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Les Primeurs de Massy : la curiosité n’a pas de genre musical

par Maxime Dorian
28.10.2026
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Depuis 1998, les Primeurs de Massy célèbrent les premiers albums de la scène émergente. Du 28 au 31 octobre 2026, 20 artistes se produisent en live à Massy et Castres. Une programmation audacieuse pour sortir de ses habitudes et se laisser surprendre.

Les Primeurs sont nés en 1998. Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer un festival entièrement consacré aux premiers albums ?

François Beaudenon : À l’époque, les artistes émergents avaient beaucoup moins de possibilités de se produire dans les salles et les festivals. Lorsqu’ils trouvaient une scène, c’était souvent dans de petites salles, devant un public limité.

Nous avons voulu créer un événement capable d’attirer l’attention des médias et des professionnels, mais aussi d’offrir à ces artistes de véritables conditions de rencontre avec le public. Et ce pari a fonctionné sur les deux plans !

Le premier album reste une étape essentielle dans la carrière d’un artiste. Après plusieurs singles ou EP, qui lui ont souvent permis d’explorer différentes directions, c’est le moment où il affirme pleinement son univers et ses choix artistiques. Un album est une œuvre plus longue, plus construite, qui raconte quelque chose dans la durée.

Comment choisissez-vous les artistes ? Qu’est-ce qui peut provoquer un véritable coup de cœur ?

C’est une alchimie assez étrange, chaque année ! Nous écoutons beaucoup de musique, mais nous allons aussi voir les artistes sur scène avant de les programmer.

Nous défendons les premiers albums, bien sûr, mais tout autant le concert. Pendant quatre jours, c’est cette expérience que nous proposons au public.

Nous recherchons des artistes qui ont quelque chose de singulier à raconter, qui nous touchent, nous émeuvent ou nous bousculent, et qui ont véritablement envie de défendre leur musique sur scène.

C’est aussi ce qui rend ce festival passionnant à programmer : nous disposons d’une grande liberté. Nous ne sommes pas obligés de suivre les tendances. Nous pouvons prendre des risques et sortir des sentiers battus.

Depuis 1998, les Primeurs ont accueilli des centaines d’artistes. Quels souvenirs vous ont particulièrement marqué ? Et quels musiciens ont connu le plus grand succès après leur passage ?

Il est difficile de choisir un album ou un concert. Je garde surtout le souvenir de moments suspendus, lorsque toute une salle découvre un artiste qu’elle ne connaissait pas et vit une véritable communion avec lui.

Ce sont les moments les plus satisfaisants de notre métier. Et ils ne concernent pas nécessairement les artistes les plus attendus !

Parmi ceux qui ont ensuite rencontré une grande notoriété, je pense notamment à Jain. Elle avait joué un samedi soir devant une salle qui n’était même pas totalement remplie. Quelques semaines plus tard, elle connaissait le succès que l’on sait.

Je pense aussi à Feu! Chatterton, Pierre de Maere, Yoa ou Zaho de Sagazan, que nous avons accueillis juste avant le tourbillon de la célébrité.

Votre programmation s’accompagne de descriptions assez savoureuses : « chaanson », « orfèvrerie pop », « disco punk à facettes »… Qui invente ces formules ?

Je lance généralement une première salve, puis nous affinons les propositions en équipe, parce que certaines ne sont parfois compréhensibles ou amusantes que pour moi !

Nous cultivons un goût pour les jeux de mots, et c’est devenu une tradition des Primeurs.

C’est aussi une manière de jouer avec les étiquettes musicales classiques, comme « pop rock », qui ne veulent souvent plus dire grand-chose.

Nous ne prétendons pas que nos propres descriptions ont davantage de sens, mais si elles peuvent au moins faire sourire ou susciter une interrogation, c’est déjà ça !

Depuis 2015, les Primeurs se déroulent également à Castres, à plusieurs centaines de kilomètres de Massy. Comment cette aventure commune est-elle née ?

C’est avant tout une histoire d’amitié avec Olivier Nicaise, le directeur du Bolegason. Il venait depuis longtemps aux Primeurs de Massy avant de partir dans le Tarn et de nous proposer d’y créer une édition du festival.

Nous construisons la programmation ensemble. Nous allons voir beaucoup de concerts, nous écoutons énormément de musique, nous discutons, nous nous chamaillons parfois un peu, puis nous finissons par nous mettre d’accord.

Malgré les difficultés d’organisation que représente cette double programmation, les artistes et leurs tourneurs jouent le jeu. Depuis le début, on compte sur les doigts d’une main ceux qui ont refusé de se produire dans les deux villes lorsqu’on le leur proposait.

Aujourd’hui, les plateformes et leurs algorithmes orientent une grande partie de nos découvertes musicales. Quelle place reste-t-il à un festival comme les Primeurs ?

Ce qui m’inquiète avec les plateformes, c’est leur capacité à nous connaître très rapidement et à nous enfermer dans notre zone de confort, dans ce que nous aimons déjà.

Notre travail, c’est au contraire de réunir des gens curieux dans une salle et de leur faire découvrir des projets très différents.

Nous ne proposons pas une soirée rock, une soirée chanson ou une soirée rap. Le public sait qu’il va voyager d’un univers à l’autre, d’une énergie à une autre.

Il faut venir aux Primeurs avec les oreilles grandes ouvertes. Généralement, on n’en sort pas indemne ! Et il arrive souvent que l’on se surprenne à aimer des artistes ou des styles que l’on n’aurait jamais imaginé apprécier.

Vingt artistes, quatre soirées, autant d’occasions d’être surpris

L’édition 2026 illustre cette volonté de ne pas enfermer la découverte dans une seule esthétique. Du 28 au 31 octobre, cinq artistes ou groupes se produiront chaque soir à Paul B, à Massy.

Mercredi 28 octobre, Noor, Blu Samu, Aziz Konkrite, Dééfait et Blind Yeo ouvriront le festival.

Jeudi 29 octobre, place à Lila-May, Wamen, Ritual Riots, Pamela et Meryl Streek.

Vendredi 30 octobre, Mathis Akengin, Jean-Paul Groove, Olkan & la Vipère Rouge, chest. et Dinaa prendront le relais.

Samedi 31 octobre, Lézard, 15 15, Golimar, Suzanne Belaubre et Elf Traps clôtureront cette édition.

La programmation refuse ainsi de tracer une frontière entre les styles. Les artistes sont réunis moins par leur proximité musicale que par une même étape de leur parcours : celle d’un premier album à défendre sur scène.

Et c’est peut-être là que réside l’intérêt des Primeurs. Découvrir un artiste avant qu’il ne devienne célèbre est toujours plaisant. Mais découvrir une musique que l’on pensait ne pas aimer est une expérience autrement plus précieuse.

Les Primeurs de Massy, du 28 au 31 octobre 2026, à Paul B, Massy. Édition parallèle à Castres. Programmation et réservations sur le site officiel du festival.

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