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L’Union européenne valide le rachat de Warner par Paramount… sous strictes conditions

par Camille Beauleux
23.07.2026

La Commission européenne a approuvé sous conditions le rachat de Warner Bros Discovery par Paramount Skydance.

Le futur géant d’Hollywood se rapproche un peu plus de la ligne d’arrivée. Mercredi 22 juillet, la Commission européenne a donné son feu vert au rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount-Skydance, une opération estimée à près de 110 milliards de dollars (environ 96 milliards d’euros). Une autorisation décisive, mais assortie de plusieurs engagements destinés à préserver la concurrence sur le marché européen de la distribution cinématographique.

Bruxelles veut éviter une concentration du marché

Après plusieurs mois d’examen, l’exécutif européen estime que la fusion ne pose pas de problème majeur en matière de production de films ou de services de streaming. En revanche, la Commission s’est montrée beaucoup plus prudente concernant la distribution des films dans les salles européennes.

 

Le principal point de friction concernait United International Pictures (UIP), la société de distribution détenue conjointement par Paramount et Universal Pictures. Avec l’ajout du catalogue Warner, cette structure aurait concentré une part considérable des sorties en salles dans plusieurs pays européens, au risque de réduire le pouvoir de négociation des exploitants de cinéma et, à terme, de pénaliser les spectateurs.

 

Pour obtenir l’accord de Bruxelles, Paramount s’est engagé à céder sa participation dans UIP dans un délai de treize mois après la finalisation du rachat. Le groupe promet également de ne conclure aucun nouvel accord de codistribution avec Universal pendant dix ans dans l’Espace économique européen.

 

Autre garantie imposée : les films de Warner ne pourront pas être distribués via les mêmes réseaux que ceux d’Universal ou de Disney lorsque cela créerait une position dominante sur certains marchés nationaux.

Pour la Commission européenne, ces mesures permettent de répondre pleinement aux risques de concentration identifiés.

Un mastodonte du divertissement en préparation

Si elle est définitivement validée, cette fusion donnera naissance à l’un des plus puissants groupes de divertissement au monde.

Le nouvel ensemble réunirait sous un même toit des marques emblématiques comme Warner Bros., Paramount Pictures, DC Comics, Harry Potter, Mission: Impossible, Top Gun ou encore Star Trek. Il contrôlerait également les chaînes d’information CNN et CBS News, ainsi que les plateformes de streaming HBO Max et Paramount+, représentant plus de 200 millions d’abonnés.

 

Pour Washington, qui a déjà donné son accord à l’opération, cette concentration permettrait de créer un acteur capable de rivaliser avec les géants actuels du streaming, notamment Netflix, Prime Video et Disney+.

Une opération toujours loin d’être bouclée

L’autorisation européenne ne signifie pas pour autant que le dossier est définitivement réglé.

Le Royaume-Uni n’a pas encore rendu sa décision et pourrait soumettre l’opération à un examen approfondi afin d’évaluer ses conséquences sur le pluralisme des médias.

 

Mais c’est surtout aux États-Unis que la bataille se poursuit. Une douzaine d’États, emmenés par la Californie, contestent le rachat devant la justice, estimant qu’il réduirait la concurrence et nuirait aux consommateurs. Une juge fédérale d’Oakland a d’ailleurs ordonné la suspension temporaire de l’opération dans l’attente d’un examen sur le fond.

Hollywood redoute une nouvelle vague de concentration

Au-delà des autorités de la concurrence, une partie importante de l’industrie hollywoodienne continue de dénoncer cette fusion.

 

Le puissant syndicat des scénaristes américains (WGA) estime que le futur groupe deviendrait le premier acheteur de programmes audiovisuels aux États-Unis, avec un pouvoir considérable sur les conditions de travail des auteurs. Le syndicat craint une baisse des rémunérations, une réduction du nombre de productions originales et un recul des opportunités offertes aux jeunes créateurs.

 

Ces inquiétudes sont également partagées par de nombreuses figures du cinéma. Au printemps, plus d’un millier d’acteurs, réalisateurs et producteurs, parmi lesquels Jane Fonda, Joaquin Phoenix, J.J. Abrams ou Denis Villeneuve, avaient signé une lettre ouverte dénonçant une concentration susceptible d’appauvrir la diversité créative.

 

Si les autorités américaines voient dans cette fusion un moyen de renforcer la concurrence face aux plateformes dominantes, une partie d’Hollywood y voit au contraire le symbole d’une industrie toujours plus concentrée, où quelques conglomérats décideraient de l’avenir des films, des séries… et de ceux qui les créent.

Visuel : DeviantArt