17.05.2026 : Le patron de Canal+ ne veut plus travailler avec les signataires de la tribune anti Vincent Bolloré    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    17.05.2026 : Le patron de Canal+ ne veut plus travailler avec les signataires de la tribune anti Vincent Bolloré    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    17.05.2026 : Le patron de Canal+ ne veut plus travailler avec les signataires de la tribune anti Vincent Bolloré    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    17.05.2026 : Le patron de Canal+ ne veut plus travailler avec les signataires de la tribune anti Vincent Bolloré    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    17.05.2026 : Le patron de Canal+ ne veut plus travailler avec les signataires de la tribune anti Vincent Bolloré    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    17.05.2026 : Le patron de Canal+ ne veut plus travailler avec les signataires de la tribune anti Vincent Bolloré    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    17.05.2026 : Le patron de Canal+ ne veut plus travailler avec les signataires de la tribune anti Vincent Bolloré    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    17.05.2026 : Le patron de Canal+ ne veut plus travailler avec les signataires de la tribune anti Vincent Bolloré    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    17.05.2026 : Le patron de Canal+ ne veut plus travailler avec les signataires de la tribune anti Vincent Bolloré    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    17.05.2026 : Le patron de Canal+ ne veut plus travailler avec les signataires de la tribune anti Vincent Bolloré    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    17.05.2026 : Le patron de Canal+ ne veut plus travailler avec les signataires de la tribune anti Vincent Bolloré    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?    17.05.2026 : Le patron de Canal+ ne veut plus travailler avec les signataires de la tribune anti Vincent Bolloré    09.04.2026 : quels films voir en sélection au Festival de Cannes 2026 ?
Actualités
Agenda
Expositions
Auteurs et Autrices
Partenaires
Qui sommes-nous?
Contact
09.05.2026 → 22.11.2026

Biennale de Venise 2026 : sous tension politique, l’éloge des accords mineurs

par La redaction
09.05.2026

Cult.news était à la preview de la 61e Biennale de Venise. Sous le commissariat de Koyo Kouoh, première femme africaine à diriger l’événement, disparue prématurément l’an dernier, le thème de cette édition tient sa promesse : nous faire réfléchir « In Minor Keys » (« En accords mineurs »). Une expérience de décentrement plutôt joyeuse, pleine de fleurs, qui présente des artistes du monde entier, met à l’honneur la scène africaine avec ses diasporas, et nous fait entrer dans une modernité brodée de textiles. Suivez-nous dans les Giardini et à l’Arsenal…

Par-delà les deuils et les conflits, la joie

L’ouverture de la 61e Biennale de Venise est marquée par une tension politique forte : la démission de son jury quelques jours avant l’ouverture, les manifestations, les grèves (dont celle du pavillon français, le 8 mai) pour protester contre la présence des pavillons américain, israélien et russe, les happenings aux couleurs du drapeau palestinien, et enfin les conférences donnant la parole à l’Ukraine au pavillon polonais.

Et pourtant, à l’entrée de l’exposition générale de l’Arsenal, c’est un poème qui accueille le public. Il est signé du poète palestinien Refaat al-Areer, tué à Gaza : « Si je dois mourir, / que cela apporte de l’espoir, / que cela devienne une histoire. » Quant au pavillon principal des Giardini, le pavillon principal s’ouvre avec des fleurs. Le contraste est donc marqué entre l’ambiance extérieure qui est  tendue et aérée dans la protestation et le pari esthétique des fameux « Accords mineurs »…

Accords mineurs pour changements majeurs

La direction de cette Biennale avait été confiée à Koyo Kouoh, première femme africaine à obtenir une telle responsabilité.  Elle est morte l’an dernier, mais c’est vraiment sa ligne qu’on retrouve dans cette biennale : les commissaires et les artistes qui l’ont accompagnée ont tenu son pari de déconstruction par le dialogue et par la joie.

L’hommage de la Cubaine María Magdalena Campos-Pons en donne le ton. Anatomy of the Magnolia Tree for Koyo Kouoh and Toni Morrison (2026) déploie deux portraits et de grandes fleurs colorées, dans une union des femmes noires du monde qui colle à la vision de Kouoh.

