Le film Minotaure du cinéaste russe Andreï Zviaguintsev a été retenu par la France pour concourir dans la catégorie du meilleur film international lors de la cérémonie des Oscars en mars 2027. Le film, déjà lauréat du Grand Prix du Festival de Cannes 2026, raconte un drame familial sur fond de guerre. Il propose de suivre la vie d’un directeur d’une entreprise dans une petite ville russe, qui découvre la liaison de sa femme avec un autre homme, au moment même où les autorités locales lui imposent des quotas de mobilisation pour envoyer un grand nombre de ses employés combattre sur le front en Ukraine. Minotaure sortira dans les salles françaises le 14 octobre.
Minotaure, vainqueur de la sélection, produit par CG Cinéma et MK2 Productions, faisait face à quatre autres films français présélectionnés : La Bataille De Gaulle – L’Âge de fer d’Antonin Baudry, Le Corset de Louis Clichy, La Gravida de Marine Atlan et L’Inconnue d’Arthur Harari. Gaëtan Bruel, président du CNC, rappelle avec ce film le « rôle unique de la France dans les grandes coproductions mondiales » et son soutien auprès des cinéastes les plus engagés de notre époque. Car le cinéaste russe trouve en France la possibilité de continuer à réaliser ses films après avoir fui la Russie. Il annonçait en 2023 ne pas se considérer comme un exilé, mais plutôt comme ce que l’on appelle en russe « un « non revenant”. J’étais déjà en Europe, lorsque la guerre a éclaté. Ce n’est pas la peur qui m’a empêché de retourner là-bas, c’est de savoir que je ne pourrai plus m’exprimer, ni faire de films ». L’histoire de Minotaure se situe en Russie et a été tourné principalement en Lettonie, où Andre Zviaguintsev retrouve des maisons d’architectes russes ainsi que des quartiers correspondant à l’architecture soviétique.
Si, pour Gaëtan Bruel, « l’objectif est de gagner », la concurrence pour l’Oscar du meilleur film étranger est riche et promet de fortes découvertes. D’autres films déjà primés seront en lice, comme la Palme d’or de Cristian Mungiu Fjord qui représentera la Roumanie, Soudain, de Ryûsuke Hamaguchi pour le Japon, ou encore La bola negra, de Javier Ambrossi et Javier Calvo pour l’Espagne. Minotaure devra encore faire son chemin jusqu’à la cérémonie, puisque les 15 films retenus par l’Académie seront annoncés le 15 décembre et les cinq finalistes le 21 janvier. La 99e cérémonie des Oscars se tiendra le 14 mars 2027, comme toujours, à Los Angeles.
Le film Minotaure fait se répondre l’intime et la géopolitique. Il raconte le passage d’une vie construite à l’expérience de la violence, en explorant la guerre et l’adultère. Andreï Zviaguintsev s’inspire de La Femme infidèle de Claude Chabrol, sorti en 1969. L’idée d’en proposer une réécriture lui vient dès 2018, bien avant le déclenchement de la guerre en Ukraine. Le cinéaste russe s’éloignera du modèle de Chabrol pour inscrire dans son film la violence politique qui traverse la Russie contemporaine.
Le titre, lui, renvoie à la mythologie et à l’image d’un homme dominé par ses pulsions. Le titre de Claude Chabrol dévoilait déjà au spectateur une partie de l’intrigue selon le réalisateur, qui préfère avec Minotaure entretenir le mystère, faire travailler l’imagination du spectateur autour de la figure mythologique. Et cette volonté rejoint sa conception du cinéma, qu’il construit autour de l’observation. Le spectateur est invité à regarder les choix moraux du personnages, ses dilemmes, sans réponse imposée. Certaines scènes sont d’ailleurs entièrement silencieuses, parfois pendant près de 20 min. Le cinéaste souligne l’importance de l’observation qui doit suffire à déplacer les limites intérieures du spectateur, à le toucher. L’observation constitue pour lui la « forme idéale du langage cinématographique ».
Andreï Zviaguintsev ne veut ainsi ni héros ni anti-héros, mais l’exploration de l’être humain face à ses choix. Une position qui n’empêche pas le réalisateur de condamner fermement la guerre, qu’il décrit comme« aussi impitoyale qu’insensée ». Il se dit également certain que le film sera vu en Russie. Il reste à espérer que le film poursuivra son chemin jusqu’aux Oscars, offrant au public international la possibilité d’observer, à travers l’intime, les réalités de la guerre en Ukraine.
Visuel : © Films du Losange