Agenda
Expositions
Auteurs et Autrices
Partenaires
Qui sommes-nous?
Contact

Iris : le Monet resté invisible près d’un siècle, vendu 50 millions d’euros

par Louna Bonnin
27.10.2026
Claude_Monet_-_Jardin_à_Sainte-Adresse

Le jeudi 22 octobre 2026, chez Sobethy’s à Paris, le tableau Iris de Claude Monet a été vendu pour 50 millions d’euros. Un véritable record pour une œuvre vendue aux enchères en France. À l’occasion du centenaire de sa mort, cette redécouverte invite à regarder autrement le dernier Monet.

50 millions d’euros pour un tableau resté dans l’ombre

Alors que son estimation initiale était comprise entre 22 et 30 millions d’euros, Iris a finalement été vendu 50 millions d’euros, frais compris, chez Sotheby’s à Paris.

Pendant 45 minutes, six acheteurs se sont affrontés pour acquérir l’œuvre, lors d’une vente organisée autour de la collection Schlumberger, intitulée Le Temps retrouvé. Le tableau a finalement été remporté par un collectionneur privé asiatique, qui enchérissait par téléphone.

Ce résultat marque un tournant pour le marché français de l’art : il s’agit d’un record pour une œuvre vendue aux enchères en France. Mais au-delà de son prix, c’est aussi l’histoire de cette toile qui la rend exceptionnelle. Peinte à la fin de la vie de Monet, elle n’avait encore jamais été exposée publiquement avant sa présentation en 2026.

Une toile qui bouscule l’image que l’on se fait de Monet

C’est à Giverny, entre 1924 et 1925, que Claude Monet peint Iris, dans les dernières années de sa vie.

Pour Marianne Mathieu, historienne de l’art et spécialiste de Claude Monet, plusieurs éléments font de cette toile une œuvre d’exception. D’abord, sa composition, qui ne comporte pas de ligne d’horizon nette ; puis les fleurs, les feuillages et l’eau qui semblent se fondre dans une même surface picturale.

Mais c’est aussi le mouvement qui distingue le tableau. Iris possède une force et une énergie particulières, que l’on retrouve moins dans les autres œuvres de Monet de cette période.

L’œuvre se démarque également par son état de conservation : elle a conservé sa toile d’origine, un élément qui renforce encore son intérêt.

Un testament pictural ?

Daté de 1924-1925 dans le catalogue raisonné de Daniel Wildenstein, Iris appartient aux dernières recherches de Monet. À la fin de sa vie, le peintre continue d’explorer les effets de couleur, la matière et la perception, notamment à travers les motifs de son jardin de Giverny.

Ces grandes compositions tardives ne correspondent pas toujours à l’image que l’on se fait de l’impressionnisme. Avec Iris, les formes se brouillent, les contours s’effacent et la peinture semble prendre le dessus sur le sujet représenté. La toile ne cherche pas seulement à montrer des fleurs : elle donne aussi à voir une expérience de la couleur, du mouvement et de la lumière.

Cette liberté picturale rapproche certaines œuvres tardives de Monet des recherches qui marqueront la peinture du XXe siècle, notamment l’abstraction. Sans faire de Monet un peintre abstrait avant l’heure, Iris montre à quel point son travail continue d’évoluer jusqu’à la fin de sa vie.

Cent ans après sa mort, Monet continue de surprendre

La vente d’Iris rappelle d’abord la valeur exceptionnelle des œuvres de Claude Monet sur le marché international. Mais le prix atteint par cette toile ne s’explique pas uniquement par la renommée du peintre.

La rareté joue un rôle essentiel. Si Monet a réalisé des milliers de peintures au cours de sa vie, beaucoup sont aujourd’hui conservées dans des collections privées et ne sont que rarement accessibles sur le marché. Pour une œuvre tardive de cette importance, la provenance, l’état de conservation et la singularité de la composition comptent également.

L’histoire d’Iris est d’autant plus particulière que le tableau est resté à l’écart du regard du public pendant près d’un siècle. Passé entre les mains de la galeriste parisienne Katia Granoff et de la collectionneuse Jeanne Schlumberger, il a échappé aux expositions. Sa présentation en 2026 permet ainsi de redécouvrir une œuvre majeure de la fin de la carrière de Monet.

Cette vente pose aussi la question de la place des collections privées dans l’histoire de l’art : certaines œuvres restent longtemps invisibles, avant de réapparaître et de modifier notre regard sur un artiste pourtant aussi étudié que Monet.

Alors que l’on célèbre en 2026 le centenaire de sa mort, Iris rappelle que l’œuvre du peintre ne se résume pas à ses paysages les plus célèbres ni à ses représentations de la lumière. Dans cette toile, ses dernières recherches témoignent d’une peinture toujours en mouvement, dont la modernité continue de surprendre un siècle plus tard.

Visuel : © Jardin à Sainte-Adresse de Claude Monet