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Yaël Naim : « La musique casse les enseignements de la peur »

par Yaël Hirsch
27.10.2026
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Alors que les enjeux des élections israéliennes de ce mardi 27 octobre sont grands pour la paix et l’humanité, Yaël Naim a partagé la 7e vidéo de son nouvel album Solaire. La chanteuse, qui vient de publier son autobiographie (Ma chambre à moi, éd. Leduc) et qui réalise elle-même ses clips, est partie en Cisjordanie pour tourner un clip qui prône la non-violence et la paix. Dans cette vidéo intitulée Rabbit Hole, on voit deux activistes de la paix : Nava Hefetz et Ali Abu Awwad. Les yeux dans les yeux, Yaël Naim nous dit : « Je ne veux pas mourir / œil pour œil / c’est dans l’amour que j’ai confiance ».

Quand avez-vous écrit la chanson Rabbit Hole et comment est né ce clip aux images fortes ?

Rabbit Hole a été écrit avant le 7 octobre 2023, mais déjà dans un contexte de guerres qui se suivent l’une après l’autre. Quand je reparlais à des gens de mon entourage, j’avais l’impression d’errer entre deux narratifs opposés et d’être incapable de communiquer sur les événements passés, chacun étant convaincu d’un narratif. Cela me mettait dans une sensation de désespoir et d’impuissance face à une situation où des gens meurent depuis tellement d’années. Si bien que, pendant des années, j’ai essayé de construire ma vie autrement. J’ai essayé, dans ma vie personnelle, de dépasser le narratif de la peur de l’autre, et c’était une étape pour moi. Mais quand le 7 octobre est arrivé, j’ai compris que je ne pouvais plus me contenter de créer une autre réalité plus vivable uniquement pour moi. Il fallait regarder en profondeur. J’ai commencé à chercher, et c’est là que j’ai trouvé, par plusieurs personnes, Hanna Assouline, la cofondatrice des Guerrières de la Paix, parmi lesquelles la rabbin israélienne Nava Hefetz, figure majeure de l’engagement pour la paix.

Comment se passent les réunions avec ce groupe pacifiste ?

Le groupe est guidé par le ressenti et cela permet de se décentrer. On arrive au bout de ce système  qu’est la peur autocentrée. On doit arriver à des solutions en commun. Chaque côté a peur et si on n’interroge pas l’autre côté, on ne trouve pas de solution ensemble. J’ai pris le parti de ne pas m’occuper d’une seule communauté, mais d’essayer de trouver des solutions en commun.

Je suis allée aux réunions qui ont eu lieu à l’Institut du monde arabe, j’ai assisté à Essaouira au Forum mondial des femmes pour la paix, qu’elles organisent chaque année. Là, j’ai découvert une mission d’un autre ordre. J’ai découvert un réseau d’activistes qui travaillent ensemble pour la justice et pour la paix. Je me suis retrouvée dans des réunions où personne ne parlait jamais avec certitude, où j’ai rencontré une personne comme le militant palestinien Ali Abu Awwad, qui a participé à la première intifada, fait de la prison, qui a perdu son frère. J’étais face aux premières victimes de ce conflit, les plus légitimes et les plus à même de parler. Cela a eu sur moi un impact émotionnel très puissant. J’avais l’impression que c’était tout ce que j’espérais depuis toute ma vie.

Comment participer ? Je ne suis pas politicienne, et mon langage, c’est la musique. C’est la musique qui casse les enseignements de la peur de l’autre. C’est comme cela que j’ai parlé à Ali Abu Awwad et Nava Hefetz de mon idée de tourner Rabbit Hole en Cisjordanie, et nous sommes partis avec un chef opérateur qui a l’habitude de tourner avec les Guerrières de la Paix. J’ai voulu mettre dans Rabbit Hole cet exercice que j’ai moi-même vécu dans mon âme et dans mes tripes : quand tu mets quelques minutes à regarder dans les yeux de l’autre, tu dépasses une partie de la réalité et il y a un lien qui se crée, comme si on voyait à la fois l’une ou l’autre personne. J’ai eu envie de filmer cela.

Quel est l’impact du clip, sorti quelques jours avant les élections du 27 octobre ?

Je n’ai pas la prétention d’avoir de l’influence et je n’ai pas pensé la sortie de la vidéo comme cela. C’est simplement le bon moment pour moi. J’étais prête avec cette vidéo. Il était important pour moi de finir l’année avec ce clip. Alors que je pars au forum des Guerrières de la Paix au mois de novembre et que je suis en tournée avec Solaire jusqu’à l’Olympia, le 23 mars 2027, je n’avais pas envie de repousser ni de déplacer cette vidéo. Si son message de non-violence et de paix a un impact sur les élections, tant mieux : qu’on vote pour quelque chose de bon et que la violence ne soit plus la seule solution.

Avec l’album, sa couverture, ses clips, mais aussi votre autobiographie, on vous découvre aussi plasticienne, vidéaste et autrice. Comme une artiste de la Renaissance ?

C’est venu progressivement, à la suite d’une crise de vie. Une Yaël nouvelle arrivait et je ne savais pas comment la gérer. Cela me faisait un peu peur. C’est comme cela, en me cherchant, que j’ai commencé à faire de l’autoportrait, à créer des images comme des photographies, et j’ai commencé à aimer vraiment cela. C’est comme cela qu’est née la pochette de mon album. Pour les vidéos, cela a commencé avant. J’aime le do it yourself depuis toujours et j’ai commencé en 2020 avec le clip de « Shine »  et finalement c’est moi qui ai réalisé les sept clips de mon dernier album, Solaire. J’ai installé mon studio à la maison, comme cela je peux créer ce que je veux quand je veux et je n’ai pas besoin d’aide extérieure.

Et le livre ?

Le livre est venu d’une proposition de la part de Sophie Rosemont, après une interview où nous sommes allées loin dans nos propos. Elle m’a proposé une interview biographique, et je lui avais répondu que j’y réfléchirais et que si je sentais que j’avais des choses à dire, je le ferais. Et j’ai réfléchi, à ce moment de transition que je traversais, à la notion du temps, comment elle nous impacte, comment on échoue pour rebondir. On a l’illusion que cela n’arrive qu’aux autres et, d’après des témoignages que j’ai pu recueillir, les gens sont souvent isolés dans leurs parcours de vie. On peut croire qu’on n’est pas normal. Je trouvais que j’avais des choses à côté par rapport à tout cela et j’ai accepté d’écrire cette autobiographie qui est parue au début du mois.

A-t-elle contribué à traverser la crise de vie dont vous parliez ? Comment va la « nouvelle Yaël » ?

J’ai eu besoin de me familiariser, de la rencontrer, et je l’ai libérée. Et je la garde, cette « nouvelle Yaël » : elle est géniale. C’est comme cela que la paix intérieure intervient. On meurt plusieurs fois dans la vie, comme un arbre qui perd ses feuilles et qui renaît en hiver.

visuel : DR