Barbara Forstner a envoûté La Boule Noire avec sa voix fragile et élégante, le temps d’une soirée en première partie de Renny Conti, le 14 septembre. Accompagnée à la guitare électrique par William Peyrieux, elle nous a invités à pénétrer dans son monde. Un instant hors du temps, où les ombres de Nick Drake et de Cat Power flottaient au-dessus de la scène.
Fille de Français expatriés aux États-Unis, Barbara a vécu douze ans à New York. Elle a été bercée par la musique de ses parents, entre Bob Dylan et Barry White, et s’est imprégnée de cette culture musicale entre folk et Americana.
Revenue à Paris, elle poursuit son chemin d’auteure-compositrice-interprète et de musicienne franco-américaine, s’exprimant en anglais dans la lignée des singer-songwriters américains.
Après plusieurs expériences en groupe, dont October Baby, avec lequel elle enregistre l’album Nowhere at All en 2024, elle décide de prendre sa carrière en main.
Le véritable acte de naissance de Barbara Forstner comme artiste solo est Long Long Gone, album autoproduit, enregistré à Paris avec l’ingénieur du son Léo Aubry et sorti le 28 novembre 2025. Dans la tradition des storytellers américains, elle évoque, avec une franchise brute qui fait penser à Joni Mitchell, l’amitié qui se délite, l’évolution de sa relation familiale et la vie entre deux continents, uniquement accompagnée de sa guitare.
Il nous tardait de voir si cette ambiance intimiste allait se poursuivre sur scène.
Elle entre sur la scène de La Boule Noire avec l’apparente décontraction d’une artiste qui aime le contact avec le public. Elle est accompagnée par William Peyrieux, lui aussi issu d’October Baby, et leur complicité musicale apparaît immédiatement.
Elle entame le concert avec « Where are You? », en s’accompagnant d’un clavier de scène Yamaha.
Sa voix, capable de descendre dans les graves profonds, emplit la salle et entraîne le public dans un monde à la fois introspectif et empreint d’un imaginaire transatlantique personnel.
Elle prend ensuite sa guitare Martin pour interpréter « One Day », le morceau central de son album. Elle la porte très haut, ce qui accentue ce sentiment de fusion avec l’instrument qui a accompagné la mise en chansons de ses poèmes dès son plus jeune âge.
Elle résume, dans le texte, toute une palette de sentiments autour de la proximité émotionnelle et de la distance réelle.
« And I know we’re more than a few miles away / it’s like you’re always here »
« Et je sais que nous sommes à plus de quelques kilomètres l’un de l’autre / c’est comme si tu étais toujours là. »
On y retrouve, en condensé, tous les thèmes de l’album : l’amour perdu, les amitiés qui s’érodent, la vie à l’étranger et les rencontres éphémères, comme en lévitation, sans apporter de solution. Elle vous laisse le soin de l’écrire pour vous.

Entre pure folk et coloration country, les morceaux se succèdent en petites perles ne dépassant pas trois minutes, représentant chacun une délicate tranche de vie.
Barbara introduit « Miracles », le seul morceau écrit par William, qui est, pour elle, la plus belle chanson « ever ». Elle est chantée en duo, et les deux voix s’accordent parfaitement sur un rythme plus soutenu.
Le concert se termine sur « See the world », une mélodie belle et dépouillée qui pose, en contrepoint à « One Day », une question :
« How long love lasts / Before one goes down »
« Combien de temps l’amour peut-il durer / avant que l’un de nous ne sombre ? »
Barbara nous expose de façon intime son rapport au temps, fataliste et complexe.
William nous quitte pour le dernier morceau, qu’elle nous avoue avoir composé depuis peu. Elle explique qu’il évoque une forte déception amicale qui lui a laissé des traces, traduites en chanson. Avec « Through Thick and Thin », sa voix atteint une émotion qui montre que la plaie n’est pas encore refermée.
Barbara a choisi de vivre en France, pour notre plus grande chance. Elle nous permet d’assister à l’éclosion d’une grande artiste sans avoir besoin de prendre l’avion. Ce soir, elle nous a fait le plaisir de nous faire découvrir la plupart des chansons qui constitueront son second album. Il marquera une nouvelle étape dans son parcours.
Alors profitez-en et allez voir Barbara Forstner, qui se produit partout en France, dans de petites salles, avant que les grandes ne vous éloignent d’elle.
Photos : YB
Remerciements : Chloé Sibard – Gasser
Coté album : Long Long Gone peut être trouvé ici et écouté sur toutes les plateformes de streaming
Coté concerts : Barbara part en tournée européenne avec Dylan Leblanc à compter du 18 novembre. Alors soyez attentifs !