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Pop

« Restes » d’Acquin : ces chansons qui vous murmurent à l’oreille

par Maxime Dorian
25.09.2026
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Il y a des albums que l’on écoute. Et puis il y a ceux dans lesquels on entre presque sans s’en apercevoir. Une voix murmure quelques mots, une mélodie s’installe, le temps ralentit et, trente-deux minutes plus tard, on reste là, encore un peu, avec l’étrange sensation d’avoir traversé le monde de quelqu’un. Avec Restes, Acquin signe dix chansons mélancoliques, élégantes et profondément poétiques. Une de ces découvertes suffisamment rares pour donner immédiatement envie d’appuyer de nouveau sur « lecture ».

Un psychiatre, un violon et la chanson française

Derrière Acquin se cache Laurent Douay. Et son parcours raconte déjà quelque chose de ce disque qui semble constamment naviguer entre plusieurs mondes. Également psychiatre, il vient d’abord de la musique classique : conservatoire, solfège, orchestre, violon. Puis arrivent la chanson française, Gainsbourg, Aznavour, Ferré, la basse et, progressivement, la construction de son propre territoire musical.

Après un premier EP, Les Choix Esthétiques, puis Bareback en 2020 et C’est beau en 2023, Acquin revient avec Restes, son troisième album, sorti le 18 septembre 2026. Les deux précédents avaient été réalisés avec Frédéric Lo, dont le nom reste notamment associé à Daniel Darc. Cette fois, Acquin change de compagnon de route et travaille avec Éric Simonet.

Mais toutes ces informations ne disent finalement pas l’essentiel.

Car il suffit de lancer Restes pour qu’une atmosphère s’installe. Quelque chose d’élégant et de légèrement trouble. Une musique que l’on pourrait croire sage avant qu’un son électronique, une guitare ou une pulsation plus rock ne vienne en fissurer la surface.

Comme si, sous le costume bien coupé, quelqu’un avait toujours envie de défaire un bouton.

Une voix qui préfère raconter plutôt que chanter

Acquin ne cherche jamais à impressionner par sa voix. Il fait presque l’inverse. Il la retient. Il murmure, susurre, laisse parfois les mots glisser au bord de la mélodie comme s’il racontait quelque chose qu’il ne voulait pas que toute la pièce entende.

Et quel bonheur d’entendre un chanteur qui semble encore croire à la richesse de la langue française.

Dans Restes, les mots ne servent pas seulement à accompagner une mélodie. Ils créent des images, racontent des histoires, installent des personnages et dessinent une vision souvent mélancolique du monde. Ils flottent parfois, se dérobent, touchent avant même que l’on soit certain de les avoir complètement saisis.

C’est peut-être là que le disque séduit le plus : Acquin ne surligne jamais l’émotion. Il la laisse venir.

Et elle vient.

Pas nécessairement au moment où on l’attend. Parfois dans une phrase. Parfois dans un silence. Parfois dans un arrangement à peine remarqué à la première écoute et qui, quelques heures plus tard, semble avoir toujours été là.

Darc, Biolay, Daho… et surtout Pierre Bondu

À l’écoute de Restes, quelques fantômes familiers traversent parfois la pièce.

Il y a quelque chose de Daniel Darc dans cette noirceur qui ne cherche jamais à se rendre aimable. Quelque chose de Benjamin Biolay dans le murmure, la mélancolie et cette façon de laisser parfois le texte se glisser presque sous la musique. Étienne Daho n’est jamais très loin non plus lorsque surgit cette élégance pop, cette manière de préférer la suggestion à la démonstration.

Mais une autre parenté, plus inattendue, s’impose progressivement : Pierre Bondu.

Pas nécessairement pour la musique elle-même. Plutôt pour une sensation. Cette manière de chanter à mi-voix, de maintenir une légère distance avec ce que l’on raconte, de faire cohabiter sophistication, mélancolie et élégance. Des voix qui semblent davantage faites pour raconter que pour démontrer leur puissance. Des chansons qui possèdent parfois quelque chose de cinématographique, comme si derrière les mots apparaissaient déjà des images.

Les rapprochements s’arrêtent pourtant là.

Car enfermer Acquin dans cette généalogie serait précisément passer à côté de ce qui fait le charme de Restes. Darc, Biolay, Daho ou Bondu peuvent servir de balises. Mais une fois ces parentés esquissées, Acquin reprend immédiatement sa liberté.

