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16.10.2026 → 28.02.2027

« Créer un vase » ou sortir du moule au Jardin des métiers d’Art et du Design

par Aline Fevre
16.10.2026
2-Lorie Bayen El-Kaïm et Lauriane Carra, Cueillette 1500, Cueillette 2100, 2024

Le Jardin des métiers d’Art et du Design accueille, du 16 octobre au 28 février 2027 l’exposition évènement « créer un vase ». Le visiteur est amené à déambuler parmi les vingt et un vases, réalisés par dix artistes dans le cadre d’une commande du Centre national des arts plastiques, à travers des matières, des formes et des couleurs surprenantes qui réinventent l’objet du quotidien.

Faire fleurir les matières et les idées

L’exposition fait le pari que les vases peuvent être autre chose que de simples objets décoratifs : des réceptacles de sens, d’histoires, de techniques, mais aussi de préoccupations écologiques et sociales. Nous inviter à regarder autrement cet objet qui souvent comble l’espace pour accueillir l’éphémère, c’est tout l’intérêt du design : réinventer les objets, les transformer, les explorer. Au Jardin des métiers d’Art et du design, les variations étirent la matière et les formes se déforment.

Entre savoir-faire artisanal et création artistique, les vases de l’exposition condensent un savoir et une intention. Créer tout en réfléchissant à l’objet nous ramène, en quelque sorte, aux origines de la poésie, poiêsis, compris comme force créatrice. Ils sont designers, artistes : mais aussi poètes- transformateurs du monde.

Dans cette exposition, on traverse volontiers un univers de matériaux inattendus : des feuilles de bananier séchées au latex utilisé pour les prothèses de jambe, de la roche à l’uranium, en passant par l’argent massif et la traditionnelle céramique. Grâce à une scénographie « de l’atelier au musée » il est possible de suivre les traces de la matière, ses mutations jusqu’à sa forme finale, à travers des croquis, des plaquettes et des boîtes de chimie, comme autant d’éléments d’un cabinet de curiosité.

Un travail à plusieurs mains

Les vases sont aussi produits de co-créations. Derrière les vases, il y a un artiste, parfois plusieurs, mais aussi des rencontres avec des artisans et des professionnels : maître verrier, scientifique, polisseur optique, spécialiste de moulage, joaillier… Les oeuvres portent la trace de ces échanges.

Les vases disent le « nous ». La cuisson de l’argile naturelle avec laquelle Hervé Rousseau crée Potts, nécessite une attention constante pendant cinq jours et cinq nuits. Le travail se fait à plusieurs, tout au long du processus. Et le vase final présente une forme étonnante : il évoque un coeur biologique. Une création physique où le travail de plusieurs mains prend réellement corps.

Île/ Mer/ Froid et Hervé Rousseau, Potts, 2024

Île/ Mer/ Froid et Hervé Rousseau, Potts, 2024

 

On devine ainsi les gestes multiples qui se cachent derrière les objets. Cela apparaît de manière assez frappante dans le travail de Lorie Bayen El-Kaïm et Lauriane Carra, avec leurs Vases cueillettes. Leur recherche déploie l’imaginaire autour du verbe « cueillir ». Cueillir des fleurs pour composer un bouquet, mais aussi cueillir le verre en fusion à l’aide d’une canne. Le résultat est aérien : les ondulations des branches du vase semblent matérialiser les allers-retours du verre dans le four. On croit presque voir le geste du verrier se prolonger dans la matière.

Lorie Bayen El-Kaim et Lauriane Carra, Cueillette 1500, Cueillette 2100, 2024.

Lorie Bayen El-Kaim et Lauriane Carra, Cueillette 1500, Cueillette 2100, 2024

Une éclosion du monde contemporain

Exprimer le monde par l’objet. Chez Enzo Bosse, le vase prend la forme d’un volcan, pour « faire écho à ce que nous vivons aujourd’hui ». Sa recherche commence par la collecte de matériaux industriels. Et après avoir fabriqué sa propre machine à concasser, l’artiste explore le recyclage et la transformation de la matière. Le vase semble éclore dans le four. Loin d’être réceptacle de l’éphémère comme il l’est traditionnellement, l’objet est ici un moyen de penser la consommation du monde et de ses ressources.

Interroger le monde. Faire résonner des préoccupations contemporaines. C’est ce qui se matérialise littéralement dans le projet de Marie et Alexandre, Vases acoustiques. Le projet s’appuie notamment sur une étude de René Floriot, datant de 1964, consacrée aux vases acoustiques au Moyen Âge. Des dispositifs utilisés dès l’Antiquité, principalement en métal, pour amplifier les sons, en extérieur principalement. Au Moyen Âge, ils sont réalisés en terre cuite et enchâssés dans les murs pour de corriger l’acoustique et amplifier la résonance.

Les vases de Marie et Alexandre explorent cette pratique ancienne, et à eux cinq, ils forment comme un orchestre : chacun prend sens dans sa relation aux autres. Ces vases captent les bruits du quotidien : l’instrument décoratif se fait instrument d’écoute. La force de l’exposition tient justement de ces résultats qui mettent le monde en vase.

 

Visuel : Lorie Bayen El-Kaim et Lauriane Carra, Cueillette 1500, Cueillette 2100, 2024. Verre souffe et sculpté à chaud. 31 x 17,5 x 13 cm. 32 x 15 x 14 cm. Collection du Centre national des arts plastiques. © Lorie Bayen El-Kaim et Lauriane Carra / Chap. Crédit photo : Rebekka Deubner. Scénographie florale : Pierre Kavaciuk. Photographie réalisée par Rebekka Deubner pour l’ouvrage – Créer un vase – coédité par le Cnap et JBE Books © Adagp Paris 2026