La saison 2026-2027 du MAIF Social Club aborde un thème qui résonne fort avec notre actualité et notre jeunesse dans les rues : Semons nos résistances. L’exposition propose un parcours en 4 espaces, qui nous permettent de nous confronter au travail d’une quinzaine d’artistes qui posent la question du politique. Rencontre avec le responsable de la programmation du MAIF Social Club, Florent Héridel et la commissaire Anne-Sophie Bérard.
Florent Héridel : Nous avons commencé à en parler il y a un an. Nous avions évidemment en tête les élections du printemps 2027, même si cela fait maintenant quelque temps qu’on entend combien une partie de la population ne veut plus rester inactive et veut se mobiliser.
Anne-Sophie Bérard : Mais évidemment, nous ne pouvions pas anticiper le mouvement social qui nous touche depuis trois semaines, ni le fait que l’exposition s’ouvrirait au moment où les lycéens seraient mobilisés pour demander plus de professeurs et des conditions d’apprentissage plus convenables.
Anne-Sophie Bérard : Nous avons travaillé avec le studio Brunoir, qui sont à la fois scénographes et designers, et c’est vrai que c’est très réussi. Nous avons pensé le parcours comme un tout, en effet, qui suit quatre étapes distinctes…
Florent Héridel : On commence avec la route barrée et comme un peu étrange par le béton et les personnages urbains sans visages du plasticien Abdul Rahman Katanani, qui est né et a grandi dans un camp de réfugiés palestiniens au Liban. Puis, très vite, on tombe sur les sculptures quasiment joyeuses de Célia Cassaï, avec sa cire jaune qui interroge le vivant sous notre bitume et notre rapport à ce vivant.
Anne-Sophie Bérard : Et l’on continue le parcours par la rue jusqu’à une grande place que le tronc de l’arbre un peu oblique de François Réau transforme en clairière. Quelque part entre artisanat, design et art, le travail de Tiphaine Calmettes nous permet de nous asseoir comme dans une cabane protégée avant d’arriver vers la lumière des installations de l’artiste italienne Marinella Senatore.
Anne-Sophie Bérard : Oui, c’est vrai que la vannerie répand un parfum dans toute cette deuxième partie de l’exposition.
Florent Héridel : C’est un projet qui est très récent et qui n’a été montré jusque-là qu’à Strasbourg et Laval. À l’initiative de Féris Barkat, le fondateur de Banlieues Climat, le jour de la fête des Mères, le 25 mai 2025, les enfants du quartier de la Krutenau ont décidé de rendre hommage à leurs mères en faisant entendre leurs voix et leurs témoignages dans des voitures garées place d’Austerlitz, avec des visuels créés par l’artiste Artemile. Le projet a été repris à Laval, mais a peu circulé, et nous sommes très heureux de pouvoir faire entendre les voix de ces mamans avec un programme qui va changer dans la voiture qui est placée à la fin du parcours de l’exposition.
Anne-Sophie Bérard : Oui, à chaque fois, nous concevons un hors-les-murs très proche, avec un street artiste, et cette fois-ci, c’est Agrume qui nous a livré, juste de l’autre côté du mur qui entoure l’exposition, un diptyque tout à fait dans notre thème, puisqu’il s’agit d’un dessin solitaire, puis d’un autre dessin beaucoup plus social. Or, les deux interrogent notre rapport au monde animal. Un sujet très politique.
Anne-Sophie Bérard : C’est vrai que c’est en faisant des banderoles pour manifester, par exemple, que Zoé Saudrais s’est mise à développer son art, et c’est lors des manifestations pour le CPE, en 2006, que Cha Gonzales, alors âgée de 21 ans, a commencé à privilégier la photographie comme médium.
Florent Héridel : L’une de nos fiertés dans cette exposition, c’est d’avoir réuni des artistes très repérés, comme par exemple Nicolas Daubanes, qui est plus âgé et que sa table d’alphabétisation a rendu célèbre, et puis de très jeunes artistes.
Anne-Sophie Bérard : En tant que commissaire, c’est toujours un enjeu et un souci que de continuer à repérer en galerie et ailleurs de nouveaux plasticiens avec qui travailler.
.
Florent Héridel : Et ce que je trouve passionnant avec cette exposition, c’est que, si on parle d’engagement politique, on voit bien qu’il y a des constantes entre plusieurs générations. Ce serait un mensonge et un manque de ne pas rappeler que les questions qui se posent quand on parle de résistance aujourd’hui ont été posées par certaines voix dès les années 1950, qu’il s’agisse de paix, de justice sociale, d’identité ou de notre rapport avec la nature…
Anne-Sophie Bérard : Comme à notre habitude, dans l’exposition même, nous proposons un système de double cartel : un cartel artistique et un cartel politique qui permettent de poser des questions, qu’on rend très accessibles et dont la rédaction est souvent confiée à un·e philosophe.
Florent Héridel : Quant aux visites, on pourrait penser que la thématique se prête moins au travail envers les jeunes publics que d’autres sujets. Mais il n’en est rien : comme d’habitude, nous allons proposer des visites dès 0 an et des visites contées, musicales… et des spectacles pour les jeunes et les moins jeunes publics. Et puis, nous avons confié à l’autrice et journaliste Victoire Tuaillon un cycle de conférences qui intégrera son podcast Renverser la table sur la thématique de la résistance.
Anne-Sophie Bérard : Avec le refus de se contenter des apparences et l’envie d’interroger notre monde. C’est là que commence vraiment la résistance.
Florent Héridel : Avec plein de nouvelles idées et, comme on le dit en français, avec un « empouvoirement ».
visuels : YH
Entrée libre
article partenaire