Le groupe britannique Massive Attack, connu de longue date pour son engagement en faveur de la cause palestinienne, vient de vivre un épisode qu’il qualifie lui-même de « surréaliste ».
Lors du concert au Star Theatre le 29 juillet dernier, les précurseurs de la musique trip-hop, connus notamment pour les morceaux « Angel » et « Teardrop » de leur album Mezzanine (1998), ont été confrontés à l’une des législations les plus strictes au monde en matière de liberté d’expression.
Sur scène, deux membres du groupe ont brandi le drapeau palestinien et scandé le slogan « Free Palestine ». Ce geste est devenu familier pour Massive Attack, très engagé dans leurs positions et concerts à travers le monde pour la cause palestinienne. Mais à Singapour, l’affichage public d’un drapeau étranger sans autorisation préalable constitue une infraction.
De fait, l’ensemble du groupe a été interpellé par la police, isolé, puis interrogé séparément. Sur Instagram, les membres de Massive Attack ont raconté avoir été « surpris et déçus » par cette intervention, précisant que certains d’entre eux avaient subi des perquisitions dans leur chambre d’hôtel, avec confiscation temporaire de leurs passeports. À l’issue d’une enquête, la police a délivré un avertissement officiel aux deux musiciens concernés pour infraction. Ils sont désormais interdits de retour à Singapour.

Dans le même message, le groupe, dont les membres fondateurs sont Robert Del Naja et Grant Marshall, a exprimé son incompréhension face à la sévérité de la réaction des autorités de cette cité-État. Selon Massive Attack, le simple fait de montrer le drapeau d’un État reconnu par 157 pays ne devrait enfreindre aucune loi. Le groupe a néanmoins tenu à saluer la fierté et le courage du public présent, qui a choisi de manifester malgré les risques encourus.

Cet épisode s’inscrit dans la continuité d’un engagement que Massive Attack porte fièrement. Le groupe a récemment signé une lettre ouverte, aux côtés d’artistes comme, demandant l’exclusion d’Israël de l’Eurovision 2026. Aussi, Robert Del Naja a été arrêté en avril à Londres lors d’une manifestation contre l’interdiction de l’organisation Palestine Action ; et le groupe a signé, aux côtés de Tom Waits, le titre engagé « Boots on the Ground », marquant son grand retour en musique après l’EP Eutopia (2020). Cette collaboration a été saluée pour son propos anti-guerre, porté par deux figures historiques de la musique engagée.
Les prises de position des membres placent Massive Attack parmi les groupes les plus politiquement engagés de la scène musicale internationale, quitte à s’exposer, comme à Singapour, à des conséquences concrètes.
Visuel : Massive Attack