Le thème que la directrice de la 61e Biennale a posé est celui des « In Minor Keys », ces accords mineurs qu’on trouve en musique aussi bien chez Vivaldi que chez Lady Gaga, et qui a été théorisé en littérature par Deleuze et Guattari d’après l’œuvre de Kafka. Dans leur essai de 1975, Pour une littérature mineure, ils montrent comment l’auteur tchèque s’empare de l’allemand pour le déterritorialiser : « La littérature mineure opère à l’intérieur d’une langue dominante et l’arrache à son territoire, ouvrant des lignes de fuite collectives et des voies alternatives », lit-on dans le guide de cette biennale.

La thématique et le choix des 111 artistes ancrent un tournant déjà opéré par l’édition précédente, qui mettait à l’honneur les pays du « Sud global », sous le thème « Étrangers partout ». Mais In Minor Keys ne propose ni déplacement ni remplacement : il opère plutôt depuis « l’intérieur du canon, en utilisant son propre langage et ses propres modalités, afin d’en remodeler le centre ».

Dès lors, toutes les configurations, rejet, mais aussi syncrétisme et créolisation, sont possibles sans se limiter à aucun manichéisme. Le pari est alors que l’audace formelle soit au rendez-vous pour parvenir à réaliser ce programme.

Arsenal et pavillon principal : immersion contemporaine et tissus esthétisants

À l’Arsenal comme au pavillon principal des Giardini la frontière entre art et artisanat est délibérément brouillée. Ce n’est pas une nouveauté et le féminisme des années 1970 avait déjà remis l’artisanat au centre mais cette biennale évite élégamment les redites des années 1970 dans sa réévaluation de la marqueterie et du tissage, face à la peinture ou la sculpture.

En effet, les fibres sont omniprésentes : grands tissus pourpres, morceaux de laine, habits rituels d’un artiste de la Nouvelle-Orléans comme Big Chief Demond Melancon, et même des tisserands sur place… avec aussi des cordes qui pendent dans l’installation de Kader Attia à l’Arsenal. L’œuvre s’appelle Whisper of Traces, et le prix Marcel Duchamp 2016 y interroge les IA avec les traditions chamaniques vietnamiennes.

On descend dans les profondeurs chercher la matière avec le duo libanais Joana Hadjithomas et Khalil Joreige. À l’Arsenal, ils déploient un nouveau pan d’Unconformities (2016-2025), recherche au long cours menée avec des géologues entre Beyrouth, Paris et Athènes. Tapisseries, photographies, carottes sédimentaires moulées en résine, ces Time Capsules, composent un dispositif qui prélève les sous-sols des villes et les rend visibles. Ce que la terre garde, ce que nous laissons derrière nous, ce qui affleure dès qu’on creuse. « La latence est une position politique », dit Joana Hadjithomas. Une réponse presque archéologique à la commande de Kouoh.

L’accrochage, lui, est superbe de bout en bout, et offre un grand espace de liberté pour penser et  se mouvoir. On lève souvent la tête. Les supports les plus bruts sont présents,  comme le cartons. ils témoignant d’une égraine fragilité ou même frugalité. Mais ils sont traités de manière royale, comme du porphyre ou du bronze. Et beaucoup d’artistes jouent sur plusieurs médias à la fois : Nina Katchadourian expose aux Giardini ses 1 000 photos prises au téléphone depuis son siège d’avion, sur onze ans, et présente à l’Arsenal un travail familial à base de Lego et de vidéos.

Enfin, les nombreuses installations placent les visiteuses et visiteurs en immersion pour vivre une transformation majeure. Ainsi, Alfredo Jaar nous bascule en infrarouge à l’Arsenal pour nous parler des métaux précieux de nos smartphones, et certaines installations émettent même un parfum : c’est le cas de celle de Carsten Höller, ou de la vidéo de l’Australien Khaled Sabsabi, qui raconte son exil libanais avec des projections et de l’encens.

Et puisqu’on parle d’odeur, c’est à une fête des sens que nous convie la Biennale. Quand Venise en mai sent le chèvrefeuille, les odeurs ont été plutôt douces au cœur des expositions.

Venise, miroir fragile d’un monde qui bascule

Au milieu du grand théâtre vénitien, les pavillons nationaux débordent de la logique diplomatique. Sous le signe d’In Minor Keys, on sent la Biennale traversée par une intuition commune : les nations ne se disent plus par la proclamation, mais par la faille, le fragment, la mémoire et la matière.

