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The Fray à l’Olympia : entre concert et « tribute »

par Yves Braka
07.11.2026
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Le public parisien avait découvert The Fray au Bataclan, le 16 octobre 2009. Le 3 novembre 2026, il les retrouve à l’Olympia, après un passage à la salle Pleyel un an plus tôt.

 

En seize ans, le groupe a connu des réussites, des échecs, des séparations et des reformations. Autant d’événements qui soulèvent une question : qui avions-nous réellement en face de nous, ce soir-là, sur la scène de l’Olympia ? Nous n’étions d’ailleurs pas les seuls à nous la poser, puisque le concert affichait complet, avec une fosse en véritable boîte de sardines.

 

Épisode 1 : avec Isaac Slade

 

C’est à Denver, en 2002, qu’Isaac Slade et Joe King décident de créer un groupe de rock, dans un environnement chrétien, à l’instar de OneRepublic. Ils sont rapidement rejoints par Dave Welsh et Ben Wysocki.

 

En 2005, leur premier album, How to Save a Life, se fait rapidement remarquer avec « Over My Head (Cable Car) », une chanson autobiographique écrite par Isaac. Mais c’est l’utilisation de « How to Save a Life », titre éponyme de l’album, dans la série Grey’s Anatomy, qui va leur apporter une renommée internationale.

Leur recette, qu’ils vont développer dans leurs albums suivants, The Fray et Scars & Stories, consiste à raconter des situations humaines auxquelles chacun peut s’identifier. Et même si, progressivement, les arrangements gagnent en ampleur, en puissance et en sophistication, le piano et la voix d’Isaac restent les éléments centraux de leur identité musicale.

 

Pourtant sa voix n’est pas exceptionnelle par sa puissance ou sa virtuosité technique. Elle possède cependant une qualité assez rare : elle donne le sentiment que le chanteur vit réellement ce qu’il raconte.

 

“I just love getting an emotion in my head out on paper. It helps me make sense of life.”

« J’aime simplement coucher sur le papier une émotion qui m’habite. Cela m’aide à donner un sens à la vie. »

Isaac Slade, dans une interview accordée à Christianity Today en 2006.

 

Après une période de mise en retrait, il quitte officiellement le groupe en 2022. On pourrait alors penser que The Fray appartient désormais au passé. Mais, en septembre 2024, le groupe revient avec un EP au titre particulièrement évocateur : The Fray Is Back.


Joe King prend désormais en charge le chant principal et la guitare rythmique, aux côtés de Dave Welsh à la guitare solo et de Ben Wysocki à la batterie.

 

Ils viennent à Paris pour promouvoir leur premier album en trio depuis douze ans : A Light That Waits.

 

Épisode 2 : sans Isaac Slade

 

Le groupe fait son entrée, accompagné de Kai Welch au piano et de Dane Poppin à la basse, puis s’installe sur une simple estrade décorée de néons.

 

L’Olympia a une particularité : on peut y monter sur scène sans effets spéciaux, sans décors ni light show tapageur. Si le talent est là, il emplit la salle à lui seul. Jacques Brel, les Beatles ou, plus près de nous, Glen Hansard en sont de parfaits exemples : chez eux, la sobriété de la mise en scène magnifiait la prestation.

 

The Fray choisit d’ouvrir avec « A Light That Waits », titre éponyme du dernier album, qui fait frémir le public par son énergie. Sans transition, le groupe enchaîne avec « Look After You », puis surtout avec son premier grand succès, « Over My Head (Cable Car) ».

 

Et là, la gêne commence à se faire sentir, bientôt accompagnée par l’ennui.

 

Parlons d’abord de la personnalité scénique de Joe King. Cheveux rasés, lunettes de soleil et marcel nous font penser à Freddie Mercury, d’autant plus qu’il en reprend souvent la gestuelle. Mais la comparaison s’arrête là : il n’en possède pas la voix. La sienne est puissante, certes, mais dépourvue de modulation.

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Plus encore, il suffit de regarder le piano, confié à un musicien accompagnateur, pour comprendre que quelque chose a changé chez The Fray. L’instrument qui avait longtemps constitué le cœur émotionnel du groupe est désormais relégué sur le côté. Comme si, en perdant sa voix originelle, le groupe avait également perdu une partie de son âme musicale.

 

On ne peut pas reprocher au groupe d’avoir bousculé son équilibre avec le départ d’Isaac Slade. Mais la mayonnaise ne prend pas. La sensibilité et la fragilité ont laissé place à l’énergie et aux grands gestes, qui confèrent aux morceaux, anciens comme nouveaux, une uniformité monotone.

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Et ce ne sont pas les solos de guitare de Dave Welsh, lui aussi placé sur le devant de la scène, qui peuvent y remédier : ils restent désespérément plats.

 

Une renaissance sans lendemain ?

 

On ne peut pas leur reprocher d’avoir voulu se démarquer du The Fray des origines en affirmant leur propre personnalité.

 

L’histoire du rock regorge de groupes qui ont dû se remettre en question après le départ d’un membre pivot : les Rolling Stones, Fleetwood Mac, Genesis… Certains ont surmonté l’épreuve en évoluant, d’autres en se réinventant avec succès. Tous avaient quelque chose de nouveau à raconter et à partager.

 

Ici, rien de tout cela. La perte de la sensibilité et du talent d’Isaac Slade se fait cruellement ressentir. Reste alors une question : au-delà de la volonté de faire revivre un nom et un répertoire, quelle est la véritable ambition artistique de ce « revival » ?

Photos : YB

Remerciements : Romane Mazé

Les albums : oldies but goldies :

  • How to Save a Life (2005)
  • The Fray (2009)
  • Scars and Stories (2012)