Au 40 rue de Seine, au cœur de Saint-Germain-des-Prés, une nouvelle galerie vient d’ouvrir ses portes, la PM Gallery. L’exposition qui inaugure ce nouvel est espace met en vis à vis des céramiques de Picasso et des photos de ce dernier par André Villers. Tout un univers de correspondances et d’harmonies à découvrir jusqu’au 9 mai.
André Villers, Les Yeux de Picasso, 1955 visuel : ADAGP, Paris, 2026 / Succession Picasso, 2026
Si le lieu s’appelle PM Gallery, c’est peut-être pour rappeler les initiales de son fondateur et directeur, Pavel Morozov, mais aussi pour faire l’éloge de l’après-midi (PM versus AM, donc). Et il est vrai que dans la lumière de ce début d’après-midi, l’écrin sobre que propose le lieu au cœur de Saint-Germain-des-Prés brille particulièrement, avec ses murs blancs et son meuble central où les lithos et les objets plus précieux peuvent se nicher. C’est au rez-de-chaussée que l’on est invité à voir l’exposition inaugurale qui est à la fois très familière et surprenante : Picasso, donc. Le visage du titan du XXe siècle trône et se démultiplie et il nous regarde. Mais si l’on regarde bien, on ne connaît pas vraiment ces clichés, réalisés par André Villers (1930-2016), jeune homme tuberculeux qui découvre la photographie à Vallauris et à qui le grand artiste avait offert son premier appareil photo Rolleiflex au début des années 1950. Ce visage de Picasso est mis en vis-à-vis de certaines de ses œuvres, peut-être moins connues puisqu’il s’agit de son travail sur céramique (quelque 2 500 pièces ont été produites à l’Atelier Madoura entre 1947 et 1971), où minotaures et oiseaux semblent relier directement l’Antiquité grecque aux Trente Glorieuses. Certains clichés et certaines oeuvres du vieux lion de Malaga sont mis en vis-à-vis de ses amours avec une de ses modèles, Sylvette David. C’est à la fois intime et lointain, contemporain et déjà nostalgique.
Au coeur et à l’origine de la galerie, il y Pavel Mozorov. Une personnalité que l’on pourrait résumer à cette formule qu’il s’est choisie lui-même : « chasseur d’œuvres ». Pavel Morozov est amoureux d’art mais aussi collectionneur lui-même et marchand. Entrepreneur dès son plus jeune âge, fondateur d’un festival de cinéma, directeur d’une maison de vente aux enchères, il a développé au fil des années une culture visuelle et une capacité à découvrir la pièce rare, un peu partout dans le monde. La guerre en Ukraine l’a contraint à quitter la Russie et c’est à Paris, ville où il travaille depuis longtemps et où a choisi de s’installer définitivement. Ce qu’il veut faire ici, c’est ce qu’il a toujours fait : partir à la chasse aux quatre coins du monde, revenir avec des œuvres qu’il assemble et fait découvrir au monde et partager sa passion avec une générosité rayonnante. Par exemple alors qu’il expose Picasso, il se penche son modèle de 1954, Sylvette David, et réalise qu’elle est artiste et bien vivante. Il est donc parti aux Etats-Unis voir ce qu’elle fait, pour pouvoir, pourquoi pas ? l’exposer aussi. Les expositions vont rapidement être accompagnées de toute une série de rencontres et d’évènements, avec un espace destiné à cela au sous-sol, qui est aussi une magnifique caverne d’Ali-baba où le galeriste-collectionneur rassemble certains de ses trésors.
La ligne de la galerie est donc à la fois très large et très éclectique et capable de toucher un large public car, elle mélange naturellement l’art moderne et l’art contemporain. C’est ainsi qu’après les céramiques de Picasso on découvrira celles de l’artistes arménienne Nina Khemchyan (21 mai – 11 juillet 2026), consacrée à la céramiste franco-arménienne, dans une continuité qui promet de faire dialoguer matière, mémoire et cosmos. Viendront ensuite des lithographies et eaux-fortes autour du Paris rêvé des artistes, une exploration des héritages de Zadkine, et une exposition sur les surréalistes d’hier et d’aujourd’hui. Autant dire que l’après-midi ne fait que commencer…
PM Gallery, 40 rue de Seine,75006 Paris, mardi-samedi : 12h – 19h.