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La Mousson d’été 2026, un lieu d’humanisme et de partage

par Julia Wahl
24.08.2026

L’édition 2026 de la Mousson d’été, résolument ouverte sur le monde, s’installe à l’Abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson jusqu’au 26 août.

C’est dans une abbaye du XVIIIe siècle qu’a lieu ce rendez-vous incontournable de l’été qu’est la Mousson. Une forme de refuge en bordure de Moselle où, sans doute, les moines entendaient échapper aux tourments du siècle. Le XXIe, pourtant, y entre résolument, avec un festival tourné vers la création théâtrale contemporaine et internationale, qui fait fi des frontières et des « vents contraires » selon les mots de la Présidente du Département de Meurthe-et-Moselle Chaynesse Khirouni.

 

Un écho des tourments du monde

 

Celle-ci s’est en effet attelée à rappeler, lors de l’ouverture de cette édition, la nécessité de porter des « valeurs d’humanisme et de partage », de soutenir une création libre et diverse. Chose rare cette année, les financements des collectivités locales à la Mousson d’été n’ont d’ailleurs pas baissé selon la directrice du festival Véronique Bellegarde. Cette dernière a exprimé sa foi en la « mission de service public » du festival, lieu d’« éveil de l’esprit » qu’il faut « préserver à un moment où la culture est en danger ».

 

Cette politique entrée en matière s’est vue refléter dans les choix artistiques de cette édition. Par les portes comme par les fenêtres, le monde est en effet venu perturber l’apparente sérénité des lieux, et c’est tant mieux. Moins sanctuaire que jamais, le cloître des Prémontrés s’est donc fait un bel écho des tourments du monde.

 

Un détour par le bush australien

 

Un écho du bush australien tout d’abord avec Et la terre resplendit d’Angus Cerini. L’auteur de Wonnangatta fait découvrir les difficultés d’un paysan vieillissant, mais aussi son attachement viscéral à la terre qui l’empêche d’envisager un autre parcours. A son habitude, l’auteur australien y présente l’âpreté des relations humaines, faites de tendresse, mais aussi de défiance et de crainte face à l’avenir. Le texte était soutenu par les comédien·nes Valérie Bauchau, Thierry Bosc, Christophe Brault, Marie-Sohna Condé, Kelly Rivière et Sacha Vilmar, enregistré·es par France culture.

 

Cet enregistrement in situ a fait de ce moment un bel espace d’intermédiation entre théâtre et radio, spectacle vivant et art reproductible. Ainsi, le public a dû se coiffer d’un casque audio aux voyants bleu vif, créant une atmosphère de science-fiction entrant en un malicieux conflit avec les paysages évoqués. Pour contraint que fut ce choix, il n’en a pas moins entraîné une atmosphère inattendue.

 

L’hôtel des libres échanges

 

Les lieux se sont resserrés avec Où va-t-on quand on part, pièce de la dramaturge croate Nikolina Rafaj traduite par Nicolas Raljevic. Une jeune femme y arrive, un peu perdue, dans un hôtel de seconde classe. Elle ne sait combien de temps elle y séjournera, ni si elle préfère avoir vue sur rue ou sur cour. Chose extraordinaire : cet hôtel un peu miteux est doté d’une piscine. La jeune y rencontre une vieille dame perdant la mémoire, une jeune fille livrée à elle-même et un homme ayant quitté les sien·nes sans mot dire, afin de découvrir au bout de combien de temps ses proches s’inquièteraient. Pour l’instant, nul·le ne l’a contacté…

 

Reprenant le schéma de La Locandiera, le texte utilise l’espace hôtelier pour mettre en présence des personnages singuliers, un peu perdus et que rien ne destinait à se croiser. Il interroge aussi la solitude des sociétés contemporaines, les injonctions et la vitesse auxquelles chacun·e est soumis·e. La mise en espace de Camille Dagen a particulièrement travaillé ces moments nébuleux que sont les rêves et les cauchemars pour créer un univers perturbant, qui voit se rejoindre fiction et réalité.

 

Des airs de fin du monde

 

C’est par des allures de fin du monde que s’est conclue la journée du samedi. Une fin du monde intime, tout d’abord, avec celle de Peu importe, de Marius von Mayenburg. Ainsi de Simone et Erik, dont les aspirations sont désormais bien trop éloignées les unes des autres pour qu’iels puissent cheminer ensemble encore longtemps. Alors, quand l’un·e rentre d’un énième voyage d’affaires, la légère fissure se fait gouffre. Pourquoi « l’un·e » ? Tout simplement parce que, d’un moment à l’autre, les rôles s’inversent, la cadre supérieure devenant la mère débordée et le père débordé le cadre supérieur.

 

Il ne s’agit là nullement d’une ficelle d’écrivain en panne d’inspiration : même lorsque les mots sont rigoureusement identiques, il est étourdissant de constater que le public ne leur prête pas, selon que ce soit un homme ou une femme qui les prononce, la même valeur. Soutenue par la mise en scène de Robin Ormond, cette inversion récurrente conduit ainsi à interroger des préjugés de genre encore tenaces.

 

Il arrive néanmoins que les apocalypses dépassent le seul cadre familial. Tel est ce que propose la pièce de l’auteur québécois Sébastien David sobrement appelée Une fin. D’abord simple rumeur, la fin du monde devient imminente en raison de la proximité toujours plus grande du soleil. Les joies de l’été se muent en horreurs caniculaires qui ne sont pas sans évoquer les tout derniers mois. Métaphore d’un réchauffement climatique présent dans toutes les bouches mais dans aucun agenda politique, Une fin tente, sait-on jamais, de tirer (une énième fois ?) la sonnette d’alarme.

La Mousson d’été s’empare de l’Abbaye des Prémontrés jusqu’au mercredi 26 août.

 

Visuel : Peu importe de Marius von Mayenburg, mise en scène de Robin Ormond, photo de Boris Didym