La scène du Radial System à Berlin rassemble de nombreuses oeuvres contemporaines engagées d’arts du spectacle. La série de performances “wielding fissures – carving cracks in the surface of the now” questionnant les récits dominants et visibilisant ceux de présences marginalisées a été lancée le 1er août 2026. Nous y avons retrouvé le spectacle de la chorégraphe brésilienne Alice Ripoll, Adorno, en tournée à la Rose des Vents à Lille, au Next Festival et à Charleroi Danse à Bruxelles en novembre 2026.
Sur cette scène, iels sont six : trois femmes et trois hommes. Pour autant, les genres et les attirances entre elleux se jouent et se déjouent. Nous le verrons plus amplement dans les lignes à venir.
Les corps et visages des performeureures sont ensevelis sous des ballons noirs, sur lesquels iels roulent pour avancer côté cour de la scène. À cet endroit précis volent légèrement une quinzaine de grands ballons noirs de 20 centimètres environ. Lentement et en silence, les perfomeureures s‘en rapprochent et se tassent à l’intérieur. Cela en brisant le silence et en écrasant des ballons. Voilà la musique rythmant le début du spectacle : des ballons éclatés. La suite oscille entre silence ponctué de bruits de ballons et de symphonie tragique.
Adorno exhibe des corps et identités démultipliés, devenus « créatures » par leur mélange avec les ballons colorés.

Enfouis et empêtrés sous la masse de ballons, les corps sont invisibles. Puis un s‘en extrait, garni de ballons colorés sur tout le corps. La perfomeuse ploie et déploie alors son corps désarticulé puis revient dans la masse. Un autre corps se faufile en dehors, danse, puis y retourne. Ensuite, trois lentement et simultanément s‘extirpent des ballons noirs. Adorno est un éloge à la lenteur et à l’expérimentation spatiale par des corps singuliers.
Les trois corps des perfomeurs sont rejoints par celui d‘une perfomeuse. Toustes ont des ballons en guise de costume à des endroits improbables: sexe, fesses, cheveux, bras, jambes, dos. Ils ont fusionné avec leurs supports de chair. Ces créatures clownesques arrivent au complet, et une succession de figures pyramidales et sensuelles se fait sous nos yeux ébahis. En contournant les codes conventionnels acrobatiques avec des bruits inhumains, une sexualité spontanée, Adorno fait rire autant qu’il questionne sur ce qui forme un corps, un ensemble d’individus, et le soi. Cette forme artistique entre la danse et le cirque a été conçue par la chorégraphe Alice Ripoll.
Cette dernière est née au Brésil, d’où elle puise de nombreuses inspirations de danses urbaines. Elle dirige les deux compagnies REC et SUAVE dont les travaux combinent danse contemporaine, cirque et comédie. Elle crée Adorno en 2026, spectacle d’une heure environ.

Le mot mot « adorno » en portugais (en anglais « adornment » ou « adornation ») correspond au terme « ornement » en français. Ainsi, Adorno parle des micro caractéristiques qui nous fondent et nous distinguent dans une masse, l’hétérogénéisant. Aussi, en séparant les syllabes, « há dor no », en français « il y a de la douleur dans… » peut être compris.
Le groupe de corps s’ouvre et laisse apparaître l’intégrité de chaque être-ballon qui l’habite. Une musique orchestrale aux aspérités tragiques perce le plateau du festival Radial System et les cascades s’enchaînent des perfomeureuses, pour terminer dans un twerk/ponte de ballons magistral d’une des danseureuses.
Mise en scène : Alice Ripoll
Danseurs : Alan Ferreira, Hiltinho Fantástico, Katiany Correia, Romulo Galvão, Tamires Costa, Tuany Nascimento
Assistant à la mise en scène, à la scénographie et aux costumes : Thais Peixoto
Productrice et assistante costume : Isabela Peixoto
Créateur lumière : Tomás Ribas
Scénographie : Aurora dos Campos et Alice Ripoll
Costumes : Cia REC
Visuels : Renato Mangolin & Eline Guez