Quelques heures avant l’ouverture du festival de Cannes, le collectif Zapper Bolloré dévoile, dans le journal Libération, une tribune signée par plusieurs grands noms du cinéma français dénonçant la menace que représente le milliardaire Vincent Bolloré pour l’industrie cinématographique.
Ce 12 mai, la cérémonie d’ouverture du festival de Cannes, sera marquée par la publication d’une tribune par le collectif Zapper Bolloré accusant Vincent Bolloré d’être une menace « culturelle » et « idéologique » pour le cinéma français dans Libération, signée par près de 600 professionnels, dont Juliette Binoche, Raymond Depardon, Adèle Haenel, Jean-Pascal Zadi, Swann Arlaud ou encore Blanche Gardin.
Vincent Bolloré ne cache plus son ambition d’influencer l’ensemble du monde audiovisuel français. À la tête du groupe Canal+, qui comprend Studio Canal, géant de la production de cinéma européenne, l’empire Bolloré possède également plusieurs maisons d’édition telles que Grasset ou encore Hachette Livres, l’occasion parfaite pour créer des partenariats entre ces différentes entités. Studio Canal et Hachette Livres ont, par ailleurs, annoncé la création de la société On Screen pour favoriser les adaptations littéraires au cinéma issues du catalogue de la maison d’édition bollorénne.

L’homme d’affaires, qui projette d’acquérir dans les prochaines années 100 % des parts, contre les 34% actuellement en sa possession, d’UGC, propriétaire du cinéma des Halles à Paris, le plus fréquenté d’Europe avec plus de 2,5 millions d’entrées annuelles, est également propriétaire de différents médias, tels qu’Europe 1 ou CNews. Vincent Bolloré semble alors mener un « projet civilisationnel » imprégné des idées d’extrême droite dont il ne cache pas être le partisan.
« La bataille culturelle dont on parle partout ne désigne pas un simple affrontement d’idées. En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême-droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif. »
Avec un pouvoir médiatique et culturel aux mains du milliardaire, le collectif Zapper Bolloré alerte sur l’influence qu’il peut avoir sur des œuvres produites, financées et diffusées par des sociétés qui lui appartiennent. En avril, Olivier Nora, PDG de Grasset a été renvoyé par le groupe Bolloré, une décision déjà contestée par plus d’une centaine d’écrivains qui ont quitté la maison d’édition, un mouvement lancé par Virginie Despentes et Leïla Slimani. Cet événement montre un rejet catégorique du monde de la culture pour l’emprise grandissante du milliardaire.
Les signataires de la tribune craignent un paysage culturel biaisé, où il ne serait plus possible de financer les films qui ne correspondent pas à l’idéologie de Bolloré. Le rapport Alloncle, tout juste publié le 5 mai dernier, est porté par le député d‘extrême droite Charles Alloncle, annonce l’emprise grandissante des partis de la droite française sur le monde de l’audiovisuel. Parmi ses projets, la suppression de la radio Le Mouv’, de France 4 et de France TV Slash ainsi que la fusion de France 2 et France 5. Le démantèlement de l’audiovisuel public, mais aussi du CNC, est au cœur du programme de l’extrême droite
« Voulons-nous prendre le risque que demain ne soient plus financés que des films de propagande au service d’une idéologie ? »
Au delà de cette influence florissante, le texte du collectif Zapper Bolloré mentionne la dépendance économique que le secteur subit : « Nous dépendons aujourd’hui, à des degrés divers, pour nos projets autant que nos salaires, de l’argent de Vincent Bolloré », écrivent les signataires, pour qui il est temps de « sortir ensemble du silence ». À l’aube de l’emblématique festival de Cannes, vitrine du cinéma français, le monde de la culture dénonce dans leur tribune un climat défavorable à la création et à la pluralité des récits, contrôlé par l’extrême droite de Bolloré.
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