Agenda
Scènes
Auteurs et Autrices
Partenaires
Qui sommes-nous?
Contact

« Border Dance » : le mélange des genres de Taoufiq Izeddiou à Marseille

par Amélie Blaustein-Niddam
28.06.2026

En première mondiale, lors du week-end dédié aux créations du Festival de Marseille, le chorégraphe et directeur de On Marche à Marrakech affirme une volonté de tout mettre à égalité : les professionnel·les, les amateur·rices et la diversité des danses. Un projet ambitieux.

Dans l’arène

Hassan Oumzili est seul en scène pour le moment, les bras en toréador. Il tremble et tourne sur lui-même. Ce premier geste pose le cadre de la pièce, ce mélange entre des rituels gnawa, de la danse contemporaine et de la culture flamenca. Puis il est rejoint par Juliette Bouissou et Chourouk El Mahati qui, elles, assument jusqu’au bout des doigts et aux oscillations de leurs hanches leur statut de bailaoras. L’image est plaisante, le rythme tambourine pour le plus grand plaisir du public.

Une rencontre prometteuse

Mais, au fur et à mesure, la proposition perd de sa puissance. Cela tient au mélange entre les professionnel·les et les amateur·rices. En effet, à chaque fois que la pièce est programmée dans une ville, Taoufiq Izeddiou lance un appel à participation. À Marseille, ce sont neuf danseur·ses amateur·rices qui ont été formé·es et intégré·es à la troupe (Catherine Bousquet, Halima Chebli, Isabelle Godart, Greg Le Maître, Béatrice Lechaux, Julie Meyrand, Maria Enrica Palmieri, Marlène Perazzi et Delphine Rabilier). Honnêtement, le niveau est bon, le travail est indéniable.

Une écriture brouillée

En revanche, l’inégalité de danse entre tous les interprètes réunis brouille le regard et donne au résultat la désagréable sensation d’une restitution d’un très bel atelier, mais d’un atelier uniquement. L’écriture ne nous parvient pas. Nous n’arrivons pas à comprendre la structure de cette pièce qui ne semble qu’aligner des motifs pour générer des effets waouh.

Par exemple, tout·es en ligne devant se retourner en même temps. Ou cette séquence problématique de battle où, au centre du cercle, chaque personne passe pour danser, montrant immédiatement les fragilités des un·es et les capacités des autres. Ou encore cette traversée en clair-obscur de Taoufiq Izeddiou, qu’on aurait adoré voir danser davantage.

La fusion comme impasse

À trop vouloir fusionner les styles de danse et les niveaux de pratique, Border Dance essouffle notre regard, en dépit du talent monstre de Juliette Bouissou et Chourouk El Mahati, qui happent toute notre attention par leur engagement et cette manière qu’elles ont de vriller de la nuque jusqu’aux pieds.

L’intention est belle, profondément généreuse, mais à vouloir mettre tous les corps sur un pied d’égalité, la pièce finit paradoxalement par rendre les écarts de maîtrise plus visibles encore. Là où elle cherchait la rencontre, Border Dance laisse finalement apparaître la frontière qu’elle voulait précisément abolir.

Le festival de Marseille se poursuit jusqu’au 8 juillet.

Programme et informations

Visuel : ©Mohammed lamqayssi