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Aurillac (off) : ManiPeste pour la Feste, l’art de l’humour macabre

par Capucine de Montaudry
25.08.2026

Des marionnettes, deux comédiens déjantés, quelques instruments et la mort en burn-out… Matthias Sebbane et Frédéric Pointis, de la compagnie poitevine Nuit Rouge, racontent avec beaucoup d’humour l’épisode de la Grande Peste. 

Un spectacle sur ordonnance 

 

Le flyer annonce la tonalité : « ORDONNANCE. Vous allez crever. Votre seule chance de salut est de vous réfugier Pastille 90 (square des Frères Andrieux) à 15h30. Dr Corbeau, Pr Choucas. »

 

Lors d’une courte introduction, le public est pris à parti : nous sommes toustes en danger de contamination. Deux médecins de la peste viennent avertir les spectateur·ices en évaluant le degré de risque selon les signes astrologiques, avec quelques moyens absurdes de s’en prémunir. Ils font ensuite tirer aux cartes pour définir 2 scènes qui seront jouées : il y a Le Juge, Le Prêtre, Les Marins, Le Chevalier ou Le Charlatan. Le spectacle est différent à chaque fois. Puis les deux comédiens enfilent leurs masques au long bec, et la représentation commence — seront ici jouées la scène du Juge et celle des Marins. 

 

 

 

Une histoire en contamination

 

L’histoire est tout simplement celle des morts successifs de la peste. Les marionnettes, fabriquées en papier et en tissu par les comédiens, sont manipulées à la main ou à l’aide d’outils (comme une cuillère à thé pour faire bouger le visage des plus petites). Leurs différentes tailles permettent des changements de scènes fluides et drôles. Par exemple, le premier contaminé est une marionnette de taille humaine à l’apparence réaliste, qu’auscultent les deux médecins. Dans l’incapacité de le sauver, ils la dissèquent et nous font profiter de tous les organes dont est constitué ce corps reproduit. Une fois éventrée, la marionnette devient un bateau pour des explorateurs gênois manipulés à la main. Le mât est planté au niveau du cœur. 

 

Chaque scène est une succession de morts : une atmosphère s’installe, puis les personnages trépassent les uns après les autres. La scène du jugement, jouée avec des marionnettes miniatures, est particulièrement comique : la mort successive du coupable, de l’avocat, du procureur, puis du roi produit des inversions de rôle, causées par un juge obsédé de la justice punitive, qui finit par mourir à son tour. 

 

 

La mort en burn-out 

 

La marionnette de la mort, un squelette à cape qui se réjouit de sa toute-puissance, intervient à plusieurs reprises et apparaît comme le rôle que l’on apprend à connaître, auquel on pourrait s’identifier en raison de sa sensibilité, mais demeure comique par son pathétisme et son envie d’être aimée. Faussement terrifiante quand elle se repaît du premier trépassé, puis des rats sur le bateau gênois, elle ne tarde pas à se plaindre lorsque les morts se multiplient et qu’elle a trop de travail. 

 

Son plus grand problème : la solitude, l’absence d’amour. Elle questionne les spectateur·ices, rien à faire. Le spectacle s’achève sur sa chansonnette accompagnée par un luth : Personne ne m’aiiime, Personne ne m’a jamais aimé, Personne ne m’aimera jamais. 

 

Ce scénario burlesque sur l’histoire de la peste est une démonstration de talent, tant dans la confection et la manipulation des marionnettes que dans l’exploration des registres. Les deux comédiens font preuve d’une grande adresse scénographique et leur humour macabre est savoureux. 

Distribution › Matthias Sebbane, comédien-marionnettiste, Frédéric Pointis, comédien-marionnettiste

Soutiens à la création › Spectacle auto-produit

© Matthias Sebbane