Le Théâtre de l’Étoile du Nord, situé dans le 18e arrondissement, a ouvert mardi soir sa saison 2026-2027. Une belle année se profile, et cult est là pour vous en parler !
L’accueil, toujours aussi chaleureux, a laissé place à une présentation de la saison à venir. Le directeur Jean-François Munnier y a défendu « l’engagement de société » dans lequel s’inscrit le théâtre ; un lieu conçu comme le reflet du quotidien, en écho au terme de « microscope » qu’emploie Adèle Haenel dans son livre Viser juste pour décrire ce que permet l’art.
À ses côtés, quatre chaises attendaient les artistes « complices » qui accompagneront la saison 2026-2027 de leurs créations. Iels sont douze au total, traversant les champs artistiques de la danse, du théâtre et de la littérature. Une orientation se dessine nettement : le soutien à la jeune création, porté par ce dispositif des artistes complices, accompagnés sur un, deux, voire trois ans dans leur travail.
Chaque artiste présent·e avait pour consigne de présenter son projet à travers un objet rapporté pour l’occasion.
La danseuse Margaux Amoros a ouvert le bal avec son clavier analogique, sans lequel sa pièce Underdog n’aurait jamais vu le jour. Elle en a en effet composé 95 % de la création musicale. Ce solo chorégraphique tisse un dialogue entre son, voix et corps, et donne la parole à celui ou celle que la société relègue au second plan. Lundi 28 et mardi 29 septembre à 20h
Sylvain Gaudu a ensuite présenté non sans humour le spectacle La Ligne de nage. Librement adaptée du roman de Julie Otsuka, la pièce dresse le portrait d’Alice, qui perd peu à peu la tête mais continue, envers et contre tout, d’aller à la piscine. En interrogeant les raisons qui nous poussent à nager, le spectacle questionne aussi une société qui isole et la manière dont elle traite ses personnes âgées. On devrait en ressortir avec l’envie urgente de faire collectif, et de faire de l’empathie une boussole. Jeudi 19 et vendredi 20 novembre à 20h
Massimo Fusco a pris le relais avec Corps Sonores Juniors, une installation sonore et chorégraphique pensée pour les enfants et les familles. Pour la présenter, l’artiste avait apporté des coussins galets, supports concrets de cette création. Il y explore le rapport au corps à travers un moment de détente et de déconnexion, porté par une écoute active. Premier projet de sa compagnie, membre du réseau Tremplin, Corps Sonores Juniors promet une rencontre réussie entre danse et massage, les deux disciplines de l’artiste. Jeudi 10 décembre (10h, 14h et 15h15) et vendredi 11 décembre (9h, 10h15 et 14h)
Geoffrey Rouge-Carrassat présentera Triptyque, qui réunit trois spectacles : Conseil de classe, Roi du silence et Dépôt de bilan. Plutôt que d’apporter un objet, il a choisi la table déjà présente sur scène ; un objet du quotidien qui traverse toutes ses pièces, décliné à chaque fois différemment. Il explique que ses spectacles naissent de problèmes personnels qu’il cherche à comprendre par la réflexion propre à l’acte de création. Il avait aussi apporté une paire de ciseaux, pour illustrer son processus d’écriture : un travail de découpe de notes qui finit par constituer une trame. Jeudi 4 février (19h30, 21h et 22h30) et vendredi 5 février (19h30, 21h et 22h30)
Le collectif Suzanne a clos cette présentation avec L’Heure Suzanne, sa troisième création, qui témoigne de l’amour de l’écriture à l’origine même du collectif. Les trois artistes y interrogent ce qui nous met en mouvement. Pourquoi trois ? Parce que trois est le chiffre de l’équilibre. Trois ateliers seront d’ailleurs proposés aux publics en fin d’année, autour de « performer la célébration et célébrer la performance ». Mercredi 24 et jeudi 25 février à 20h
Festivals et temps forts rythmeront l’année à venir.
La saison s’ouvre avec le Paris Réseau Danse, à travers dear de Johana Malédon et Elles jouent pour toi, porté par le break de Chris Fargeot et Natasha « Kastet » Kiliachikhina. L’Étoile du Nord accueille ensuite la 19e édition du festival Jerk Off, qui célèbre les identités plurielles avec La Demande d’asile de Nicolas Barry et le concert d’ouverture signé oXni.
En novembre, le festival Satellites mettra en lumière les écritures théâtrales, avant de céder la place, en décembre, au festival de danse Flip Flap. Entre janvier et février, La Fabrique de l’écriture donnera à voir aussi bien des travaux en cours que des spectacles aboutis ; l’écrivaine Fatima Daas y proposera un parcours littéraire, aux côtés de la poétesse et artiste plurielle Sara Mychkine.
De fin février à avril, le festival Immersion Danse déploiera une riche série de projets dansés, avant de laisser place au festival Soyons éco-citoyen·ne·s — un temps fort consacré à l’écologie et au vivre-ensemble, entre spectacles, débats, ateliers, fresques et après-midis en plein air.
Cette programmation sera accompagnée, tout au long de l’année, d’actions culturelles destinées à nourrir le dialogue entre les publics et les artistes.
Le directeur du théâtre n’a pas manqué d’évoquer la fragilité actuelle du monde culturel, mise à mal par les baisses de financement qui menacent tant l’avenir que le présent de la création et de ses structures. Il encourage au soutien !
Le chorégraphe Théophile Bensusan a présenté en avant-première son premier solo, J A R D I I N. Pendant trente minutes, il mêle gestuelle martiale et danse autour du nunchaku, arme traditionnelle asiatique faite de deux bâtons courts reliés par une corde. Pour seule scénographie, quatre tapis assemblés dessinent une sorte de jardin, de pelouse. Il détourne la violence de cette arme pour se la réapproprier, avec une poétique qui emporte le spectateur.
La maîtrise parfaite de l’objet ouvre à une exploration continue du mouvement, sans cesse renouvelée dans son rapport aux forces en présence. Allié autant qu’ennemi, tour à tour doux et violent, ce solo déploie une fluidité et une solitude à la fois apaisantes et menaçantes. La musique de Lucas Desmottes accompagne cette même énergie, jusqu’à ce que le danseur lui-même s’en empare, ne faisant plus qu’un avec cette arme devenue instrument de musique et de création. Une belle exploration du mouvement, qui ne laisse jamais un corps seul avec lui-même, mais lui donne toujours de quoi se compléter pour explorer son intériorité.
La soirée s’est finalement achevée en célébration, avec une seule hâte : découvrir cette saison qui s’annonce pleine de promesses.
Théâtre de l’Etoile du Nord