Mardi 3 novembre, à La Bellevilloise, le festival Jazz’N’Klezmer et le Midrash Collective ont offert à Paris une nuit hors du temps avec un phénomène de la scène underground de Jérusalem. Seul en scène avec son piano et son beatbox, Hillel nous a tenu·es en haleine pendant 2h30 ! Un voyage entre disco hassidique, gospel… et reprises de Destiny’s Child et de Janet Jackson.
Il a grandi dans un kibboutz de Haute-Galilée, s’est installé à Jérusalem et est revenu à la religion en baal techouva. Depuis, Yotam Hillel Mahler fait danser les clubs israéliens sur des niguns (chants traditionnels) hassidiques passés au filtre de la house new-yorkaise. Ses vidéos de live cumulent des centaines de milliers de vues, et son premier album, Lihiyot Besimcha (« Être dans la joie », 2024), porte bien son nom. À La Bellevilloise, la promesse a été tenue dès les premières notes.
Succédant à Jon ONJ et au menu concocté par la cheffe Or Bitan, avec ses péot (papillotes traditionnelles), ses lunettes bling-bling et ses deux couvre-chefs, la casquette « Hashem is a winner », sold out à l’éta(la)ge, et son shtreimel à facettes qui nous a ébloui·es, Hillel prend toute la place. Bouteille de vin cacher à la main, il amène réellement sur scène une spiritualité qui bondit dans la joie. Et il partage des messages agréables : il cite Rabbi Nahman de Bratslav, raconte des histoires hassidiques, nous fait rire et célèbre aussi la force qu’il y a à être ensemble. Devant une salle comble, il envoie un beat de tous les diables en l’honneur de Dieu. Hillel se met lui-même en transe avant de nous faire danser. On a l’impression de connaître ses tubes lorsqu’il entonne « Disco shel Hashem » (« La disco de Dieu ») ou encore « Nes » (« Miracle »). Peut-être est-ce parce que sa musique baigne dans le R’n’B des années 1990, ou peut-être est-ce un vrai miracle que pas mal d’entre nous sachent déjà ses paroles en hébreu par cœur ! Surtout celles et ceux qui ne parlent pas hébreu. Hillel fait durer les morceaux, varie les tempos, nous enjoint de chanter.
Certaines chansons sont plus douces et groovy, comme LA track romantique et lente d’un album de Britney en 1997. On s’émeut de « Shir Kadosh » (« Chant sacré »), on pleure presque quand Hillel reprend « Ya’assé Chalom » comme à la synagogue ou en colonie. Et surtout, on le croit quand il menace de « ne plus jamais partir ». Et nous, nous le garderions bien, ce sacré artiste tellement perché, ce grand pianiste habité et ce chanteur de soul dont l’âme baigne dans la joie.
Si Hillel passe près de chez vous, ne le manquez pas. Et ne ratez pas non plus la suite du festival Jazz’N’Klezmer, qui se déroule à Paris et en Île-de-France et se termine avec un concert des Luftmenschen et des dessins de Joann Sfar le 16 novembre au Café de la Danse (lire notre article).