Après Léviathan, Andreï Zviaguintsev poursuit son investigation des monstres. Minotaure est, une fois encore, d’une beauté froide et foudroyante.
Tout se passe dans une ville de province russe, au cœur d’un foyer formé par un industriel qui détient toute la ville et sa très belle femme. Le scénario s’inspire de La Femme infidèle de Claude Chabrol (1969) : Zviaguintsev conserve la photo comme trace de l’infidélité, et la question de la morale du mari. Mais il y a au cœur du film le spectre quasi métaphysique de la guerre. Nous sommes à la veille de l’opération de février 2022, dans le bureau du maire trône le portrait de Vladimir Poutine et le mari doit choisir, de manière paternaliste, lesquels de ses collaborateurs rejoindront les forces russes…
Si Minotaure évoque frontalement la guerre et mobilise même des popes pour briefer les conscrits, ce qui est au cœur du récit reste l’adultère bourgeois. La guerre est donc un symbole, une toile de fond, des nuages en dessous de l’avion de cette famille de parvenus. Mais la question politique revient par d’autres voies, notamment celle des choix moraux des personnages. En ce sens, Minotaure est moins un film sur la guerre russe qu’une interrogation sur ce que vaut une vie humaine dans un contexte aussi radical… De vieux schémas patriarcaux et bourgeois refont surface alors que la crise semble se préciser.
Minotaure dure 2 h 15 et met un peu de temps à s’installer. On adore l’architecture magnifique de la maison du couple, la beauté d’Iris Lebedeva et les cadres sublimes de Mikhaïl Kritchman. Mais c’est un peu long avant que tout s’emballe vraiment. Quand cela commence, c’est instoppable et chaque mouvement de chaque scène devient un symbole crucial pour continuer à bâtir notre réflexion politique sur le matériau que nous livre Zviaguintsev. Un film majeur de cette compétition et néanmoins loin d’être le meilleur de son cinéaste.
Minotaure d’Andreï Zviaguintsev. France, Lettonie, Allemagne, 2026, 2h15. Compétition officielle. Avec Dmitri Mazurov (Gleb), Iris Lebedeva (Galina). Sortie française le 14 octobre 2026.
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visuels : Films du Losange / MK2