Considéré comme le « Nobel des arts », le Praemium Imperiale distingue chaque année cinq artistes pour l’ensemble de leur carrière dans cinq disciplines majeures, la peinture, l’architecture, la sculpture, la musique et les arts vivants et cinéma. Créé en 1988 pour commémorer le centenaire de la Japan Art Association, le Praemium Imperiale entend contribuer à « améliorer et promouvoir les cultures et les arts dans le monde ». Cette année, pour la 37e édition, Jenny Holzer se distingue pour la peinture, Daniel Libeskind pour l’architecture, Andy Goldsworthy pour la sculpture, Herbert Blomsted pour la musique et Cate Blanchett pour les arts vivants et le cinéma. Les cinq lauréats recevront chacun un prix de 15 millions de yens – environ 83 000 euros – et une médaille lors de la cérémonie qui se tiendra à Tokyo le 28 octobre 2026. Cette édition réunit surtout des artistes qui font de leur discipline un espace de dialogue : entre les formes artistiques, entre l’homme et son environnement, entre passé et présent, et surtout entre les individus.
Les cinq catégories du Praemim Imperiale pourraient dessiner des frontières nettes entre les arts. Elles racontent pourtant l’inverse. Les cinq lauréats montrent une pratique qui explore les frontières de leur art. La peinture se mêle au texte chez Jenny Holzer, la nature se fait sculpture chez Andy Goldsworthy, l’architecture devient expérience de la mémoire chez Daniel Libeskind, la musique transmission chez Herbert Blomstedt tandis que Cate Blanchett croise théâtre, cinéma et production.
La peintre américaine Jenny Holzer fait dialoguer texte et image dans ses créations, faisant du langage son « principal matériau ». Le travail de l’artiste sera à retrouver au musée d’Orsay, avec l’exposition « J’ai vu », présentée du 20 octobre 2026 au 21 février 2027. Holzer trouve dans les collections et les archives du musée des fragments de textes liés aux œuvres avant de les faire circuler à travers ses supports privilégiés : projections, gravures, installations monumentales et affichages électroniques.
Cette porosité entre les disciplines rejoint la manière dont Cate Blanchett envisage la pratique artistique. L’actrice australienne à la renommée internationale a montré tout au long de sa carrière son habilité à faire fondre les frontières entre les disciplines, évoluant entre théâtre, productions hollywoodiennes, cinéma d’auteur ou production. Manifesto, installation cinématographique multi-écran de Julian Rosefeldt, dans laquelle elle interprète treize personnages différents montre l’ambition d’une artiste qui explorent les voix et les disciplines. Et sa voix en tant que productrice se fait porteuse de solidarité puisqu’elle a fondé le Displacement Film Fund qui aide les cinéastes réfugiés ou déplacés à financer leurs projets. Cette édition du Praemium Imperiale semble mettre à l’honneur des artistes qui tissent des liens entre différentes disciplines et entre les individus.
Les prix de cette 37e édition récompensent des artistes qui interrogent la mémoire des hommes et du monde, ainsi que le passage du temps. C’est le cas de l’artiste américain d’origine polonaise Daniel Libeskind à qui revient le Praemium d’architecture. Il envisage sa discipline comme une expérience « à être vécu dans l’espace et dans le temps », et travaille sur des lieux de mémoire pour essayer de montrer l’absence. Le musée juif de Berlin dont il est le créateur est sans doute l’un des exemples les plus emblématiques de sa démarche, tout comme son travail autour du World Trade Center à New York. L’architecture devient un moyen d’interroger la forme que prend la mémoire dans les sociétés.
Le prix de la sculpture fait apparaître une autre forme de mémoire, celle de la terre et du vivant. L’artiste britannique Andy Goldsworthy, figure majeure du Land Art, travaille avec des matériaux naturels (branches, roches, feuilles) pour réaliser des installations souvent éphémères. La récompense qu’il reçoit honore la nature, pour une œuvre qui explore la relation entre « l’Homme et la terre » et qui interroge la perte et la régénération. La 37e édition du Praemium Imperiale récompense ainsi le regard des artistes sur le monde et son histoire.
Le Praemim Imperiale a également la particularité de soutenir des nouvelles créations avec le prix encouragement créé en 1997, destiné à soutenir une organisation qui favorise l’accès des jeunes à la pratique artistique. Cette année, c’est l’Association La Source Garouste qui le remporte, qui met en place des ateliers artistiques à Paris pour des enfants et des jeunes en situation de difficulté économique ou sociale. Le « Nobel des arts » permet de soutenir et d’honorer des pratiques de l’art qui proposent de mettre le monde en dialogue.
Visuel : © Japan Art Association / Praemium Imperiale