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Clémentine Hustin : « Le Fonds Enki Bilal est un lieu vivant, pas un musée »

par Yves Braka
18.07.2026

Cult News a eu le plaisir de rencontrer Clémentine Hustin, directrice du Fonds Enki Bilal, qui nous a ouvert les portes de ce nouveau lieu culturel parisien et nous a tout dit sur sa genèse et son avenir.

 

Pourquoi avoir créé le Fonds Enki Bilal ?

 

L’idée était de créer un lieu entièrement consacré à l’univers d’Enki Bilal, mais sans en faire un musée figé. Nous voulions un espace vivant, capable d’évoluer au fil des expositions, des rencontres et des collaborations artistiques.

 

Le projet a nécessité près de trois années de travail. Il a d’abord fallu trouver un lieu capable d’accueillir un tel projet. Nous avons étudié différents quartiers de Paris afin d’identifier celui où le public se rend naturellement pour découvrir des propositions culturelles. Le Marais s’est rapidement imposé comme une évidence.

 

Ensuite, il a fallu entreprendre d’importants travaux afin d’adapter l’espace à nos besoins. Parallèlement, nous avons préparé cette première exposition ainsi que le catalogue qui l’accompagne.

 

Pourquoi parler de « Fonds » plutôt que de musée ou de fondation ?

 

Le choix du nom a fait l’objet de nombreuses discussions.

 

Le terme « fondation » ne correspondait pas à notre statut juridique. Nous ne sommes pas une fondation d’entreprise et nous ne voulions pas employer un mot qui prêterait à confusion.

Le Fond de la forme 2026 © Enki Bilal

Le mot « musée » ne reflétait pas non plus notre ambition. Un musée évoque souvent une collection permanente, alors que notre volonté est de faire vivre ce lieu au travers d’une programmation évolutive.

 

Nous avons également envisagé d’autres appellations, comme « espace », mais elles nous semblaient trop génériques. Finalement, le terme « Fonds » s’est imposé, car il traduit l’idée d’un lieu construit autour du fonds d’œuvres d’Enki Bilal, tout en restant ouvert à d’autres artistes.

 

Comment s’est construite cette première exposition ?

 

L’exposition repose sur un ensemble exceptionnel d’œuvres provenant à la fois de grands collectionneurs et de l’atelier d’Enki Bilal.

 

Pendant la préparation du projet, nous avons entrepris un immense travail de recensement de toutes les œuvres encore conservées par l’artiste. Cet inventaire nous a permis de redécouvrir des pièces qu’Enki Bilal lui-même avait parfois oubliées.

Certaines séries dormaient depuis des années dans les tiroirs de son atelier. Les retrouver a constitué une véritable émotion et nous a permis d’enrichir considérablement cette première présentation.

 

Pourquoi commencer par une rétrospective d’Enki Bilal ?

 

Il nous semblait impossible d’ouvrir le Fonds autrement.

 

Cette première exposition permet de parcourir l’ensemble de son œuvre et d’en montrer toute l’étendue. Beaucoup connaissent Enki Bilal pour ses bandes dessinées, d’autres pour son travail au cinéma, mais peu mesurent à quel point il a exploré des disciplines variées.

Le Vaisseau de pierre 1976 © Enki Bilal

Le parcours met en lumière cette diversité : dessins d’enfance, planches originales, peintures, affiches, extraits de films, scénographies, décors et costumes. Il raconte également le parcours d’un artiste qui n’a jamais cessé d’expérimenter.

 

Nous voulions aussi que cette exposition permette aux visiteurs qui découvrent son univers d’en comprendre la cohérence, ainsi que l’origine de ses différentes influences.

 

« Le Fonds n’a pas vocation à être consacré uniquement à Enki Bilal »

 

Cette première exposition est entièrement consacrée à Enki Bilal. Le Fonds a-t-il vocation à s’ouvrir à d’autres artistes ?

 

Absolument. Cette rétrospective s’imposait pour inaugurer le lieu, mais le Fonds n’a pas vocation à se limiter à Enki Bilal. Au contraire, il a été pensé comme un espace de dialogue entre différents univers artistiques.

 

L’idée est d’inviter des créateurs qui, chacun à leur manière, partagent cette curiosité pour plusieurs disciplines. Enki Bilal est un artiste qui a toujours navigué entre la bande dessinée, le cinéma, la peinture, la scénographie ou encore l’opéra. Nous souhaitons accueillir des artistes qui possèdent cette même liberté de création.

 

Les prochaines expositions sont-elles déjà définies ?

 

Oui, la programmation est déjà engagée.

 

La prochaine exposition sera consacrée à Philippe Druillet, un artiste avec lequel Enki Bilal entretient une relation d’amitié et une véritable proximité artistique. L’objectif sera de mettre leurs œuvres en regard afin de révéler les échos, les influences et les différences qui traversent leurs univers respectifs.

