La metteuse en scène, actrice, musicienne et directrice du Théâtre de l’Aquarium s’amuse, dans un palimpseste de tragédies, à tenter de comprendre la vie et l’âme d’une héroïne agitée par la vie.
Au début du spectacle, pas très loin des premières secondes, une grande bannière apparaît. Il est écrit : « Nous allons nous servir du théâtre pour regarder à l’intérieur de cette femme. » Cette femme, c’est donc Capra (Pauline Huruguen), qui a une meilleure amie dont elle n’arrive pas à se détacher. Et pour cause, elle est morte (Sarah Le Picard). Pour faire son deuil, il va falloir utiliser tout un orchestre, dont deux pianos, et toute l’histoire du théâtre, de l’Antiquité à nos jours, rien que ça.
Capra tient son nom d’un suicide collectif de nonnes au XIVᵉ siècle, en haut d’une montagne. Ça pèse un peu lourd sur notre héroïne. Alors le théâtre est là pour tenter de sauver le monde de ses tourments, une nouvelle fois. Jeanne Candel rappelle qu’elle est une comédienne très drôle en roulant des yeux pour devenir un oracle voyant l’avenir d’Œdipe dans du lait. Et puis perdre le fil devant une multitude de saynètes toutes plus dingues les unes que les autres. On verra un steak être cuit sur un fer à repasser ou deux comédiennes manger des sardines avec chic.
La signature de Jeanne Candel est de mélanger la musique et le théâtre. Là, le jazz est à la fête et, comme le veut cette musique, les partitions ne sont pas écrites. On se perd dans le méandre d’idées, on s’ennuie, on divague, puis on revient. C’est cela que cherche à faire Jeanne Candel : nous transmettre une multitude d’histoires à raconter, car on a toujours besoin d’histoires à raconter, avec l’envie de finir la pièce « au milieu d’une phrase ».
Jeanne Candel, Vladislav Galard, Pauline Huruguen, Sarah Le Picard, Léo-Antonin Lutinier, Laure Mathis, Matthieu Naulleau et Thibault Perriard se jouent du théâtre et de la musique avec beaucoup d’humour. Ces tragédies express, si elles sont inégales, nous rattrapent par des éclats d’images, comme cette double crucifixion comparative, par exemple. Capra est un étrange spectacle dont on sort un peu écrasé·e·s, il faut le laisser reposer et regarder, quelques heures plus tard, ce qu’il en reste. Finalement, c’est au plaisir de créer, à l’espoir qu’un récit puisse advenir au point d’être un mythe qu’elle nous invite.
Notre dossier Festival d’Avignon
CAPRA (une chèvre), Jeanne Candel, 2026 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon