Peut-on apprendre à s’émerveiller ? Sur Instagram (@raphael.ecoute) partage sa passion pour la musique classique en dévoilant les secrets de composition de Bach, Mozart, Fauré ou Debussy. Musicien, compositeur, multi-instrumentiste et professeur au Conservatoire de Grenoble, il refuse pourtant de réduire la musique à une affaire de spécialistes. Son ambition : donner à chacun les clés pour découvrir des émotions parfois insoupçonnées. Rencontre avec un passionné convaincu que la connaissance et le plaisir d’écouter ne s’opposent pas, mais peuvent au contraire se nourrir mutuellement.
Raphaël Écoute : J’ai commencé la musique à l’école primaire et au collège, essentiellement avec la guitare et les musiques actuelles. Je jouais du rock, du funk, du jazz. Je suis ensuite entré au Conservatoire de Grenoble, où j’ai étudié la guitare, la batterie et la basse.
Je m’intéressais beaucoup à l’harmonie et à la théorie musicale. J’ai alors intégré les cours d’écriture classique, qui consistent notamment à apprendre à composer dans le style des grands compositeurs comme Bach, Mozart, Ravel ou Debussy.
Ces cours m’ont profondément marqué. J’ai ensuite poursuivi mes études à Dijon. À la sortie, mon ambition était de devenir compositeur et musicien multi-instrumentiste.
Pas vraiment. Je joue notamment de la guitare, de la batterie, du piano, du violoncelle, du violon et de l’alto. Je chante également. Je m’essaie aussi à d’autres instruments, même si je suis loin de tous les maîtriser.
En réalité, il n’y a qu’un instrument auquel je sois véritablement attaché : la partition. Quand j’ai un crayon et une partition devant moi, je me dis que c’est mon instrument.
Je me suis rendu compte que je m’émerveillais devant des choses que mon entourage ne percevait pas nécessairement. Mes parents, mes amis, mon boulanger ne partageaient pas toujours mon enthousiasme pour certaines œuvres classiques.
Cela m’angoissait un peu. Je voulais devenir compositeur, mais je craignais que la musique que j’aimais et que je souhaitais créer ne soit pas comprise.
Un jour, je suis tombé sur des comptes Instagram consacrés à la peinture, qui expliquaient les œuvres et permettaient de mieux les apprécier. Je me suis dit que je pourrais faire la même chose avec la musique.
J’ai réalisé trois vidéos pour essayer. Les réactions ont été immédiatement très encourageantes. Beaucoup de personnes m’ont félicité et demandé de continuer.
Progressivement, à travers les commentaires et les messages, j’ai compris qu’il existait un véritable besoin de médiation culturelle, d’accès à l’émerveillement, à la culture, au beau et à l’art.
« C’est l’émerveillement que je ressens, que j’ai besoin de partager. Sinon, je me sens trop seul. »
Le terme de vulgarisation me paraît assez scientifique. Il évoque surtout la transmission de connaissances.
La médiation culturelle correspond davantage à ce que je souhaite faire. Il ne s’agit pas seulement d’expliquer comment fonctionne une œuvre, mais de permettre aux gens de s’émerveiller devant elle.
Je crois que la connaissance permet d’accéder à des émotions, à des discours et à des effets que l’on ne percevrait pas nécessairement autrement.
Moi-même, lorsque j’écoutais essentiellement du rock, la musique classique me paraissait assez lointaine. Elle ne m’émouvait pas autant qu’aujourd’hui. C’est en l’étudiant que j’ai découvert toute sa richesse.
Mais il n’est absolument pas nécessaire de passer des années au conservatoire. Parfois, une seule clé suffit pour transformer notre manière d’écouter une œuvre.
C’est précisément ce que je cherche à transmettre.
Pour moi, les connaissances et le ressenti ne sont pas deux choses séparées. Ils sont intimement liés.
Comprendre une technique musicale peut nous permettre de ressentir quelque chose que nous n’aurions pas perçu auparavant.
Et lorsque j’écoute de la musique, je ne suis pas constamment en train de l’analyser. Il n’y a pas, d’un côté, un mode d’écoute analytique et, de l’autre, un mode d’écoute purement émotionnel.
Prenons une chanson populaire. Nous savons reconnaître un couplet et un refrain. Nous profitons du refrain sans avoir besoin de réfléchir consciemment à sa construction. Pourtant, cette connaissance participe à notre plaisir.
C’est un peu la même chose avec la musique classique.
Pas vraiment. En revanche, il y a des compositeurs que j’ai mis beaucoup de temps à comprendre et à apprécier.
Mozart, par exemple. Pendant longtemps, je trouvais sa musique un peu trop gentille, presque trop simple.
Avec le temps, mon regard a changé. C’est aussi une question de parcours personnel. Nous avons parfois besoin de nous identifier à certains compositeurs et d’en rejeter d’autres avant de les redécouvrir.
C’est en étudiant l’écriture musicale de Fauré que j’ai véritablement découvert son univers.
En travaillant son écriture, j’ai découvert un univers auquel je n’aurais probablement pas eu accès autrement.
Il possède cette capacité extraordinaire à reprendre l’esprit de la musique ancienne, notamment la musique modale, pour en faire quelque chose de profondément moderne.
Sa musique n’est pas particulièrement spectaculaire, contrairement à celle de Ravel ou de Debussy. Elle est beaucoup plus discrète.
J’adore son style. Pour moi, Fauré est l’un des piliers de la composition du XXe siècle.
Bach, sans hésiter.
J’ai presque l’impression qu’il est la source de toute la musique. Tout ce que j’aime et tout ce que j’étudie semble pouvoir se retrouver, d’une manière ou d’une autre, dans son œuvre.
