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L’Orchestre du Nouveau Monde gazé avant même le début du rassemblement

par Louna Bonnin
19.10.2026
Orchestre du Nouveau Monde

Plus de 400 musicien.ne.s étaient attendu.e.s place de la République, le 17 octobre, pour un concert en solidarité avec les manifestant.e.s. Alors que la répétition se déroulait dans le calme, l’Orchestre du Nouveau Monde a été confronté aux gaz lacrymogènes des forces de l’ordre, l’obligeant à quitter la place. Un épisode qui interroge la place de la musique dans les mobilisations et le droit de faire collectif dans l’espace public.

La musique interrompue par les gaz

À 11 heures 30, la place de la République est vide. L’Orchestre du Nouveau Monde arrive et sa répétition commence normalement, avec les musicien.ne.s et les quelques personnes présentes autour. L’orchestre affirme que tout était très calme.

 

Puis vers midi, les premiers gaz lacrymogènes parviennent aux yeux et au nez de la foule, alors que le début du concert était prévu pour 13 heures. Malgré tout, les musicien.ne.s tentent de continuer de jouer pendant une vingtaine de minutes.

 

Ils ont finalement été contraints de partir. Leur départ a été forcé par quelques CRS les chargeant, à une vingtaine de mètres, d’après le récit d’Etienne Jarrier, fondateur et chef de l’Orchestre du Nouveau Monde.

 

Selon lui, « la situation était lunaire » car les forces de l’ordre ont continué à gazer pendant que l’orchestre jouait encore, alors que la place était vide et qu’il n’y avait plus personne sur place.

 

 

Un concert déclaré et un orchestre pris de court

Selon les informations communiquées par le collectif, leur concert avait été déclaré, ainsi que le rassemblement prévu à 14 heures sur la place de la République.

 

Les musicien.ne.s avaient également demandé aux brigades de police de les prévenir en cas de charge, afin de protéger les personnes et les instruments. Mais avant l’intervention, personne n’a été mis au courant.

 

Etienne Jarrier a rapidement réagi. Il estime que les forces de l’ordre visaient à empêcher un rassemblement de se former. « Ils savaient que si on était encore là, une nouvelle foule pouvait se rassembler autour de nous […] Ils avaient juste envie de couper à la racine ce rassemblement », interprète-t-il.

 

 

Un orchestre pour un nouveau monde

L’initiative vient d’Etienne Jarrier, qui fonde l’Orchestre du Nouveau Monde en 2020. Son projet vise à faire de la musique un moyen de promouvoir la justice sociale et l’écologie.

 

Sa présence dans la mobilisation n’était pas surprenante. En effet, l’orchestre a déjà accompagné de nombreuses manifestations, notamment celles du mouvement lycéen.

 

Son fonctionnement est collectif et ouvert. Ce 17 octobre, par exemple, tout le monde pouvait venir jouer pacifiquement, en solidarité avec les manifestant.e.s. Plus de 400 musicien.ne.s étaient présent.e.s.

 

« Parce que la musique est un espace de liberté, de rassemblement et de résistance, elle ne doit jamais être réduite au silence par la force », déclare l’Orchestre du Nouveau Monde dans un communiqué de presse.

 

 

« Notre visibilité ne doit pas invisibiliser les autres violences »

« On est face à un moment où les violences policières débordent », témoigne Etienne Jarrier. Et cet épisode les interroge.

 

Le chef rappelle que l’orchestre a été gazé, pour la première fois en cinq ans de manifestations, mais que d’autres personnes subissent des blessures autrement plus graves. Main arrachée, yeux gravement blessés… « Personne ne devrait avoir à jouer de la musique classique pour que les violences qu’il subit soient prises au sérieux », déclare l’organisation.

 

Ce récit doit être replacé dans un contexte plus large : celui des mobilisations et des violences rapportées. Il ne s’agit pas d’une histoire isolée de musicien.ne.s. Alors, quelle place reste-t-il désormais pour les formes artistiques, pacifiques et collectives de contestation dans l’espace public ? Que devient la culture lorsqu’elle investit la rue ?

 

Etienne Jarrier porte malgré tout un message d’espoir et communique sa volonté de rester collectif, solidaire et déterminé.

 

Visuel : © ONM