Le 3 novembre 2026, la Philharmonie de Paris accueille le pianiste canadien Bruce Liu. Dans cet ambitieux récital, il interprète deux sonates de Beethoven, deux nocturnes de Chopin et des œuvres hispanisantes de Ravel, Albéniz, Franz Liszt.
Bruce Liu a 29 ans. Né à Joinville-le-Pont, de parents d’origine chinoise, il a grandi depuis ses six ans à Montréal. Il débute le piano à 8 ans, devient élève au conservatoire de Montréal et se produit en concert dès l’âge de 15 ans. La consécration arrive lorsqu’en 2021 il remporte, à l’unanimité du jury, le concours Frédéric Chopin de Varsovie. Il mène depuis une carrière internationale.
De la Sonate Clair de Lune à la Sonate Aurore, des nocturnes de Chopin aux pièces hispanisantes baignées de soleil, le concert pourrait être un clair-obscur musical. Ce soir Bruce Liu va nous révéler sa virtuosité et la finesse de ses interprétations.
Certes le titre n’est pas de Beethoven, mais la Sonate N°14 «clair de lune» paraît centrale dans le récital. Son premier mouvement, Adagio sostenuto, est célèbre. Bruce Liu le joue lentement, sans trop accentuer les graves de la main gauche. Les notes de la main droite peuvent se détacher dans leur pureté, leur simplicité. Plus qu’un sentiment tragique c’est une douce mélancolie qui nous imprègne. Le pianiste nous fait rêver, l’auditeur peut effectivement imaginer un paysage nocturne apaisant, peut être au bord d’un lac.
L’atmosphère est inchangée avec les deux Nocturnes opus 27 de Chopin . La sensibilité de l’interprétation, toute en nuances, est remarquable. Les mélodies très limpides, très chantantes nous transmettent le calme de la nuit. Si la passion est présente dans le 1er nocturne, le second est une sérénade très tendre.
Rêverie a été composée en 1880 par Claude Debussy d’après un poème de Théodore de Banville. Il a aussi été inspiré par les nocturnes de Chopin. La mélodie toute simple, sereine, s’appuie sur un balancement régulier de la main gauche. Bruce Liu joue cette courte pièce avec douceur, élégance.
Le compositeur et pianiste catalan Federico Mompou a écrit Glossa sobre «au clair de la lune», en 1946. L’œuvre est très brève, très épurée, la musique onirique, évanescente.
Débuter le récital par l’Étude Fanfare de György Ligeti témoigne de la parfaite maîtrise technique de Bruce Liu. Cette étude est considérée comme «périlleuse» , sa polyphonie complexe doit rendre sa mémorisation difficile.
La virtuosité du pianiste devient manifeste dans le 3ème mouvement, Presto agitato, de la Sonate Clair de lune. Les cavalcades de doubles croches ascendantes se confrontent à de puissants accords. C’est à la fois entraînant et colérique, romantique et explosif. Bruce Liu y infuse à la fois la légèreté et la passion nécessaires.
Composée par Beethoven en 1804, la Sonate N°21 dite Aurore est d’une difficulté technique inhabituelle pour l’époque. Dans l’allegro con brio initial, un tapis de doubles croches annonce le thème, très romantique. Le tempo est plus que soutenu, la dextérité du pianiste est impressionnante, ses doigts paraissent flotter sans aucune contrainte sur le clavier. Le rondo final est un morceau de bravoure pour l’interprète. Les sentiments de joie et de gravité y alternent jusqu’à une fin grandiose.
L’Espagne était à la mode à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème. Ravel, Albéniz, Liszt, nous emmènent sous le généreux soleil ibérique. L’Alborada del gracioso, l’Aubade du bouffon a été composée par Maurice Ravel en 1904, 1905. Nous nous rendons en Andalousie pour écouter une sérénade ironique se moquant des prétentions amoureuses d’un vieillard. Les staccatos énergiques, le rythme presque dansant, les longs glissandos rendent cette pièce originale, joyeuse, attirante.
El Puerto d’Isaac Albéniz s’inspire du folklore andalou et du port de Santa Maria près de Cadiz. Les rythmes sont vifs, la mélodie rieuse, coquine. L’auditeur peut imaginer l’agitation du port voire le bruit des bateaux, grâce aux accords de la main gauche.
Le concert se termine en feu d’artifice par la Rhapsodie Espagnole de Franz Liszt. Elle a été ébauchée en 1845 lors du voyage en Espagne et au Portugal du compositeur puis terminée en 1863. Cette musique est éclatante, et…redoutable pour le pianiste. Les rythmes sont endiablés, le piano devient un orchestre à lui seul. Cette musique, jouée avec panache par Bruce Liu, est une démonstration de puissance et de dextérité. Sa performance est accueillie par de longs applaudissements. Cette fin de concert révèle aussi la générosité du soliste: manifestement Bruce Liu ne veut pas quitter son public, à qui il offre quatre bis successifs….Pour notre plus grand plaisir.
Visuel ©: JMC