Entre fresque historique sur toute l’histoire de l’Allemagne du 20e siècle, chronique d’une dérive intime, animation queer euphorisante et film de monstres hors norme, cette sixième journée cannoise a été pour le moins éclectique, avec des avis tranchés !
Présenté à Cannes Première, Le Bois de Klara est une très belle histoire qui raconte celle d’une parcelle située près de Berlin, où il y a un bois, et dont hérite une jeune fille. Celle-ci se suicide. Le bois va être scindé en deux parcelles et, à travers la destinée des voisins qui forment trois familles, l’on va suivre l’histoire de l’Allemagne des années 1930 aux années 1970. C’est un très beau film, avec des images maîtrisées, un scénario très léché et de belles histoires de femmes, incarnées par Martina Gedeck, Angela Winkler et Susanne Wolff, qui portent chaque épisode. On y voit la montée du nazisme avec une famille juive et une famille sympathisante du régime nazi. La famille juive disparaît et sa parcelle va être abandonnée ; on voit la fin du nazisme, la montée du communisme. C’est beau, un autre beau Schlöndorff, mais c’est à la fois assez conventionnel.
Malgré la magnifique robe lie-de-vin d’Adèle Exarchopoulos et les émotions que nous ont procurées les films précédents de Jeanne Herry, Garance, en compétition officielle, n’a pas été concluant. Le problème de ce film, et d’une manière générale de certains films dans la sélection française, c’est une incapacité à sortir du réel et du quotidien. En l’occurrence, c’est l’histoire d’une jeune actrice alcoolique incarnée par Adèle Exarchopoulos, dont on suit la spirale sentimentale et professionnelle sur huit ans. Elle est éjectée des projets au fur et à mesure alors qu’elle est en plein déni par rapport à son état. Elle dit qu’elle est capable de gérer son alcoolisme. Tout ça est très intéressant, mais on a l’impression que si le problème est là, au fond, c’est un problème absolument fondamental que le traitement cinématographique ne résout pas. Le cinéma n’est ici qu’une œuvre de situation qui propose un regard purement clinique. Le film est illuminé par la présence d’Anna Girardot, mais cela ne suffit pas. On se lasse de voir Adèle Exarchopoulos descendre des verres et on s’épuise à la voir se poser les mêmes questions.
La journée a fini par un animé projeté en séance de minuit. Jim Queen, c’est le dessin animé revendicatif gay/gai dans tous les sens du terme. C’était très drôle et cela a mis la salle dans une certaine euphorie. Le pitch ? Jim, icône de la scène gay parisienne, contracte l’Hétérose, un virus qui transforme les hommes gays en hétérosexuels, et tout le monde lui tourne le dos — sauf Lucien, son dernier follower. Le film utilise tous les ressorts de la communauté gay, notamment le manque de bienveillance qui y règne. C’est très mignon, plein de références à l’actualité (on y croise aussi bien Lady Gaga que des drag queens, il y a un lip sync en direct, et l’on croise une ministre réactionnaire qui ressemble fort à Christine Boutin), et ces clins d’œil en série mettent tout le monde de bonne humeur. Une fin de journée sous le signe de la fierté gay. On peut créditer au générique la présence de Philippe Katerine et de François Sagat, qui élèvent encore le film.
Avec près de 2h40 de genre « monstres », l’un des grands chocs de cette édition cannoise est Hope, le nouveau film-fleuve du cinéaste coréen Na Hong-jin, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes. Un film qui déploie un rythme effréné et une énergie presque inépuisable. Dans un petit village isolé, déjà fragilisé par les incendies et la coupure des communications, l’irruption de créatures monstrueuses provoque une panique générale. Très vite, la survie collective repose sur une galerie de personnages aussi dépassés qu’improbables : policiers maladroits, habitants paniqués, chasseurs improvisés… Les hommes sont franchement à la ramasse et seule une femme semble pouvoir faire face à la situation. Le film réussit à mêler le chaos permanent des attaques de monstres à une comédie assez cocasse. À la fois blockbuster et film d’auteur, cet opus porté par Hwang Jung-min, Michael Fassbender et Alicia Vikander a reçu une ovation de sept minutes à Cannes et s’impose déjà comme l’un des titres les plus commentés du Festival. Malgré son genre très particulier, Hope pourrait bien créer la surprise au palmarès.
Visuel© Rachel Rudloff
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