Le Centre Pompidou poursuit son développement international avec l’inauguration de sa nouvelle antenne à Séoul, ouverte au public le 5 juin.
Installé dans l’annexe du célèbre 63 Building, au cœur du quartier financier de Yeouido, ce nouvel espace culturel débute son aventure avec une ambitieuse exposition dédiée au cubisme, tout en suscitant une vive controverse autour de son principal partenaire, le conglomérat sud-coréen Hanwha.
Cette ouverture revêt une forte portée symbolique puisqu’elle coïncide avec le 140e anniversaire du traité d’amitié franco-coréen. Imaginé par l’architecte français Jean-Michel Wilmotte, le bâtiment se présente comme une « boîte à lumière » dont la façade en verre translucide accueillera chaque année deux grandes expositions issues des collections du musée parisien.
Pour son exposition inaugurale, intitulée Les Cubistes : inventer la vision moderne, le Centre Pompidou Hanwha rassemble 91 œuvres réalisées par 43 artistes majeurs du mouvement. Déployé sur près de 3 000 m², le parcours retrace l’émergence du cubisme au début du XXe siècle et son influence sur l’art moderne.
Les visiteurs peuvent y découvrir les expérimentations fondatrices de Pablo Picasso et Georges Braque, aux côtés d’œuvres de Fernand Léger, Juan Gris ou encore Robert Delaunay. Selon le président du Centre Pompidou, Laurent Le Bon, il s’agit de l’une des plus importantes expositions consacrées au cubisme jamais présentées en Asie depuis plusieurs décennies.
Une section spéciale baptisée Korea Focus complète l’exposition. À travers une vingtaine d’œuvres, elle explore l’influence de Paris sur la naissance de l’art moderne coréen et met en lumière les échanges artistiques entre la France et la Corée au début du siècle dernier.
Si de nombreux visiteurs se sont pressés dès l’ouverture, l’événement a également été marqué par une manifestation organisée devant le musée. Une trentaine de protestataires ont dénoncé le partenariat conclu entre le Centre Pompidou et Hanwha, géant industriel sud-coréen notamment actif dans les secteurs de la défense et de l’armement.
Cette collaboration suscite des critiques aussi bien en Corée du Sud qu’en France. Plusieurs artistes, intellectuels et militants estiment qu’un établissement culturel ne devrait pas être associé à une entreprise impliquée dans la production d’équipements militaires. Dans une tribune publiée dans Libération, un collectif a appelé au boycott de l’institution, tandis que le syndicat Sud a dénoncé une forme d’« art-washing » au profit de l’industrie de l’armement.
Avec cette ouverture, Séoul devient la troisième implantation internationale du Centre Pompidou après Malaga et Shanghai. L’institution française poursuit ainsi sa stratégie d’expansion mondiale, qui se prolongera dès novembre avec l’ouverture annoncée d’une nouvelle antenne à Bruxelles.
La programmation des prochaines saisons est déjà connue : le public sud-coréen pourra découvrir des expositions consacrées à Marc Chagall, Vassily Kandinsky, Henri Matisse et au fauvisme, avant une grande rétrospective dédiée à Constantin Brancusi, une première en Corée du Sud.
Visuel : Seoul, Wikimedia Commons