Actualités
Agenda
Musique
Auteurs et Autrices
Partenaires
Qui sommes-nous?
Contact

Avec Mammoth Flora Hibberd change d’échelle sans perdre son mystère

par Yves Braka
27.10.2026
Flora Hibberd – (c)Tchane – 11

Lors de son passage à la Maroquinerie pour présenter son premier album, Swirl, nous avions senti que Flora Hibberd était déjà à l’étroit dans son image d’artiste folk. Elle le confirme avec Mammoth, où elle pousse les murs de tous côtés et affiche une ambition toute nouvelle.

 

A lire sur le même sujet: Flora Hibberd : Arlequin enlève son masque à la Maroquinerie le 20 janvier

Une ambition nouvelle

 

À la Maroquinerie, Flora Hibberd nous avait déjà donné un aperçu de l’ambition nouvelle qui anime son deuxième album, en présentant plusieurs morceaux de Mammoth. Sa collaboration avec Ben Lanz, producteur et membre de The National, contribue à donner à ce nouvel opus une dimension qui dépasse nos attentes.

 

Le renouveau de la musique folk anglaise que nous avions pressenti s’affirme ici, jusque dans la pochette du disque.

 

Elle s’éloigne de la chaleur des guitares et des textures acoustiques pour explorer les synthétiseurs modulaires et des rythmiques plus affirmées, où les cuivres et les arrangements pop viennent bousculer sa délicatesse initiale.

 

Cette voix calme et chaleureuse, dans la lignée de Sandy Denny et de Jacqui McShee, nous entraîne vers de nouvelles contrées, issues du folk mais profondément personnelles.

 

Un mammouth dans notre présent

 

« Mammoth » qui donne son nom à l’album en est la pierre angulaire. On pourrait y déceler une allégorie de notre époque, saturée de technologies et de nouveautés, mais hantée par des forces anciennes, des peurs collectives et des histoires qui ne cessent de se répéter. Le mammouth d’un monde révolu semble alors pouvoir resurgir dans le paysage contemporain.

« Why flee the feeling? »

« Pourquoi fuir ce que l’on ressent ? » répète-t-elle.

 

Face à un monde devenu étrange, Flora nous invite moins à tout comprendre qu’à accepter de nous laisser toucher par les choses.


La gaieté de la composition ne vient pas alléger artificiellement le propos : elle empêche plutôt de le réduire à une seule émotion. C’est ce qui fait la beauté du morceau et le rend représentatif de l’évolution de Mammoth : une écriture qui demeure énigmatique, mais s’autorise désormais une ampleur musicale et une liberté de ton bien plus grandes.

Ce choix musical s’affiche dès le premier morceau de l’album, « Bowling Ball », avec une introduction pop qui évoque le George Harrison de « Blue Jay Way ». Ce titre confirme le changement de régime de Hibberd, qui privilégie désormais une musique plus mobile et plus collective. Elle s’y interroge sur le mouvement des choses : ce qui est lancé ne peut-il plus être arrêté ? L’émotion est-elle une force que l’on dirige ou une trajectoire qui nous emporte ?


Une constante d’un album à l’autre : la voix reste au premier plan (elle est même doublée ici ) afin de donner une place prépondérante au texte. On peut toutefois avoir le sentiment que l’ambition des arrangements dépasse parfois celle de la mélodie ou de l’interprétation vocale. Mais il reste fugace.

 

La tendresse en clair-obscur

 

Grâce au travail ciselé de Ben Lanz, musicien de The National et collaborateur de nombreux artistes de la scène indie, l’album conserve une intimité singulière, particulièrement sensible dans « Dew Pond ». Le morceau rappelle que l’ancienne sensibilité de Hibberd demeure présente. Le paysage naturel peut offrir un espace de repos sans pour autant résoudre les contradictions du monde moderne.

« I think beautiful thoughts just for you »

« Je ne pense qu’à de belles choses pour toi. » déclare-t-elle.


Chez Flora Hibberd, la tendresse n’est jamais tout à fait innocente ; elle semble toujours sur le point de basculer dans quelque chose de plus mystérieux, à l’image de son sourire. La pedal steel et la lenteur de la composition renforcent cette impression de beauté suspendue, à la fois accueillante et insaisissable. Une très belle chanson !

 

Le disque s’achève sur «Hares on the Mountain», cette chanson traditionnelle, popularisée notamment par Shirley Collins et Davy Graham. Ce choix inscrit Hibberd dans une histoire du folk qui dépasse son propre répertoire. Après avoir ouvert son univers aux synthétiseurs et à la pop, elle revient à une chanson ancienne. Elle ne revient pourtant pas à son point de départ : à travers les paroles, elle montre que la tradition peut elle aussi porter une affirmation d’indépendance.

Flora Hibberd – (c)Tchane – 7

Un mammouth pour demain

 

Avec Mammoth, Flora Hibberd, femme de son temps, ne quitte pas tant le folk qu’elle ne le fait entrer dans un monde plus instable, électrique et difficile à déchiffrer. Les guitares acoustiques cèdent une partie du terrain aux synthétiseurs modulaires, mais la chanteuse conserve son goût des images obliques, des récits fragmentaires et des émotions qui résistent à l’explication. L’évolution est autant esthétique que narrative : Hibberd élargit son paysage sonore pour tenter de saisir une époque dont l’étrangeté semble désormais dépasser la fiction.

 

Nous attendrons avec impatience de voir comment Flora et son mammouth prendront vie sur scène.

Photos : Tchane

Remerciements : William Piel

L’album : Mammoth vient de sortir et peut être commandé ici

La tournée : Flora se produit partout en Europe et surtout le 27 Avril 2027 à la Gaité Lyrique