Jour de manifestation. Jour de commémoration. Le 17 octobre porte une mémoire douloureuse, au moment même où la colère de la génération Z s’exprime dans la rue. Après l’appel du préfet de Paris à utiliser les armes, il semble essentiel de rappeler que la violence ne saurait être une réponse à une génération qui réclame d’être entendue.
Ce samedi, les lycéens et les organisations de jeunesse rejoindront la mobilisation contre la vie chère, dans un appel à la « convergence des luttes et des générations ». La jeunesse en colère descend dans la rue, prend sa place dans le débat public, les revendications s’additionnent. La liste est longue, entre le délabrement des bâtiments pour des conditions d’études déplorables, les inégalités d’accès aux études supérieures via la plateforme Parcoursup, le manque de moyen humains de l’Éducation nationale… Et l’inquiétude de voir la violence exploser grandit. Car le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez a annoncé la possibilité de recourir de nouveau aux grenades assourdissantes en « cas d’affrontement graves et lourds », alors que le 5 octobre, à Lens, un lycéen de 15 ans a vu sa main arrachée par ce type de grenade. Dans un mouvement auquel participent de nombreux mineurs, les conditions de maintien de l’ordre questionnent. Les autorités ont une responsabilité considérable et l’usage de ce type d’armes met en péril la sécurité des manifestants.
Le 17 octobre résonne d’autant plus douloureusement, car en 1961, la manifestation d’Algériens réclamant l’indépendance de l’Algérie fût violemment réprimée, sous l’autorité du préfet de police de Paris, Maurice Papon. Collaborateur pendant l’occupation allemande et condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l’humanité, le 17 octobre 1961, il dirige la répression sanglante où les manifestants furent tués, frappés, arrêtés, jetés dans la Seine. Il ne s’agit pas d’annoncer des présages similaires ni de confondre deux contextes historiques différents. Mais cette coïncidence sinistre appelle à la vigilance. Il faut que la mémoire aide à prévenir de nouvelles commémorations sanglantes.
Éviter que la confrontation soit le seul horizon, la seule solution d’une société divisée. Car les mineurs attendent des réponses politiques majeures. Une écoute réelle. Les difficultés du maintien de l’ordre existent, mais la démocratie devrait pouvoir accueillir des manifestations où l’intégrité physique n’est pas en péril. Une attitude possible, si l’on en croit les gestes des policiers à Besançon le 6 octobre, et à Paris le 13, qui ont retiré leurs casques et baissé leurs boucliers face aux lycéens. Le geste est symbolique mais il apporte une réponse, celle qui évite l’affrontement systématique. Le défi de la démocratie reste à accueillir la colère sans faire exploser les rues en violence.
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