 

Nous préparons ensuite une exposition avec Invader, artiste de rue et mosaïste. À première vue, leurs démarches semblent très éloignées, mais c’est précisément ce qui nous intéresse. Nous voulons montrer qu’il existe des correspondances inattendues entre des artistes issus d’horizons très différents.

www.space-invaders.com/home/

Notre ambition est de provoquer ces rencontres plutôt que de rester enfermés dans une seule discipline artistique.

 

Le Fonds souhaite donc dépasser le cadre de la bande dessinée ?

 

Tout à fait.

 

Le projet repose sur une vision très ouverte de la création. Nous voulons accueillir tous les médiums artistiques : bande dessinée, peinture, cinéma, photographie, arts numériques, street art, scénographie…

 

Enki Bilal lui-même n’a jamais accepté d’être enfermé dans une seule catégorie. Le Fonds reflète cette philosophie et entend poursuivre ce dialogue entre les différentes formes d’expression artistique.

 

Au-delà des expositions, quels événements seront proposés au public ?

 

À partir de la rentrée, une véritable programmation culturelle accompagnera chaque exposition.

 

Nous organiserons des rencontres avec des artistes, des collaborateurs d’Enki Bilal, des professionnels du cinéma ou de l’édition, mais aussi des conférences et des projections.

 

Nous souhaitons offrir au public des moments d’échange permettant d’approfondir les thèmes abordés dans les expositions.

Par exemple, il est prévu d’inviter certains collaborateurs historiques d’Enki Bilal afin qu’ils racontent leur travail à ses côtés et apportent un regard complémentaire sur son œuvre.

 

Ces rencontres auront-elles lieu au Fonds ?

 

Oui. Un espace dédié est en cours d’aménagement au sous-sol.

 

Il permettra d’accueillir une vingtaine de personnes dans un format volontairement intimiste. Les rencontres se dérouleront sur réservation afin de favoriser les échanges entre les intervenants et le public.

 

Cet espace accueillera également des projections, notamment des longs métrages réalisés par Enki Bilal, ainsi que des conférences et des présentations en lien avec les expositions.

 

Le Fonds entend-il également collaborer avec d’autres institutions ?

 

Bien sûr.

 

Nous sommes ouverts à toutes les formes de partenariat, qu’il s’agisse de faire circuler nos expositions ou de prêter des œuvres.

 

Le travail d’inventaire réalisé ces dernières années nous permet aujourd’hui de disposer d’un référencement précis des œuvres conservées. Cela facilite leur prêt à d’autres institutions dans le cadre de projets d’exposition.

 

C’est une mission importante du Fonds : faire vivre les œuvres au-delà de ses propres murs et contribuer à leur diffusion auprès d’un public toujours plus large.

 

« Nous voulons construire un lieu indépendant qui vive avant tout grâce à son public »

 

Le Fonds prête-t-il déjà des œuvres à d’autres institutions ?

 

Oui. Le travail d’inventaire réalisé ces trois dernières années nous permet aujourd’hui de connaître précisément les œuvres disponibles et leurs conditions de conservation.

 

Nous sommes régulièrement sollicités pour des prêts dans le cadre d’expositions. C’était déjà le cas avant même l’ouverture du Fonds, mais cette organisation nous permet désormais de répondre plus facilement aux demandes des institutions souhaitant présenter des œuvres d’Enki Bilal.

Jean-Baptitse Barbier, Enki Bilal, Clémentine Hustin 2026 © Mathias Benguigui

Notre objectif est également de faire circuler ces œuvres et de contribuer à leur diffusion auprès d’un public toujours plus large.

 

« Le lieu trouvera sa propre voie, son autonomie, dans cette petite rue du Marais où la vie semble avoir toujours été. Et au fond, le fond de la forme sera la marque du fonds. » Enki Bilal

 

Photos :

  • Visuel principal : montage à partir d’un portrait de Clémentine Hustin © Mathias Benguigui
  • Œuvres de l’artiste : © Enki Bilal
  • Photo de groupe : © Mathias Benguigui
  • Photos du Fonds : YB

Remerciements :  Clémentine Hustin et Louis Sergent

Information sur le FONDS ENKI BILAL

22-24 rue Charlot, 75003 Paris

HORAIRES D’OUVERTURE 2026/2027

du 11 juin 2026 au 1er novembre 2026

EXPOSITION ENKI BILAL

Ouvert du mercredi au dimanche

de 11 h à 19 h

TARIFS BILLETTERIE

  • Plein tarif : 10 €
  • Tarif réduit : 5 €(pour les personnages âgées de moins de 18 ans)