À Asnières-sur-Oise, l’abbaye de Royaumont ne se contente pas de faire vivre son histoire. Depuis plus de 60 ans, la Fondation en fait un espace de création, de recherche et de rencontres, un lieu qui œuvre pour « le progrès des sciences de l’Homme ». Pour sa nouvelle saison, musique classique, médiévale, danse contemporaine, recherche chorégraphique et rencontres transculturelles se mêlent pour être présentées du 27 septembre 2026 au 13 juin 2027. Une saison particulièrement riche dont les spectacles se font témoins d’un dialogue avec le monde et ses préoccupations contemporaines.
Fondée en 1228 par Saint Louis et Blanche de Castille, l’abbaye de Royaumont porte en elle huit siècles d’histoire(s). D’abord monastères puis site industriel, hôpital de guerre, elle est aujourd’hui un « centre culturel de rencontre ». En effet, derrière ses pierres chargées de passé, le lieu est tout sauf immobile. Depuis sa création, la Fondation Royaumont cherche à faire du patrimoine un espace vivant, où les artistes peuvent expérimenter, créer et faire dialoguer leurs disciplines. Sa mission est de « redonner vie au patrimoine grâce à la présence agissante des artistes » et cela à travers résidences, semaines de création, rencontres ou scènes ouvertes.
La saison 2026-2027 s’inscrit pleinement dans cette démarche. La musique classique et médiévale côtoie le jazz, le raï et la création contemporaine. Dès le 27 septembre, Sofiane Saïdi, à la voix et aux machines, partagera la scène avec Théo Ceccaldi au violon et Valentin Ceccaldi au violoncelle, artiste en résidence à Royaumont. Une rencontre entre genres musicaux qui fait de la Méditerranée un espace de dialogue et de circulation, à retrouver à l’abbaye une seconde fois le 29 novembre 2026. Le 15 novembre, changement d’époque mais pas de démarche, car l’orgue prendra place dans l’ancienne église de l’abbaye pour La poésie du Choral, de Bach à Franck par Simon Prunet-Foch. Autant de créations nées et présentées à Royaumont, laboratoire d’artistes où tout naît par le dialogue : entre les gens et les genres.
La volonté de croiser création artistique et préoccupations contemporaines se retrouve particulièrement dans le travail du chorégraphe Fabrice Lambert, accueilli en résidence à Royaumont. Le 11 octobre, il présentera La Vitesse de l’eau, une pièce interprétée par trois danseuses et consacrée aux courants océaniques. L’idée lui est venue dans les années 2000, après la lecture d’un article du magazine Nature consacré à la vitesse des courants marins et à leur possible ralentissement. Depuis, Fabrice Lambert se questionne, expérimente : comment rendre visible par le corps un phénomène immense, invisible et pourtant essentiel à l’équilibre écologique de la planète ? Comment traduire le mouvement de l’eau, ses accélérations, ses changements de direction, et surtout le danger lié à son ralentissement ? C’est dans le mouvement qu’il cherche une réponse, car selon lui, « danser, c’est être le monde avec son corps ». Second tableau de son diptyque qui s’ouvrait sur Renverse composé de huit danseurs, La Vitesse de l’eau met en scène trois danseuses qui deviennent tour à tour surface, profondeur, courant, elles relèvent le défi de se faire eau, de se faire monde. Car selon le chorégraphe, la danse permet de réconcilier la nature que nous sommes et la nature dans laquelle nous vivons. La danse cherche ainsi à trouver la force du mouvement de l’eau. Et la partition de Patrick de Oliveira qui accompagne la danse s’est construite avec la chorégraphie, dans ce que le chorégraphe présente comme un dialogue permanent entre le geste et le son.

Renverse, Fabrice Lambert
L’ancienne abbaye offre ses murs comme cadre d’une création qui continue, elle aussi, à faire circuler les idées, les cultures et les artistes et accueille des spectacles qui nous disent le monde d’aujourd’hui et de demain.
Visuel : Fondation Royaumont © Olivier Ouadah