Présenté à l’Espace Saint-Michel à Paris, après avoir été acclamé dans de nombreux festivals – notamment à l’ouverture du prestigieux Festival international de documentaire d’Amsterdam, « A Picture to remember » de l’Ukrainienne Olga Chernykh raconte deux guerres à travers son histoire et ses photos familiales. Esthétiquement et politiquement puissant.
Alors qu’elle entreprend de filmer sa mère avec la caméra qu’elle a retrouvée dans la morgue où cette dernière travaille, Olga Chernykh doit changer ses plans : le 24 février 2022 fait entrer la guerre, pour la seconde fois, dans son histoire personnelle. En effet, la réalisatrice est née à Donetsk, qui a déjà été annexée par la Russie en 2014, et sa mère, son père et elle-même ont déjà dû quitter la ville pour aller vivre à Kiev, où ils ont été accueillis comme des étrangers. Avec la guerre à grande échelle, un nouvel exil se prépare. Et le film change alors de nature.
Les héroïnes de « A picture to remember » sont donc au nombre de trois : sa grand-mère, sa mère et elle-même. Des années 1990 à nos jours, des VHS et tirages photos aux témoignages pleins de vie de la grand-mère depuis Donetsk sous les bombes via smartphone, les archives et les footages se superposent et sont autant de filtres d’une mémoire familiale menacée par les guerres. Olga Chernykh travaille les images comme une matière quasi biologique et la musique, elle, américaine et rétro, n’intervient que lors du grand travelling final qui rompt avec le caractère vintage et fragmentaire du reste du documentaire.
Le résultat est un film ultrasensible, et évidemment parfaitement révélateur à la mesure des propositions esthétiques marquantes qu’il déploie. À voir donc, dès que cela est possible.
A Picture to remember, d’Olga Chernykh, Allemagne, France, Ukraine, 2023, 72 minutes.