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Aurillac (off) : Rose, le bonheur d’entendre Liv Strömquist sur scène

par Capucine de Montaudry
25.08.2026

Le collectif Notre Insouciance réussit le pari d’adapter la bande dessinée La rose la plus rouge s’épanouit de Liv Strömquist, icône de la littérature féministe. C’est piquant, c’est émouvant, c’est philosophique… Les comédien·nes nous font entrer dans cet univers coloré en y ajoutant une grande dose d’humour, et ça marche. 

« On parle beaucoup d’amour, mais pas de la fin de l’amour » 

 

Qu’est-ce qui peut bien pousser une personne jurant amour éternel à quitter son amant·e du jour au lendemain ? C’est la question qui traverse tout le spectacle, posée par la narratrice Juliette Hecquet, également assise derrière un piano. Elle s’adresse directement au public, à la manière de Liv Strömquist, qui explore des sujets de société en bandes dessinées. L’angle est évidemment féministe et la réflexion est incarnée par des personnages réels, historiques ou contemporains, qui racontent tour à tour leur histoire pour illustrer une facette de ce que l’on appelle amour. 

 

Iels sont 5 sur scène en plus de la narratrice : il y a la poétesse américaine Hilda Doolittle, ou H. D., autrice du vers « La rose la plus rouge s’épanouit », militante des amours libérées. Elle est accompagnée de Lady Caroline Lamb, femme de lettres britannique tombée folle amoureuse de Lord Byron et qui l’a harcelé jusqu’à la fin de sa vie. Viennent également le célèbre acteur Leonardo Di Caprio, et enfin Michel, participant à l’émission « Mariés au premier regard ». Un peu plus tard interviendra Beyoncé en icône de la libération féminine. 

 

 

Explorer différents modèles 

 

Chacun·e des personnages vient raconter son histoire, témoignage d’une vision de l’amour que vient questionner la narratrice. À l’image de Liv Strömquist, celle-ci convoque de nombreuses références philosophiques pour réfléchir sur nos sociétés contemporaines. 

 

Michel représente l’idéal de perfection recherché en amour et accentué par les applications de rencontre. Il souhaite une femme blonde, à lunettes, dont le rire lui plaise, et autres critères qui sont ceux d’un marché où l’on attend satisfaction avant de rechercher des relations authentiques. La comédienne qui incarne sa future femme est évidemment à l’opposé de ce qu’il espère, et met délicatement en évidence le mercantilisme qui a infusé le principe de la rencontre. 

 

Ensuite vient Hilda Doolittle : son histoire est celle d’une femme trompant son amante sur le paquebot qui les emmène en voyage. C’est une femme de lettres, sensible à la poésie, aux grandes émotions, peu encline à l’exclusivité des relations. Volage et grandiloquente, elle questionne la profondeur des relations passagères. 

 

Lady Caroline, c’est au contraire l’amour fou et obsessionnel qu’elle a ressenti pour Lord Byron et qui l’a détruite, le chantage affectif allant jusqu’à la tentative de suicide, puis le harcèlement. S’agit-il d’amour ? Il y a quelque chose de glaçant dans ce sentiment poussé à l’extrême, magnifié par les romantiques, qu’on qualifie aujourd’hui de malsain. 

 

L’apparition de Beyoncé est celle de la femme qui domine les hommes et nous offre une magnifique performance sur « Who run the world » dans laquelle elle soumet les trois comédiens. Elle est iconique, elle danse bien, elle chante bien, elle performe ici l’indépendance. La narratrice pose la question suivante : est-il nécessaire d’être Beyoncé pour enfin diriger le monde ? Les femmes ont un désavantage structurel lié à la rue, l’éducation et le travail, lié au fait de devoir toujours plaire. 

 

Une longue critique de Di Caprio poursuit le tour des personnages en s’intéressant à la non évolution de l’âge de ses partenaires. Lui aussi est volage, mais sur une tonalité bien plus sombre que Hilda Doolittle. Il est l’homme « ouin ouin », celui qui abuse de sa notoriété, et représente la figure du mâle dominant à peine masqué par son incapacité à s’attacher. 

 

Les témoignages se finissent avec la révélation de l’identité de la narratrice, qui est Ariane, celle de la mythologie, abandonnée par Thésée qu’elle a aidé à sortir du labyrinthe et qui lui avait juré fidélité. Une histoire intemporelle, malgré l’évolution des sociétés, qui participe encore aujourd’hui à forger les imaginaires. 

 

 

À travers la réflexion, l’humour et le spectaculaire 

 

Chacune des histoire est mise en scène avec beaucoup d’humour. Les émotions sont exagérées, mais finalement jusqu’à nous toucher réellement. Le jeu de ressemblances-différences avec les comédien·es ajoute au comique. L’utilisation des éléments de décor et accessoires apporte aussi de la légèreté au propos, et permettent une réflexion joyeuse. 

 

Le rythme est maîtrisé entre le rire et la prise de conscience. Derrière le piano, Juliette Hecquet joue toutes les musiques en live et chante les paroles, ce qui apporte beaucoup de dynamisme à la représentation. Certaines scènes sont jouissives, comme la performance de Beyoncé ou le passage moqueur vis-à-vis de Leonardo Di Caprio qui ne s’attache pas. 

 

Le spectacle est drôle, bien construit, réfléchi et tout simplement beau. On attend avec hâte la prochaine création. 

Distribution › Mise en scène : Juliette Hecquet Écriture collective à partir de la bande dessinée La Rose la plus rouge s’épanouit de Liv Strömquist, Edition Rackham Avec : Stany Aïat, Marie-Line Halliday, Juliette Hecquet, Simon Lalane, Arthur Raynaud et Florie ToffinConception musicale : Marie-Line Halliday Costumes : Anaëlle Misman, Léonie Gobion Montage de production : Ludivine Rhein Chargée de diffusion – production : Leila Amini Régie : Tristan Guillot

Soutiens à la création › Réalisé avec l’aide à la reprise de la DRAC Île-de-France, Animakt, Mairie de Darvoy, Poupette et Cie, Anis Gras – Le Lieu de l’Autre, L’Espace Beaujon, La Maison des Arts de la Bazine et Les Déchargeurs.

© Jérome Raphose