Pour moi, il occupe une place absolument centrale.
C’est particulièrement difficile avec Debussy, parce que son écriture est extrêmement poétique et mystérieuse. On entre très rapidement dans la subjectivité.
Avec Bach, par exemple, j’ai davantage le sentiment d’être dans une musique pure, où l’analyse de l’écriture permet de s’appuyer sur des éléments plus objectifs.
Dans mes vidéos, mes explications reposent généralement sur ce que j’ai appris dans les cours d’écriture au conservatoire. Mais il m’arrive aussi de proposer mes propres images ou associations.
Je sais très bien que certaines ne correspondent pas nécessairement à ce que le compositeur avait en tête.
Oui. Les images, les schémas et les associations sont extrêmement efficaces pour la médiation et la pédagogie.
Lorsque j’étudiais l’écriture classique, j’ai moi-même appris à apprécier certaines techniques de composition en les associant à des images ou à des éléments extérieurs à la musique.
C’est une manière de rendre concrètes des choses qui peuvent paraître très abstraites.
En réalité, je n’ai pas vraiment choisi Instagram.
En réalité, je n’ai pas vraiment choisi Instagram. J’ai essayé de publier les mêmes vidéos sur YouTube et TikTok, mais elles n’y ont pas rencontré le même succès. J’ai également testé d’autres formats sur Instagram, sans résultat comparable. C’est finalement mon format actuel qui a trouvé son public.
C’est finalement le format que je propose aujourd’hui sur Instagram qui a trouvé son public.
Mon public est plutôt mature, avec beaucoup de personnes de plus de 30 ans et jusqu’à 90 ans. J’ai relativement peu d’abonnés entre 18 et 24 ans.
Mais ce ne sont pas principalement des musiciens ou des spécialistes. Au contraire, je pense qu’une grande partie de mon public connaît assez peu la musique classique.
Ce sont des personnes qui ont envie de découvrir des choses, de s’émerveiller, mais qui n’ont pas nécessairement le temps de faire des études musicales ou de longues recherches.
Elles ont parfois trois minutes à consacrer à une découverte. Mon rôle consiste à leur donner quelque chose qui leur permette d’aller plus loin.
Exactement. Je préfère parler de clés plutôt que de connaissances.
Les connaissances approfondies sont indispensables aux étudiants et aux professeurs. Mais pour le grand public, il s’agit surtout de donner les moyens de comprendre comment apprécier une œuvre et de s’émerveiller.
Vous venez pourtant du rock, du funk et du jazz. Pourquoi votre compte est-il aujourd’hui principalement consacré à la musique classique ?
Je parle principalement de musique classique parce que c’est celle que je peux le mieux expliquer avec mon approche actuelle. Mais j’ai envie de parler de toutes les musiques du monde.
J’aime beaucoup le jazz et je ne rejette absolument pas les autres genres musicaux. Simplement, mon approche actuelle se prête particulièrement bien à l’analyse de la composition classique. Mais j’ai envie de parler de toutes les musiques du monde.
Cela peut me prendre deux journées complètes de travail, réparties sur une semaine.
Il faut étudier l’œuvre, l’écouter, écrire le texte, tourner et monter la vidéo.
Et je réalise tout moi-même.
« Parfois, je peux passer une heure à travailler sur seulement quatre secondes, pour trouver le bon extrait ou la bonne manière de présenter quelque chose. »
Parce que ces vidéos représentent un investissement considérable en temps.
J’ai la chance de recevoir de nombreuses propositions de collaboration de la part d’orchestres, de festivals et d’institutions musicales. Ces partenariats me permettent de développer mon activité.
Mais je tiens aussi à conserver une part importante de vidéos indépendantes, consacrées aux œuvres dont j’ai personnellement envie de parler.
C’est pour préserver cet équilibre que j’ai ouvert une page Tipeee. Les personnes qui apprécient mon travail peuvent ainsi me soutenir directement.
Je souhaite conserver la même ligne éditoriale qu’Instagram, mais en développant certains sujets dans des vidéos de huit à dix minutes.
Je commence à faire des essais, même si je n’ai pas encore publié ces nouveaux formats.
L’idée est de pouvoir approfondir ce que je présente aujourd’hui en quelques minutes.
Oui, c’est un projet qui m’intéresse beaucoup.
J’aimerais pouvoir faire de la médiation culturelle sur scène, notamment avant ou pendant des concerts.
Il existe des discussions avec des institutions et des orchestres, notamment à Grenoble, mais rien n’est encore confirmé.
Ce serait une autre manière de partager la musique et de créer un lien direct avec le public.
Je me vois poursuivre trois grandes activités.
La première est la médiation culturelle, avec Instagram, YouTube et, je l’espère, des interventions sur scène.
La deuxième est l’enseignement. Je suis déjà professeur au Conservatoire de Grenoble, mais j’aimerais peut-être développer une école de musique, en ligne ou en présentiel.
Enfin, je souhaite continuer à composer et à jouer de la musique.
Mon idéal serait de créer une musique véritablement actuelle, ancrée dans le XXIe siècle, mais nourrie de tout mon bagage classique.
Ce n’est pas facile de concilier les deux, mais c’est ce vers quoi j’aimerais aller.
C’est une question que je ne me pose jamais vraiment…
Je dirais le concerto pour piano de Mozart.
Et du côté des musiques actuelles, les Beatles !
Pour découvrir le travail de Raphaël Écoute, ses analyses musicales et ses projets, rendez-vous sur son compte Instagram @raphael.ecoute. Il est également possible de soutenir ses vidéos indépendantes via sa page Tipeee, également accessible depuis sa biographie Instagram.