Le pavillon français en donne l’une des clés les plus fines. Avec Comme Saturne, Yto Barrada écarte le spectaculaire et la démonstration de force pour une poétique du temps lent. Dans ce pavillon historique tout récemment rénové, l’artiste a travaillé le textile, la teinture, les plis, l’usure, le « dévoré », cette technique qui ronge la matière pour faire surgir d’autres motifs. Accompagnée par la commissaire Myriam Ben Salah, elle s’inscrit pleinement dans l’esprit d’In Minor Keys, cette invitation à écouter les fréquences basses, les résistances à peine audibles. Dans les rideaux, les gestes artisanaux, les références à Saturne, à l’OuLiPo, aux savoirs de la couleur, la France ouvre le bal par une image presque contre-intuitive.

À cette poétique du tissu répond celle de la terre. L’Italie, avec Chiara Camoni et Con te con tutto, propose un autre réenchantement matériel : céramique, végétaux, fragments de plastique, objets trouvés composent un paysage en transformation où sculptures et visiteurs cohabitent dans un même temps organique.

L’Espagne ouvre un autre tiroir : celui de l’archive populaire. Avec Los restos, Oriol Vilanova, sous le commissariat de Carles Guerra,fait du pavillon rénové un pseudo-musée de l’accumulation, bâti sur une collection de cartes postales glanées pendant plus de vingt ans, déployées sans hiérarchie ni récit. Images modestes, souvenirs anonymes d’un monde touristique et postal presque éteint, elles tissent une mémoire fragmentaire d’avant la dématérialisation. Après le textile de Barrada et la terre de Camoni, l’Espagne pose la couche la plus fantomatique, celle des images pauvres, des correspondances perdues, des vestiges imprimés glissés sous le tout-numérique.

Le pavillon indien prolonge cette conversation par une variation délicate autour du « chez-soi ». Avec Geographies of Distance: remembering home, l’Inde revient à la Biennale Arte en réunissant cinq artistes autour de la mémoire, de l’appartenance et de la transformation. Le foyer y est vu comme une somme de gestes, de rituels, de souvenirs, de matières et de mythologies personnelles. Une manière de quadriller l’espace avec de l’abstraction mais aussi du mouvement !

Le pavillon brésilien déplace cette question des racines vers une zone autrement explosive : le corps, la spiritualité, les blessures coloniales et la protection. Avec Comigo ninguém pode, Diane Lima réunit Rosana Paulino et Adriana Varejão dans un dialogue inédit. Le titre renvoie à la Dieffenbachia, plante de protection, de toxicité et de résilience, et à une formule populaire qui sonne à peu près comme : « personne ne peut me vaincre »

Mais cette cartographie des matières se superpose à une cartographie des crises. Le pavillon ukrainien, avec Security Guarantees de Zhanna Kadyrova, en livre l’un des symboles les plus saisissants. Au cœur du projet, The Origami Deer, sculpture évacuée de Pokrovsk à l’approche du front, concentre une charge métaphorique cruelle : un cerf fragile, presque de papier, pour rappeler les promesses de papier du Mémorandum de Budapest et les garanties de sécurité jamais tenues. À Venise, l’œuvre devient une pièce à conviction suspendue dans l’air, dont le parcours est documenté dans une série de vidéos exposées dans le pavillon ukrainien à l’Arsenal.

L’Allemagne, elle, choisit la ruine. Avec Ruin, Henrike Naumann et Sung Tieu transforment le pavillon allemand en machine de mémoire politique. Façade, intérieurs, références à la RDA, aux travailleurs vietnamiens, à la spéculation immobilière, aux spectres du national-socialisme : tout y compose un palimpseste inquiétant. Et comme le Lenz de Büchner tout marche sur la tête. C’est néanmoins visuellement assez classique et l’on s’étonne que cette année, le pavillon allemand semble manquer un peu d’inspiration quand il s’agit de saisir avec la forme.

La Grèce prolonge cette lecture par une exploration de l’espace mental. Avec Escape Room d’Andreas Angelidakis, le pavillon devient une architecture à la fois ludique et oppressante. La mise en scène résonne une caverne platonicienne contemporaine, entre décor psychologique et allégorie politique. Le commissariat de George Bekirakis fait largement écho à un monde saturé par la post-vérité, les images-écrans et les nationalismes renaissants.

