Sandrine Bonnaire reprend l’ultime pièce de la dramaturge anglaise Sarah Kane, 4.48 Psychose, dans la mise en scène minimaliste de Jacques Osinski. Une plongée rude, un peu vintage, dans les affres de la dépression de la fin du XXe siècle.
Après leur succès de L’Amante anglaise de Duras en 2024, Sandrine Bonnaire retrouve Jacques Osinski pour cette dernière œuvre de Sarah Kane, achevée peu avant qu’elle ne se pende au King’s College Hospital de Londres, en 1999, à 28 ans, dans la nouvelle traduction de Vanasay Khamphommala. Le titre renvoie à l’heure où la voix du texte annonce sa mort, qui est aussi celle d’un grand éclat brisé de lucidité. C’est presque un seul-en-scène, relevé par la présence cinématographique et fantomatique de Frédéric Leidgens dans le rôle du psy. La note majeure de colère et le défilé clinique de l’inutile pharmacopée dominent dans ce 4.48 qui a marqué la fin du XXe siècle.
La lumière est belle; c’est elle qui sculpte le rythme de cette pièce rugueuse qui suit une femme jusqu’au plus profond de sa dépression. Ce n’est pas sa faute, elle ne désire pas la mort, mais lorsque le désespoir et la pression physique de la maladie sont trop forts, elle avale tout ce qu’elle trouve : 100 aspirines et une bouteille de vin ou bien toute une tripotée de médicaments en « -pam » et en « -tine ». C’est sans rideau, avec des néons et des projections très marquées années 2000 qui datent un peu le spectacle, que Sandrine Bonnaire lutte avec ce texte. Un flot de mots âpres, avec des répétitions rageuses et ses mots qui restent quand il n’y a plus aucune poésie pour relier au monde. Elle est superbe, engagée, mais finalement tombe elle aussi dans une sorte de clinique sans début ni fin, qui nous déborde et ne parvient pas à nous bouleverser. Comme si quelque chose de son monologue avait perdu de sa force et de son accroche aux tripes. Il suffirait de presque rien, le fantôme d’Isabelle Huppert qui revient, ou une phrase peut-être parfois différemment dirigée. Une pièce culte, terrible, portée par une comédienne courageuse et happée qu’on aimerait revoir après quelques semaines de rodage et d’interaction avec un public que nous avons trouvé idéal et concentré !
visuel : Pierre Grosbois