Après les municipales de mars 2026, de nombreuses communes sont arrivées entre les mains de maires d’extrême droite. Leurs nouvelles mesures ne se sont pas fait attendre. Pour beaucoup d’entre elles, elles relèvent d’une méfiance et d’un rejet envers la culture, les luttes sociales et l’écologie.
À quoi ressemble une municipalité d’extrême droite ? Et quelles conséquences cela peut-il avoir sur la culture? Après les municipales de mars 2026, la réponse à ces questions est devenue limpide. Culture, féminisme ou encore écologie ne sont pas présents dans les programmes politiques de droite et d’extrême droite et ce désintérêt se ressent. De nombreuses mairies sont devenues RN à l’issu des dernières élections, et les nouvelles mesures annoncés annoncent un recul inquiétant sur les questions culturelles, sociales et d’écologie.
Le mardi 9 juin, le metteur en scène et acteur franco-britannique Alexis Michalik avait annoncé sur Instagram, la déprogrammation de sa pièce Passeport par la nouvelle municipalité de Castres où elle était initialement prévue pour février 2027. « J’ai appris cette semaine que la représentation de Passeport prévue à Castres en février 2027 avait été annulée », écrit-il, précisant que le spectacle avait été pourtant programmé et validé. Pour lui, « la décision d’annuler sa venue est intervenue à la dernière minute, à la demande des nouveaux élus RN de la municipalité ».
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La pièce retrace le parcours d’Issa, un jeune migrant érythréen laissé pour mort dans la jungle de Calais. Elle « raconte des parcours d’exil, d’identité, d’intégration », souligne le metteur en scène, et met en avant les difficultés rencontrées afin d’obtenir un titre de séjour. Le nouveau maire RN de la ville, Florian Azéma justifie sa décision en précisant qu’aucun accord contractuel n’avait été signé par la précédente municipalité : « Il y a eu un changement de majorité. C’est du rôle et des prérogatives des élus de faire une programmation culturelle […]. Nous avions la totale liberté de revenir sur cette programmation », affirme l’élu à ICI Occitanie.
Plus au sud du Gard, à Vauvert, le nouveau maire RN Nicolas Meizonnet a annulé l’exposition photographique de Sylvain Brino prévue de longue date. Il reproche notamment à l’artiste d’être un militant LFI alors que ce dernier ne se définit d’aucun parti en particulier. Quelques semaines plus tard, ce même maire a refusé « de continuer à subventionner à hauteur 65.000 euros » une association de jazz, dont une partie de la programmation avait lieu dans la commune.
À La Flèche dans la Sarthe, Le Carroi, une scène conventionnée par l’État et la ville, qui organise les festivals « Les Affranchis » et « Les Appartés », a perdu une grande part de sa subvention 2026 suite à une décision de la municipalité. L’équivalent de 71.000 euros en moins sur un budget de 253.000 euros de subventions, a expliqué son directeur Richard Le Normand à l’AFP. En conséquence, « Les Appartés » a été annulé et le festival « Affranchis » a failli l’être également « mais les compagnies ont tenu à venir jouer, même moins payées », poursuit son organisateur, décrivant les acteurs culturels « très inquiets, extrêmement fébriles« . Pour Richard Le Normand, « Si la ville coupe encore en 2027, c’est catastrophique ».
La culture n’est alors pas une priorité pour l’extrême droite qui s’en inquiète même. Philippe Ballard, député RN de l’Oise, a appelé à « en finir avec les pseudo-artistes qui font de la culture un instrument de propagande au service de l’idéologie immigrationniste ».
Au delà de la culture, l’extrême droite, déjà bien connu pour ses prises de position anti-immigration et racistes, n’hésite pas à abandonner des initiatives sociales et écologiques nécessaires. Du côté de Carpentras dans le Vaucluse, la nouvelle mairie RN a fait voter en conseil municipal la suppression de la subvention accordée au Planning familial. Pour l’association féministe, c’est une une décision « symbolique » mais pas étonnante. Le conseil municipal aurait voulu conjuguer « générosité et responsabilité », selon le site Web de la mairie. Après l’annonce de cette suppression, le planning familial a lancé un appel aux dons qui a récolté plus de 4 000 euros en moins de 24 heures. Preuve que cette association féministe est d’utilité publique et soutenue par les citoyens.
Hervé de Lépinau, le maire de la ville, a déclaré dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux que le Planning est devenu « un organe politisé et partisan, mais aussi un avant-poste d’une idéologie controversée qu’est le wokisme ». En 2020, l’actuel maire de Carpentras, avait comparé l’avortement à un génocide ou aux « crimes de Daech », alors qu’il était conseiller départemental du Vaucluse.
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L’écologie aussi en a pris un coup. Dès leur élection, plusieurs nouveaux maires de droite et d’extrême droite ont pris la même décision : remettre en place l’éclairage public la nuit. « J’imagine qu’il y a un compteur quelque part, donc j’irai et je rallumerai », avait promis le nouveau maire macroniste de Bordeaux Thomas Cazenave, lors d’un débat avec son opposant écologiste Pierre Hurmic. Cet éclairage est aujourd’hui rétabli à Bordeaux malgré les répercussions climatiques de cette mesure. Une vingtaine de communes ont suivi l’exemple de Thomas Cazenave, parmi lesquelles Carcassonne, Clermont-Ferrand ou encore Poitiers.
Avant-goût des élections de 2027 ? Pour le moment, le constat est flagrant. Sans compter l’emprise du groupe Bolloré sur le cinéma ou encore le rapport Alloncle sur l’audiovisuel, le monde la culture s’inquiète à juste titre et il n’est pas le seul.
Visuel : © Alexis Michalik