L’Autriche pousse cette logique jusqu’au choc physique. Avec SEAWORLD VENICE, Florentina Holzinger imagine un pavillon à la fois bâtiment sacré, parc aquatique et station d’épuration. Eau, fluides corporels, performers, jet-skis, chiens robots : tout y fait de Venise le symptôme d’un monde saturé par le tourisme, la pollution, l’effondrement écologique. Une alerte lancée à l’ensemble du public de la biennale, notamment via la performance d’une femme transformant son corps dénudé en battant d’une grande cloche suspendue devant le pavillon.

La Belgique transforme le pavillon en arène performative. Avec IT NEVER SSST, Miet Warlop fait circuler des mots en plâtre, portés, traînés, brisés, chantés, déplacés par des musiciens et des danseurs. Le langage y devient une matière instable qui se fragmente, se casse, se recompose en partition émotionnelle. Le pavillon belge s’affirme ici comme un territoire de déconstruction du langage.

La Pologne, plus discrète, propose avec Liquid Tongues une autre manière d’habiter les fréquences mineures. Bogna Burska et Daniel Kotowski y font dialoguer chants de baleines, langue parlée et langue des signes, avec un chœur composé de personnes sourdes et entendantes.

L’Australie déplace cette écoute vers un registre plus spirituel. Avec conference of one’s self, Khaled Sabsabi transforme le pavillon australien en installation immersive autour de la migration et de la spiritualité. Son travail s’appuie sur le tasawwuf, la tradition soufie, qui pense la transformation spirituelle comme une expérience à la fois intime et collective.

La Roumanie inscrit cette écoute dans une géographie plus sombre. Avec Black Seas – Scores for the Sonic Eye, Anca Benera et Arnold Estefán prennent la mer Noire comme surface et comme profondeur, où s’entremêlent routes commerciales, frontières, extractions, conflits et écosystèmes invisibles. L’installation audiovisuelle et sculpturale fait de la mer un système nerveux géopolitique, traversé par des flux, des territoires et des forces enfouies.

Dans ce paysage instable, le contraste entre Chine et États-Unis a frappé nos regards. Le pavillon chinois, Dream Stream, regarde franchement vers le futur. Il convoque les Dream Stream Essays de Shen Kuo, encyclopédie de la dynastie Song, et les prolonge par la calligraphie, la vidéo, l’art numérique, les installations multimédias et la robotique. Ici, la tradition ne s’oppose pas à la technologie. La Chine ne renie pas son passé, mais elle le branche sur l’avenir.

Face à elle, le pavillon américain donne une impression beaucoup plus flottante. Officiellement, Call Me the Breeze d’Alma Allen propose un ensemble de sculptures en bronze, bois, marbre, pierre, autour de la permanence, de la transformation, du paysage et de l’élévation. Mais l’œuvre apparaît prise dans un contexte institutionnel instable, après une sélection tardive et turbulente, marquée par un recentrage autour des « American values ».

Le contraste entre ces deux pavillons est frappant. Là où la Chine avance avec un récit ambitieux et futuriste, les États-Unis cherchent encore une raison d’être dans cette Biennale.

Au fond, c’est peut-être ainsi que les pavillons racontent 2026 : en témoins privilégiés de ce que chaque nation porte de fragile et de non résolu. Ils dessinent un nouvel ordre mondial aussi troublé que troublant.

Dites-le avec des fleurs

Vous l’aurez compris, que ce soit en hommage à la directrice de la Biennale, à la boutonnière, ou en bouquet, les fleurs sont cette année aussi omniprésentes que les tissus.

L’un de nos coups de cœur de cette biennale est le film d’Eric Baudelaire : La mort est passée près de moi et m’a glissé cette fleur dans la bouche suit le voyage et le tri des fleurs des portes de l’Europe au rythme lancinant des rails. Une fresque qui emprunte à Pirandello pour mieux nous confronter aux réseaux qui sont les nôtres.

Tout aura donc commencé par un désaccord majeur. Et pourtant, par ses contradictions et la finesse de son décentrement, cette 61e édition tient son pari : convertir la cacophonie du monde en questionnement qui le rende habitable. 

Ces accords mineurs  trouvent leur écho dans toute une kyrielle d’expositions, dans les fondations, musées et institutions vénitiennes. Suivez aussi ces événements associés et le off de la biennale dans notre second article.