Restes ne ressemble finalement qu’à lui-même.

Et c’est beaucoup plus rare.

Dix chansons, autant de nuances d’une même mélancolie

Restes ne reste pourtant jamais immobile. Sa cohérence ne vient pas de l’uniformité mais de la manière dont Acquin fait circuler une même sensibilité entre des univers différents.

L’amour fout ouvre la porte vers une pop traversée de sonorités électroniques. Dite laisse davantage entrer le rock. Jeu moral accélère encore le mouvement. Ailleurs, le disque ralentit, respire et semble presque demander de prendre le temps.

Sur Terre à terre, le violoncelle accompagne magnifiquement la mélancolie du texte. Dans Bise, le duo avec Ines Del Valle se fait infiniment délicat, porté notamment par une clarinette qui semble entrer dans la chanson sur la pointe des pieds.

Arsenal, avec son phrasé singulier, fait surgir quelque chose de Jane Birkin. Pas une imitation, là encore. Une manière de poser les mots, peut-être. De les laisser légèrement en suspens avant qu’ils ne retombent.

Et puis Open referme le disque avec, notamment, le piano, comme si après toutes ces variations il fallait revenir à quelque chose de plus nu.

Pop, rock, chanson française, new wave, électronique : les étiquettes deviennent rapidement inutiles.

Restes préfère circuler entre elles.

La mélancolie n’est pas forcément triste

C’est peut-être l’un des paradoxes les plus séduisants de cet album : il est profondément mélancolique et pourtant terriblement agréable à écouter.

Car la mélancolie n’est pas nécessairement la tristesse.

Elle peut être cette manière de regarder ce qui disparaît en sachant que cela a existé. Une façon de contempler les failles sans forcément chercher à les réparer. De parler du désir, de l’amour, du doute ou de ce qui nous échappe sans transformer chaque blessure en tragédie.

Acquin semble habiter précisément cet endroit-là.

Ses chansons prennent leur temps. Elles ne cherchent ni le refrain qui attrapera nécessairement à la première écoute ni l’émotion fabriquée pour provoquer immédiatement quelque chose. Elles s’installent plus doucement.

Et c’est peut-être pour cela qu’on y revient.

À la deuxième écoute, un mot apparaît. À la troisième, un arrangement que l’on n’avait pas remarqué. Puis une phrase reste.

Et bientôt, ce disque qui semblait murmurer dans un coin de la pièce occupe beaucoup plus d’espace qu’on ne l’aurait imaginé.

Prendre le temps de savourer

Nous vivons peut-être à une époque qui nous apprend de moins en moins à écouter ainsi. Les chansons défilent, les playlists s’enchaînent, quelques secondes suffisent parfois pour décider si l’on reste ou si l’on passe à la suivante.

Restes donne envie de faire exactement l’inverse. S’arrêter. Écouter. Puis recommencer.

Il y a quelque chose d’assez précieux dans la découverte d’un artiste qui provoque presque immédiatement l’envie d’aller fouiller dans tout ce qu’il a enregistré auparavant. Non pas parce qu’Acquin révolutionnerait la chanson française — ce n’est d’ailleurs manifestement pas ce qu’il cherche à faire — mais parce qu’il possède quelque chose de beaucoup plus difficile à fabriquer : un univers dans lequel on a envie d’entrer et, surtout, de rester.

Le titre de l’album prend alors presque un autre sens.

Que reste-t-il lorsque les dernières notes se sont éteintes ?

Une mélodie. Quelques mots. Une voix qui semble encore murmurer quelque part. Cette mélancolie élégante qui continue de flotter dans la pièce. Et une envie très simple : réécouter.

Il y a des albums qui s’arrêtent avec la dernière chanson. Restes fait partie de ceux qui continuent de murmurer longtemps après qu’elle s’est éteinte.

Acquin – Restes, sorti le 18 septembre 2026,

 À (re)découvrir : Pierre Bondu – Quelqu’un quelque part (2004)
Un album de chanson française élégant et mélancolique, porté par une voix à mi-chemin entre le chant et le murmure et des arrangements sobres, parfois cinématographiques. C’est particulièrement à ce disque que l’écoute de Restes m’a fait penser. Pierre Bondu poursuivra ensuite son parcours musical sous le nom de Daven Keller.