Gosselin dans l’un de ses plus grands chefs-d’œuvre, Le Musée Duras, cette saison, où il s’éclatait à nous déplacer, à la fois dans nos corps et nos regards. Il fait de même dans Maldoror en exploitant, comme jamais — là, on peut l’écrire —, l’espace si compliqué de la Cour d’honneur. Disons que, du sol au plafond, et même au-delà, il pousse très loin l’idée d’aller creuser son sujet.

« Nous sommes en conversation avec le démon »

Alors, de quoi est-il question, puisque « les questions » sont le thème de ce festival ? Eh bien, de littérature, voyez-vous, mais pas n’importe quelle littérature : celle des méchants.

Il convoque La Littérature nazie en Amérique et Étoile distante de Roberto Bolaño, qu’il fait dialoguer avec un grand poète du XIXᵉ siècle : Lautréamont.

Sur scène, on retrouve sa troupe : Guillaume Bachelé, Rita Benmannana, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Carine Goron, Jeremy Lewin, Jeanne Louis-Calixte, Cyril Metzger, Victoria Quesnel, Achille Reggiani, Lucile Rose, Maxence Vandevelde, augmentée, comme toujours, des cadreurs Jérémie Bernaert et Baudouin Rencurel, ainsi que des musiciens Guillaume Bachelé et Maxence Vandevelde.

Très vite, un ballet se met en place sous une forme répétitive : un nom d’auteur apparaît et une mise en scène s’ensuit. Il s’agit le plus souvent d’une rencontre en VO (allemand, anglais, espagnol…) avec quelqu’un qui a connu l’écrivain. Tous ont en commun une chose : ils sont nazis et ont un lien avec la disparition des deux sœurs Grimadier à Concepción, au Chili, en 1973, où se planquaient les ex-SS pas vraiment repentis. Voir les comédien.ne.s glisser d’une langue à une autre est tout juste fascinant.

« Il y avait besoin d’un mythe »

Si les noms sont faux, la banalité et la réalité de la violence, elles, sont vraies. Dans son puissant mash-up, Gosselin n’est jamais littéral. Il nous promène entre le XIXᵉ et le XXᵉ siècle pour nous enfoncer dans la force de l’écrit.

Comme à son habitude, il explose le quatrième mur en nous conviant sur scène. Son regard de caméra est aussi aiguisé que celui du metteur en scène. Il sait exactement comment filmer pour que les spectateur·rices présent·es sur le plateau deviennent la foule témoin d’une rencontre entre une ancienne collabo et une archéologue qui veut justement des réponses à ses questions. Que sont devenues les jumelles ? Si elles sont mortes, il faut trouver le coupable.

«Le désir de lire et de baiser est infini»

Dans cette pièce-fleuve qui dure 5 h 45, les comédien·nes jouent à fond. Ils et elles ne relâchent jamais notre attention, jusqu’à un climax de pur théâtre contemporain : un geste classique qui prend la forme d’un monologue incarné à la perfection par Victoria Quesnel, qui explose dans cette pièce.

Comme chez Bianchi, elle livre, elle aussi, une déclaration d’amour à la poésie comme acte vif et salutaire.

Maldoror est une véritable épopée, mais sans héros ni héroïnes. Seule la littérature est la star, même quand elle fait du mal. Gosselin  lui redonne, il fait cela depuis Les Particules élémentaires, ses galons de noblesse. Son talent est de consacrer près de six heures de spectacle à l’écrit, en passant par des écrans admirablement articulés. Maldoror  raconte des monstres pour mieux réaffirmer notre besoin de littérature, la seule capable de les démonter.

Notre dossier Avignon 

En résumé, en Coréen, la langue invitée de cette édition

한국어 요약

줄리앙 고슬랭의 **〈말도로르(Maldoror)〉**는 제80회 아비뇽 페스티벌의 개막작으로, 로베르토 볼라뇨와 로트레아몽의 작품을 엮어 문학 속 악(惡)의 본질을 탐구하는 5시간 45분 분량의 대작이다.

무대는 연극과 영화, 라이브 카메라를 결합한 고슬랭 특유의 미학을 극대화한다. 칠레 군사독재 시기와 나치의 기억을 배경으로, 허구의 작가들과 실재했던 역사적 폭력이 교차하며 인간이 어떻게 악을 만들어내고 기억하는지를 질문한다.

배우들은 강렬한 앙상블을 선보이며, 특히 마지막에 빅토리아 케스넬의 독백은 작품의 절정을 이룬다. 이 공연에는 영웅도 해답도 없다. 대신 문학만이 인간의 가장 어두운 면을 직시하고 해체할 수 있는 힘을 지녔음을 보여준다.

평론은 이 작품을 단순한 역사극이 아니라 문학 자체에 바치는 장대한 찬가로 평가하며, 악을 응시하는 것이 결국 인간성과 예술의 필요성을 다시 확인하는 과정이라고 결론짓는다.

Répétition de Maldoror, Julien Gosselin, 2026 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon